«Je suis une fillette brisée»

Dix-neuf ans après les abus dont elle a... (Photo: Sylvain Mayer)

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Dix-neuf ans après les abus dont elle a été victime, Marie-Ève Lamarche-Gélinas, aujourd'hui âgée de 27 ans, compte reprendre sa vie en main.

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Shawinigan) « Ouf! J'ai 75 livres de pression en moins sur mes épaules! Je ne m'attendais à rien et même au pire mais là, j'ai eu une belle surprise. Pour moi, c'était déjà suffisant qu'il plaide coupable et qu'il se reconnaisse en tant que maudit cochon mais maintenant, j'avoue que sa sentence devient pour moi un bonus. »

À sa sortie de la salle d'audiences mercredi matin, Marie-Ève Lamarche-Gélinas était visiblement soulagée. Elle venait en effet d'apprendre que son agresseur, Michel Fafard, 59 ans, avait écopé d'une peine de cinq mois de prison ferme pour l'avoir abusée sexuellement en 1994.

Dans cette affaire, la Couronne réclamait entre six et douze mois de prison alors que la Défense suggérait six mois dans la collectivité ou trois mois de prison à être purgée de façon discontinue.

Michel Fafard et sa conjointe ont longtemps eu une garderie dans leur résidence. La victime y avait exceptionnellement dormi une seule nuit à l'été 1994 en l'absence de sa mère. Michel Fafard en avait alors profité pour s'agenouiller à côté du lit, lui caresser les seins et les parties génitales et prendre sa main afin qu'elle le masturbe jusqu'à éjaculation.

Marie-Ève n'avait que huit ans à ce moment-là. Elle avait feint de dormir mais elle était pleinement consciente. Cet abus n'était survenu qu'à une seule reprise mais il avait suffi à lui laisser de lourdes séquelles psychologiques.

Lors des représentations sur sentence, elle avait raconté notamment avoir tout fait pour devenir grosse et laide, associant la beauté qu'on lui attribuait aux abus sexuels. À l'âge de 14 ans, son poids a même atteint 190 livres.

Elle s'est également lancée dans la drogue et la délinquance afin de s'autodétruire selon ses dires. En fait, elle soutient avoir connu une véritable descente aux enfers, parsemée de psychoses toxiques, de tentatives de suicide, de troubles maniaco-dépressifs et de personnalité.

Ce n'est qu'en 2010, encouragée par son conjoint, qu'elle a porté plainte avec l'espoir de se libérer et d'inciter toutes les victimes d'abus à porter plainte elles aussi.

Le processus judiciaire n'a pas été facile mais le soutien de ses proches et du CAVAC lui ont été d'un grand secours. C'est même elle qui a tenu à faire lever, hier, l'ordonnance de non-publication protégeant son identité afin de s'afficher ouvertement sur la place publique.

« Que les agressions aient eu lieu il y a un an ou 20 ans, il faut agir quand le coupable est encore en vie. Il n'est jamais trop tard pour porter plainte car le mal est là. Je suis une fillette brisée dont une partie de la vie a été scrappée. J'ai été pendant longtemps à être incapable d'avoir un chum ou même un gynécologue masculin. Aujourd'hui, je sais que je vais pouvoir reprendre ma vie en main et retrouver la confiance. J'ai appris beaucoup sur moi dans cette expérience. La justice existe», confie-t-elle.

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