C'est avec beaucoup d'émotions dans la voix que le père de Sébastien Carrier, Alain, s'est adressé au tribunal, hier, lors des représentations sur la peine d'Alexandre Cossette. Plus tôt cette semaine, ce dernier a en effet admis avoir conduit son véhicule alors que ses facultés étaient affaiblies par l'alcool, causant ainsi la mort de Sébastien Carrier, 20 ans de Shawinigan.
Quatre ans après le drame qui s'est joué sur la route 349 à Saint-Alexis-des-Monts, la famille de la victime dit toujours vivre un enfer. «À partir du moment où deux policiers viennent cogner à ta porte pour te demander de te rendre au CHRTR, c'est l'horreur et le drame. Quand tu vois ton enfant couché sur une civière, branché partout, ça devient épouvantable. Imaginez maintenant quand on te propose de lui donner l'extrême onction...», a ajouté M. Carrier.
Dans un même souffle, il a indiqué à la juge Guylaine Tremblay que jamais il n'accordera son pardon à Alexandre Cossette. «Lorsque l'accident est survenu, on ne savait pas trop ce qui s'était produit, mais maintenant qu'on connaît la vérité, je ne lui pardonnerai jamais», a-t-il clamé.
Plus tard en entrevue, il a précisé: «Alexandre était plus expérimenté que Sébastien, plus vieux aussi. Lors de ce fameux party, des amis lui avaient pourtant proposé de coucher là-bas, mais il a refusé. Il a conduit son véhicule avec mon fils sous sa responsabilité. Il a gâché notre vie par un manque flagrant de maturité», a-t-il mentionné.
Rappelons que le 28 septembre 2008, vers 4 h, Alexandre Cossette a perdu le contrôle de son véhicule sur la route 349 alors qu'il revenait d'un bar. Il circulait alors à 124 km/h. Sa voiture a dérapé dans une courbe pour ensuite s'écraser contre un arbre. Lors de l'impact, Sébastien Carrier a été blessé gravement à la tête. Douze jours après son hospitalisation, il est décédé des suites de ses blessures. Les analyses sanguines ont révélé que Cossette conduisait avec un taux de 126 mg d'alcool par 100 ml de sang.
La Couronne et la Défense ont suggéré à la juge Guylaine Tremblay une sentence 33 mois de prison, suggestion qu'elle prévoit entériner. Par contre, elle devra soustraire de cette peine quelques mois pour une violation des droits de l'accusé. Ce dernier n'a pas comparu dans le délai prescrit par la loi, qui est de 24 heures. Sa comparution a plutôt eu lieu 33 heures plus tard, et ce, sans qu'il puisse avoir droit à une libération sous conditions. La faute est en partie attribuable à un juge de paix qui, cinq minutes avant la fin de son quart de travail, a refusé d'entendre la comparution par voie téléphonique.
S'appuyant sur une jurisprudence en la matière, l'avocat d'Alexandre Cossette, Me Simon Ricard réclame donc une réduction de peine de 11 mois, ce qui porterait la sentence à 22 mois de prison. Son client, qui est sans antécédents judiciaires et qui est père de deux enfants, éviterait ainsi le pénitencier. Pour sa part, la Couronne, représentée par Me Benoît Larouche, a proposé de retrancher trois mois pour un total de 30 mois.
Alexandre Cossette, qui était un ami, un collègue de travail et le colocataire de Sébastien Carrier, a lui aussi tenu à s'adresser à la cour hier et plus particulièrement aux parents. «C'est un drame atroce comme jamais il ne devrait en arriver. On a perdu un être cher, un grand gaillard de 6'4'', qui voulait du bien à tout le monde, qui souriait toujours. Je demande pardon aux parents même si je n'attends rien en retour. J'ai commis l'irréparable et j'en suis désolé», a-t-il déclaré en sanglots.
La juge a pris la cause en délibéré. Elle fera connaître la peine le 19 juin. Toutefois, elle a ordonné la détention immédiate d'Alexandre Cossette compte tenu de la sentence à venir.
Même si le quantum n'est pas encore connu, M. Carrier estime que lui et sa famille pourront enfin tourner la page. «Alexandre a fait un acte de bonne foi aujourd'hui. Je le crois sincère mais pour moi, ça n'a plus d'importance. À partir d'aujourd'hui, nous allons commencer notre deuil. Le simple fait de l'avoir vu sortir avec les menottes aux poignets nous aidera», a-t-il conclu.