Cette pluie précédait une des nombreuses tornades qui se sont abattues récemment sur tout le sud-est des États-Unis. «Il faisait trop noir pour savoir d'où elle sortait», raconte la jeune femme.
Le camion a été soulevé un peu puis renversé sur le côté.
«Nous avions deux lits superposés en arrière du camion. Ma soeur et moi, on partageait le lit du bas. On conduisait chacune pendant 10 heures pendant que l'autre dormait à cet endroit. Sur le lit du dessus, on gardait des réfrigérateurs et un four micro-ondes. Tout ça m'est tombé dessus quand le camion a été renversé», raconte Sylvie Leduc.
La camionneuse ressent alors d'horribles douleurs sans trop comprendre ce qui venait de lui arriver. Ce n'est qu'une fois rendue à l'hôpital que le diagnostic est tombé: deux vertèbres sont fracturées, une dans la nuque, l'autre au milieu du dos. Quelques côtes sont aussi fracturées, le bassin est déplacé. Du sang gicle de sa tête. Sa soeur, elle, souffre d'une commotion cérébrale, d'une entorse cervicale et de nombreuses ecchymoses.
Les deux victimes tentent de s'éclairer à l'aide d'une lampe d'urgence. Un autre camionneur arrive alors à leur secours. Ils doivent défoncer les vitres pour tenter de sortir Sylvie Leduc de sa mauvaise posture. Ce camionneur, dont elle ne connaît que le prénom, Eric, est resté auprès d'elle jusqu'à ce que les secours arrivent.
«Il m'a pris la main tout le long et quand je lui ai dit que j'avais chaud, que je me sentais partir, il s'est dépêché à me trouver un ventilateur et une débarbouillette humide. L'homme et la soeur de Sylvie Leduc appellent les secours par trois fois. «Ils disaient: on est en train de la perdre.» Eric est resté tout près jusqu'à ce que les ambulanciers et les policiers arrivent sur place.
«Ils n'arrivaient pas à me sortir de là avec leur civière. Elle était trop large pour passer par la porte du camion. Alors un policier s'est couché sur le dos. Je me suis laissée tomber sur lui, mais il y avait de la vitre sur lui et elle est entrée dans ma peau», raconte-t-elle.
«À l'hôpital, ils m'ont appelée la petite miraculée», raconte cette mère d'un fils de 15 ans.
À l'UAMS, un hôpital universitaire en Arkansas où elle est conduite, le personnel n'ose même pas la déplacer pour faire les examens. «Ils ont apporté les machines dans la salle où j'étais», dit-elle.
Retour au Québec
À peine 15 jours après son hospitalisation, la CSST fait des démarches pour ramener l'accidentée du travail au Québec. «lls n'ont même pas été capables de me payer un avion médical. Ils ont payé quelqu'un pour venir me chercher en avion», raconte-t-elle.
De Little Rock, on l'amène donc à l'aéroport en taxi, puis en avion pendant sept heures dans un siège de passager et non sur une civière jusqu'à Dallas. À Dallas, elle doit prendre un tramway jusqu'à son prochain avion.
Arrivée à Montréal, une ambulance la prend en charge jusqu'à Trois-Rivières sur les routes raboteuses en dégel du Québec. «Il y avait beaucoup de turbulence dans les airs», dit-elle. «J'ai souffert le martyre», dit-elle.
«Ça a coûté 4000 $ pour me ramener. Ils auraient pu débourser, selon moi, un petit peu plus cher et me ramener dans quelque chose d'un peu plus adéquat pour ma situation», déplore-t-elle.
Sylvie Leduc n'a pas l'intention d'abandonner son métier de camionneuse. «C'est une passion», dit-elle en promettant de retourner aux États-Unis.
Quant à son bienfaiteur, Eric, elle conserve son numéro de téléphone et entend aller le voir un jour pour lui remettre une chaîne avec une croix. «Lui et ma soeur ont été mes anges gardiens», dit-elle. «Je les remercie tous les deux.»