Victime de Gérald Genest: «C'est comme s'il m'avait tuée»

Le mandat d'arrestation visant Gérald Genest a fait... (Photo: Émilie O'Connor)

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Le mandat d'arrestation visant Gérald Genest a fait revisiter de bien douloureux souvenirs à Kim Giroux, qui a été agressée par le pédophile récidiviste alors qu'elle avait 14 ans.

Photo: Émilie O'Connor

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(Batiscan) Une mère de 36 ans de Batiscan a été replongée dans de tristes et douloureux souvenirs la semaine dernière lorsqu'elle a aperçu la photo du pédophile Gérald Genest circuler sur les réseaux sociaux alors qu'il faisait l'objet d'un mandat d'arrestation pancanadien.

Alors qu'elle était âgée d'à peine 14 ans, Kim Giroux s'est fait violer par ce récidiviste originaire du secteur Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières. Plus de vingt ans plus tard, chaque fois qu'elle entend le nom de son agresseur, les sombres images de 1991 reviennent la hanter.

«J'ai figé en voyant ça. Je pensais avoir rayé cette partie-là de ma vie. Mais quand je lis son nom, je le revois avec le visage qu'il avait à l'époque. Je n'arrive pas à dormir depuis que j'ai vu ça. Cet homme m'a arraché une partie de moi», a confié au Nouvelliste cette femme qui a décidé de briser le silence pour inciter les victimes d'abus sexuels à dénoncer leurs agresseurs.

À l'époque, Mme Giroux avait l'habitude d'aller garder chez Genest, un voisin de la famille. Un certain soir, sa vie de jeune adolescente a complètement basculé lorsque le criminel l'a assaillie. «C'est encore très frais dans ma mémoire. Sa fille était sur le divan et elle a tout vu ce qui s'est passé. Je ré-entends sa voix, sa respiration. Il n'a pas enlevé mes vêtements, il a complètement déchiré mon pantalon. C'était tellement dégueulasse», se souvient-elle, péniblement. «Le soir qu'il m'a violée, c'est comme s'il m'avait tuée. Mon âme est décédée ce jour-là. Après les événements, j'ai eu le goût de mourir. Je me suis sentie sale. Je me suis demandée si c'était de ma faute. Je me suis détestée», ajoute cette mère de trois enfants.

Après une période assez sombre, elle a su tracer une nouvelle voie à sa vie grâce à la naissance de son fils, aujourd'hui âgé de 17 ans. «Il m'a sauvé la vie», jure la femme qui a également donné naissance à deux filles depuis.

Parler pour guérir

Pour la victime, qui a été la première à dénoncer le pédophile Genest et à le faire condamner à une peine de deux ans moins un jour, le processus de dénonciation peut aider à la guérison devant une telle épreuve.

Kim Giroux invite d'ailleurs les gens ayant été victimes d'abus sexuels à dénoncer leurs agresseurs. «J'ai appris à en parler et c'est très libérateur», reconnaît-elle, tout en soulignant les bénéfices du support du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC).

Depuis sa première peine de prison, en 1993, Gérald Genest a été condamné à deux autres reprises pour des agressions sexuelles, en 2002 et 2005. Lors de cette dernière condamnation, il avait également été déclaré délinquant sexuel à contrôler.

L'homme de 55 ans a également été condamné deux autresfois pour avoir failli à ses conditions.

La semaine dernière, la GRC a émis un avis de recherche puisqu'il ne s'était pas rapporté lors d'une libération conditionnelle du 19 novembre. Quatre jours plus tard, il a été intercepté à Valleyfield. «J'ai tout de suite eu une pensée pour les victimes quand j'ai su qu'il avait été arrêté», dit Mme Giroux.

Des peines trop clémentes

Même si elle a une vie assez normale aujourd'hui - elle compte retourner sur les bancs d'écoles pour devenir éducatrice spécialisée - Kim Giroux ne digère toujours pas que les criminels sexuels reçoivent des sentences qu'elle juge trop courtes. Dans son cas précis, puisque les procédures se sont avérées très longues, Gérald Genest n'aura finalement passé que deux mois en prison après le prononcé de sa sentence en raison du temps qu'il avait purgé avant sa condamnation, explique-t-elle.

Ainsi, à peine 60 jours après la tenue du procès, Mme Giroux croisait donc régulièrement Genest dans son entourage puisque les deux habitaient toujours le même quartier.

«Les sentences sont complètement ridicules, rage-t-elle. Ces sont des personnes qui brisent des vies et nous enlèvent des parties de nous.»

Aussi, Mme Giroux est toujours estomaquée de constater que le système de justice ne différencie pas les viols des agressions sexuelles.

«C'est comme pour meurtre et tentative de meurtre, il y a une méchante différence entre les deux», note-t-elle.

De plus, la victime de Genest estime que la lourdeur des procédures peut décourager bien des gens de dénoncer les sévices subis.

«Pendant le procès, c'était parfois comme si c'était moi la coupable. Mon témoignage a été mis en doute souvent mais je n'ai jamais baissé les bras. Ça vaut tellement la peine. Par contre, je suis convaincue que ça peut inciter des victimes à abandonner et ne pas dénoncer», souligne-t-elle «même si les sentences sont décevantes en bout de ligne.»

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