Arrestation musclée à Trois-Rivières: une vidéo compromettante

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'enquête sur détention d'Alexis Vadeboncoeur a été l'occasion de visionner pour la première fois, jeudi, la vidéo de l'arrestation du jeune homme de 19 ans le 2 février dernier.

On y voit en effet quatre policiers de Trois-Rivières asséner plusieurs coups de poing et de pied à l'auteur présumé d'un vol qualifié dans une pharmacie Jean Coutu. Le garçon était alors couché face au sol, les bras écartés. Il venait de laisser tomber son pistolet à plombs. Les policiers avaient écrit dans leurs rapports d'événement qu'Alexis Vadeboncoeur avait résisté à son arrestation, que leur vie était menacée et qu'ils avaient dû utiliser la force nécessaire. Or, la vidéo montre clairement qu'en aucun temps il n'a pointé son arme vers les policiers ni résisté avec véhémence à son arrestation.

C'est un agent de sécurité du cégep de Trois-Rivières, témoin de la scène, qui a remis aux enquêteurs la vidéo de l'intervention, filmée par les caméras de surveillance de l'établissement. Les policiers Barbara Provencher, Dominique Pronovost, Marc-André St-Amant et Keven Deslauriers ont été suspendus avec solde et font l'objet d'une enquête de la SQ.

L'avocat du prévenu, Me René Duval, compare cette intervention policière à celle subie par Rodney King en Californie. «C'est la première fois au Canada qu'on voit une vidéo dans laquelle plusieurs policiers frappent un individu à ce point», a-t-il déclaré.

C'est d'ailleurs cet avocat qui a tenu à déposer la vidéo en preuve à l'enquête sur détention de son client. Selon lui, elle démontre notamment que la preuve de la Couronne comporte des faiblesses puisque ces policiers devront témoigner contre Vadeboncoeur au procès. «La preuve est entachée de mensonges et de complot. Ils ne sont pas crédibles», a-t-il ajouté.

Appelé à témoigner, le prévenu a raconté qu'il avait en effet eu des blessures au visage et à la tête ainsi qu'une dent fêlée, et que son poignet et sa cheville avaient été tordus. Le pire demeure toutefois les hématomes et l'enflure des testicules. Les policiers l'auraient en effet frappé à cet endroit à plus d'une reprise. Une fois au poste de police, il n'a cependant pas osé se plaindre de ses blessures même si celles au visage étaient apparentes. «J'avais déjà été battu par des policiers au Mexique. Je pensais que c'était comme ça. Je n'ai pas osé chialer et demander un médecin», a expliqué Vadeboncoeur.

Or, la Couronne, représentée par Me Jean-Marc Poirier, a pris soin de rappeler que le prévenu était accusé de crimes sérieux. «S'il y a des conséquences qui doivent être données au niveau de l'arrestation, il y en aura mais pour l'instant, il n'y a pas de lien à faire avec le geste commis auparavant par le prévenu», a-t-il signalé.

Alexis Vadeboncoeur est accusé de vol qualifié, une infraction grave punissable d'une peine minimale de quatre ans de prison, de braquage d'une arme à feu, de port de déguisement (cagoule), de possession de stupéfiants à des fins de trafic et d'entrave au travail des policiers.

Selon Me Poirier, la preuve est forte puisque le jeune homme a été arrêté en possession des Dilaudid et de l'argent volé (plus de 1000 $), avec les vêtements correspondant à la description donnée par les victimes. Enfin, l'arme était à ses côtés.

Qui plus est, Me Poirier a pris soin d'insister sur les problèmes de drogue du prévenu. Ce dernier a admis être un fort consommateur de drogues - cannabis, cocaïne, héroïne, méthamphétamines. Au moment du vol, il consommait quotidiennement surtout des opiacés comme des Dilaudid, de la codéine et de l'oxycondin. Le jeune homme a également des dettes, ce qui expliquerait le vol qu'il aurait commis ce soir-là. Pour toutes ces raisons, la Couronne s'oppose fermement à sa remise en liberté.

Me Duval a pour sa part suggéré au juge Jacques Trudel que son client soit mis en liberté dès qu'il aura trouvé une place dans un centre de thérapie pour régler ses dépendances. Apparemment, cela ne sera pas facile en raison du manque de places dans les centres.

Le juge a donc suspendu l'enquête et remis le tout au 19 mars. Il rendra alors sa décision.

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