La descente aux enfers d'un père endeuillé

André Livernoche n'entend pas lâcher le morceau dans... (Photo: Olivier Croteau)

Agrandir

André Livernoche n'entend pas lâcher le morceau dans sa bataille contre le gouvernement du Québec et la Commission des libérations conditionnelles.

Photo: Olivier Croteau

Vincent Gauthier
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans son petit appartement trifluvien, André Livernoche tente péniblement de se relever de la vertigineuse descente aux enfers qu'il a vécue depuis que son fils Alexandre a été sauvagement violé et assassiné par le récidiviste Mario Bastien il y a 12 ans, le 4 août 2000.

Alexandre Livernoche a été assassiné par Mario Bastien... - image 1.0

Agrandir

Alexandre Livernoche a été assassiné par Mario Bastien le 4 août 2000.

Aux prises avec des démêlés avec la justice, il a notamment été incarcéré trois fois depuis les macabres événements. Sa maison a d'ailleurs été saisie en 2010 alors qu'il séjournait dans un pénitencier. À sa sortie, il a vécu dans son camion avant de se retrouver à la rue, il y a un an, après une arrestation musclée survenue au centre-ville de Trois-Rivières. À la suite de cet événement, il s'est fait saisir son véhicule et son permis de conduire pour atteindre le fond du baril.

Au cours des mois suivants, il s'est ensuite retrouvé sans toit, errant dans les rues de Trois-Rivières - incluant un séjour au Centre Le Havre - avant de finalement trouver un logis à la fin de novembre dernier grâce à la collaboration d'un itinérant qu'il a justement rencontré dans la rue. Ce dernier l'avait d'abord invité à se réfugier dans ce logement pour les nuits qui seraient trop froides à passer dans la rue. Puis, petit à petit, M. Livernoche a finalement déménagé dans le minuscule deux et demi du secteur Cap-de-la-Madeleine.

«Je ne sens pas vraiment que je remonte la pente. Je ne fais jamais rien de mon temps. Je reste assis chez moi à essayer d'oublier tout ce qui s'est passé. Mais ça me revient tout le temps», laisse-t-il tomber avec découragement, entre deux cigarettes.

L'air déboussolé et aux prises avec des problèmes de santé, le Trifluvien d'origine - il a grandi dans le secteur Cap-de-la-Madeleine - conserve toujours un objectif bien précis en tête malgré toutes ces épreuves: obtenir justice pour la mort de son fils qui était âgé de 13 ans avant qu'il ne tombe dans les griffes d'un pédophile au lourd passé. «Il faut absolument que quelqu'un paye pour ça un jour», réclame-t-il avec insistance afin que la tragédie de son fils ne tombe pas dans l'oubli avec les années.

Indemnisation réclamée

Considéré comme travailleur invalide en raison de son état de santé précaire, l'homme qui oeuvrait jadis comme tireur de joints peine aujourd'hui à joindre les deux bouts.

André Livernoche estime que la Commission des libérations conditionnelles et le gouvernement du Québec sont responsables de la mort de son fils et qu'il mérite un dédommagement en conséquence. En 2006, le père du défunt avait refusé l'offre d'indemnisation de 17 500 $ proposée par le gouvernement du Québec. Il réclame plutôt 2,5 millions $.

Avant de commettre son crime à l'été 2000, Mario Bastien avait été libéré du pénitencier de Trois-Rivières en raison d'un problème de surpopulation carcérale. Quelques mois plus tard, il sévissait de nouveau. En 2001, le récidiviste avait finalement été trouvé coupable de meurtre au premier degré par un jury de six hommes et six femmes.

Le juge Réjean Paul avait d'ailleurs sermonné les services correctionnels, estimant qu'ils n'auraient jamais dû procéder à la libération de Bastien au printemps 2000. Le ministre de la Sécurité publique de l'époque, Serge Ménard, avait aussi déclaré qu'avec le dossier que le meurtrier avait, cela «n'aurait pas dû se traduire par une libération».

«C'est un système honteux!», rage M. Livernoche, qui est aux prises avec un cancer de la gorge. «Combien de nuits j'ai passé à capoter pendant ces 12 années-là? On a joué avec ma tête, avec mon corps, avec ma santé. Je suis allé en-dedans. On m'a tout enlevé. Ça fait 12 ans qu'ils me font vivre une mort civile. Ça se paye ça!»

Au fil des ans, plusieurs personnes ont suggéré au père endeuillé de laisser tomber sa bataille contre le gouvernement. À chaque fois, il répond la même chose. «Jamais! Ma force est minime dans le dossier, mais ce n'est pas vrai que je vais lâcher prise. Ils vont finir par me tuer avant que je gagne, mais je ne lâcherai pas», jure-t-il.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer