Assurément, croit Julia Cowley, agente spéciale du FBI spécialisée dans le profilage et les entrevues d'enquête sur les crimes en col blanc. Les auteurs de crimes économiques, un peu comme les psychopathes, seraient des manipulateurs assez semblables, chez qui on observe une absence de culpabilité, la quête d'un gain, d'influence et de pouvoir, ou encore la disposition à s'engager dans des comportements à risque.
L'agente spéciale Cowley prononçait hier une conférence dans le cadre du 5e Colloque international sur les entrevues d'enquête, qui se déroule jusqu'à demain à l'École nationale de police de Nicolet. Selon elle, les entrevues avec des criminels à cravate doivent être abordées en accordant une haute importance à certaines caractéristiques spécifiques du cas en question, mais aussi à l'historique des comportements criminels, à l'élaboration de la stratégie frauduleuse, de même qu'à la personnalité et à l'intelligence comportementale de l'accusé.
«Le fait de bien comprendre la personnalité et les motivations de l'individu peut déboucher sur des enquêtes plus efficaces. Les criminels en col blanc de haut niveau démontrent souvent certaines caractéristiques très spécifiques de leur personnalité et il importe de porter attention à celles-ci», a-t-elle indiqué hier matin.
Les criminels en cravate, avance-t-elle, présentent un haut niveau de cupidité, de narcissisme, un manque d'intégrité, une propension à prendre des risques. Ils estiment souvent que tout leur est dû, sont souvent manipulateurs, manquent d'empathie envers les autres, sont complètement détachés des conséquences de leurs gestes. Ils mentent sans remords.
Dans les différents témoignages qui découlaient d'affaires hautement médiatisées, on évoquait souvent de telles caractéristiques ou traits de personnalité. C'est le cas pour Bernard Madoff, mais aussi pour Kenneth L. Lay, ex-président de Enron, ou pour Scott D. Sullivan, un des hauts dirigeants de WorldCom.
L'expertise de Julia Cowley sur les entrevues d'enquête dans le cadre de crimes économiques a suscité beaucoup d'intérêt, hier matin, notamment en raison de la multiplication de ces crimes en cravate.
«Ce sont des crimes très actuels, dont on entend beaucoup parler dans les médias. Au Québec, on a eu l'escouade Marteau ou les travaux de l'escouade anticorruption qui ont beaucoup fait jaser. Ce sont des dossiers majeurs et on ne parle pas de petite criminalité de chèques sans provisions. Les scénarios sont souvent très élaborés», explique Michel St-Yves, psychologue judiciaire au sein de la division de l'analyse du comportement, à la Sûreté du Québec.
M. St-Yves est également président du comité scientifique international mis sur pied en 2004 afin d'échanger l'expertise et partager les développements en matière d'entrevues d'enquête. «Le comité scientifique, c'est un peu la matière grise pour un colloque comme celui-là. Les gens qui en font partie sont des spécialistes en la matière et proviennent d'horizons différents. On fait le lien avec les chercheurs, les formateurs. L'objectif est de toujours avoir les meilleurs spécialistes», ajoute-t-il.
Évidemment, il n'était pas question uniquement des entrevues d'enquête dans le cadre de crimes en col blanc. Le colloque propose des ateliers et des conférences sur des thèmes variés: l'audition de mineurs comme victimes ou témoins, la préparation pour une entrevue avec un extrémiste raciste, les limites de la détection du mensonge, les comportements verbaux et non verbaux, etc.
Une telle programmation séduit des intervenants comme Christophe Sellie, commissaire principal à la Police de sûreté du canton de Vaud, en Suisse.
«C'est toujours intéressant d'entendre les résultats scientifiques dans un champ spécialisé comme celui des entrevues d'enquête. Cela permet aussi de voir quelles sont les nouvelles techniques, les nouvelles approches. Nous avons des sommités en la matière; ce sont souvent les auteurs de la doctrine dont on se sert pour la formation», explique celui qui donnera d'ailleurs demain un atelier sur la présence de l'avocat durant les interrogatoires.
Le colloque de cette année réunit plus de 200 participants provenant de huit pays, ce qui réjouit le président du comité organisateur et responsable du perfectionnement professionnel à l'École nationale de police du Québec, Guy Bruneau.
«Je pense que les gens apprécient le mélange intéressant de spécialistes qui prennent part au colloque. Ça crée un lieu d'échange et ça permet de partager nos réflexions. On a une trentaine de présentations et une cinquantaine de conférenciers qui viennent présenter ce qui est le plus à jour en matière d'entrevues d'enquête», remarque-t-il.
Le colloque bisannuel existe depuis 2004 et se tient pour la troisième fois à l'ENPQ de Nicolet.