«Le plus gros procès pour vice de construction au Canada»

De victimes de la pyrrhotite ont manifesté à... (Photo: Émilie O'Connor)

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De victimes de la pyrrhotite ont manifesté à la porte du palais de justice, hier matin. À droite, on aperçoit Jacques Rheault, coordonnateur de SOS Pyrrhotite.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Soixante-dix avocats, 650 propriétaires touchés, 75 dossiers distincts en Cour supérieure, plus de 40 entrepreneurs impliqués, 300 maisons réparées jusqu'à présent et 20 000 documents de cour faisant 250 000 pages.

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Le porte-parole de la Coalition Proprio-Béton, Yvon Boivin, a pris la parole devant quelques victimes venues assister au procès, hier.

Photo: Émilie O'Connor

C'est en exposant ces chiffres gargantuesques que le juge Michel Richard a donné le coup d'envoi, hier matin, au mégaprocès de la pyrrhotite, cette pierre gonflante qui touche actuellement 1000 victimes en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Pas moins de 30 séances de gestion en présence des avocats, un nombre incalculable de conférences téléphoniques et plusieurs dizaines de journées consacrées aux interrogatoires ont eu lieu au cours des derniers mois afin de raccourcir au maximum les auditions.

Le procès se tient dans la vieille partie du palais de justice de Trois-Rivières, à la salle Marcel-Crête. Le ministère de la Justice a remplacé tout le mobilier ancien, pour l'occasion, par des bureaux et des chaises modernes et des connexions Internet afin de permettre aux avocats de travailler à leur aise.

Le papier tient peu de place, dans la gestion de ce procès, malgré le nombre impressionnant de documents. On a en effet eu recours à des informaticiens afin de gérer l'abondante information grâce à des logiciels permettant de les classer selon une arborescence logique et facile à consulter par toutes les parties. «C'est un défi technique et judiciaire», a tenu à souligner le juge Richard.

D'ailleurs, les premières heures du procès ont été consacrées à expliquer aux avocats comment se servir du logiciel en question.

Les avocats occupent toute la salle Marcel-Crête, tant et si bien que le public n'y est pas admis pour des questions de logistique et d'espace. Toutefois, le ministère de la Justice a aménagé deux endroits où les gens peuvent suivre le déroulement du procès grâce à deux écrans de télévision en circuit fermé. Ces deux endroits, l'un au sous-sol et l'autre au deuxième étage, sont considérés comme des «prolongements» de la salle d'audience.

Les victimes de la pyrrhotite ont d'ailleurs envahi ces deux espaces de fortune, hier, pour assister au début du procès. Fait pour le moins intéressant, c'est qu'une des deux télévisions montre les avocats et le juge tandis que sur l'autre, il est possible de voir tous les documents et photos déposés à la cour, ce que le public ne voit pas normalement quand il s'agit de documents en papier.

«C'est le plus gros procès pour vice de construction au Canada», a commenté le porte-parole de la Coalition Proprio-Béton, Yvon Boivin.

Les procédures se sont amorcées, hier, avec le directeur de la section chantier de la Garantie Qualité Habitation, Denis Robillard, qui était conciliateur, en 2010.

Son interrogatoire a donné lieu au témoignage d'une victime de la pyrrhotite, Mario Plourde.

Ce dernier a trouvé des fissures horizontales dans ses fondations en 2010 du côté où sa maison était exposée le plus à l'humidité.

La compagnie Béton Laurentide est venue sur place pour inspecter les fondations et a tout de suite identifié les fissures comme étant un phénomène associé à la présence de pyrrhotite dans le béton.

M. Plourde raconte avoir reçu la pleine indemnisation de la part de Qualité Habitation pour refaire ses fondations, soit 96 000 $. «Mais ce n'était pas assez», dit-il. «Il aurait fallu mettre 80 000 $ de plus.»

Plusieurs témoins avec qui Le Nouvelliste a discuté, au cours des derniers jours, racontent d'ailleurs que les tarifs pour refaire des fondations, dans la région, sont devenus exorbitants. Plusieurs victimes qui n'ont pas de garantie ou qui sont autoconstructeurs, ont maintenant recours à des entrepreneurs de l'extérieur pour faire faire leurs travaux. Certains sont allés les chercher aussi loin que Québec.

M. Plourde, lui, a commencé par faire faire des travaux de conservation pour empêcher temporairement les infiltrations d'eau dans sa maison, travaux qui lui ont coûté 22 500 $. Il fallait intervenir puisqu'il y avait des odeurs d'humidité dans le sous-sol, dit-il. En enlevant une partie du revêtement mural intérieur, M. Plourde a constaté, en effet, que les murs étaient gorgés d'humidité au point où il s'y mouillait la main. «J'avais peur aux moisissures», dit-il, en précisant que la chambre de sa fille est au sous-sol.

Pendant ce temps, la valeur municipale de sa maison passe de 200 000 $ à 50 000 $. Malgré les travaux de colmatage temporaires, elle ne monte pas de valeur.

Bien des victimes de la pyrrhotite attendent l'issue du procès qui s'est amorcé hier pour récupérer l'argent nécessaire au remplacement de leur fondation et reprendre le cours normal de leur vie.

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