D'abord timidement, puis de plus en plus intensément en fin de journée, les amateurs attendaient leur tour pour toucher au Saint-Graal de la Ligue nationale de hockey. Impossible de passer à côté du trophée le plus admiré au Québec sans se laisser tenter par une photo pour immortaliser le moment.
La Coupe Stanley a quitté Toronto par avion tôt en matinée hier et repartira dès demain matin. Ceux qui veulent la voir de près doivent donc passer par la Cité du hockey aujourd'hui. Sa prochaine sortie est prévue au début juin, alors que le capitaine des Kings, des Rangers ou des Devils la soulèvera au bout de ses bras en hurlant sa conquête.
Renald Gagnon a touché à la Coupe Stanley une première fois en 1986, quand le triomphe inattendu du Canadien avait provoqué une grande tournée à travers la province. Le résident de Témiscaming s'était rendu à Lorrainville pour savourer ce moment unique.
Mais l'amateur de hockey n'est pas rassasié. Au cours des sept dernières années, il n'a pas manqué une finale de la Coupe Memorial et à chaque fois, il en profite pour s'approcher de sa grande soeur de la LNH.
«C'est drôle, parce qu'on peut toucher à la Coupe Stanley, mais pas à la Coupe Memorial!», fait remarquer ce partisan des Huskies de Rouyn-Noranda.
À Saint-Mathieu-du-Parc, Patrick Murphy n'allait pas rater l'occasion de montrer le précieux trophée à ses trois fils, âgés entre 15 mois et 7 ans. Pour lui non plus, il ne s'agissait pas d'un premier contact avec la Coupe Stanley.
«Nous sommes tous des amateurs de hockey», sourit le papa, visiblement heureux de l'effet du moment sur ses garçons. «Je savais que la coupe arrivait mercredi. On va regarder les autres trophées après celui-là!»
Une génération plus tard, Roger Ruel et June Brown posent tout aussi fièrement en compagnie de la Coupe Stanley.
«Nous avons comme mission de rapporter le plus de souvenirs possibles pour nos petits-enfants», explique la grand-maman établie à La Tuque. Louis-Mathieu Ruel joue pour les Cougars de Mont-Saint-Hilaire et le jeune garçon de neuf ans pleure à chaudes larmes à tous les jours à l'idée de ne pouvoir être présent à Shawinigan pour cette édition de la Coupe Memorial MasterCard.
«Il a fait six tours du chapeau cette année», précise fièrement M. Ruel. «Sur les 38 buts de son équipe, il en a compté 35!»
«C'est un vrai maniaque de hockey!», tranche Mme Brown.
Fort attrait
Chaque visiteur peut raconter sa petite histoire de la Coupe Stanley, pourquoi elle possède un si grand pouvoir d'attraction. Phil Pritchard, conservateur au Temple de la renommée du hockey, n'en revient jamais de voir à quel point ce trophée est adulé partout à travers le Canada. Il suit la coupe à peu près partout depuis 1988.
«Nous transportons la Coupe Stanley à divers événements, pas seulement en Amérique du Nord mais également en Europe», explique-t-il. «Nous recevons environ 800 demandes par année et nous sommes sur la route durant environ 300 jours. C'est beaucoup!»
Le domicile officiel de la Coupe Stanley est établi au Temple de la renommée du hockey à Toronto, mais elle n'y passe pas beaucoup de temps. En fait, les visiteurs savent exactement où l'originale se trouve lors de leur passage. Aujourd'hui par exemple, ceux qui visitent le Temple de la renommée à Toronto verront une réplique de la Coupe Stanley, en précisant que la vraie se trouve à Shawinigan. «C'est notre dernier événement avant la finale», confie M. Pritchard.
Les rumeurs les plus folles courent parfois sur l'utilisation que les joueurs gagnants de la Coupe Stanley font pendant qu'ils peuvent l'emmener dans leur patelin durant l'été, mais le conservateur soutient qu'aucun incident grave ne s'est produit depuis qu'il garde le précieux trophée.
«Nous la suivons partout», assure-t-il. «Il y a quelques années, nous étions venus ici avec Pascal Dupuis. La Coupe Stanley est allée à la pêche, a escaladé des montagnes avec Scott Niedermeyer. Martin Brodeur est allé au cinéma avec elle et a mis huit sacs de pop corn dedans! Les joueurs font toutes sortes de choses avec la coupe, mais la plus importante, c'est de l'apporter à la maison pour dire merci aux partisans.»
«C'est un trophée qui a 120 ans», rappelle-t-il.
«Nous la surveillons de près. Mais les gens ont beaucoup de respect pour la Coupe Stanley. Ils comprennent l'histoire et la tradition. Quant aux joueurs, ils travaillent toute leur vie pour mettre la main dessus. Ils lui font attention, mais il faut parfois surveiller leurs amis!»