9 H 15
Éric Veilleux arrive dans ses quartiers du Centre Bionest, armé d'un café. Il s'assure que la vidéo qu'il s'apprête à faire visionner à ses hommes est à son goût, que les séquences choisies par ses adjoints reflètent parfaitement les ajustements tactiques à apporter au système de jeu en relation avec la façon de travailler des Huskies. Leurs performances des derniers matchs avaient été décortiquées la veille par Danny Dupont et Steve Larouche.
9 h 30
Veilleux prend la parole dans le vestiaire, une trentaine de minutes avant l'entraînement matinal. Il vérifie que ses protégés sont bien au fait que les Huskies traversent actuellement une période faste... et que les Cataractes ont subi deux revers contre eux depuis le début de la saison. Curieusement, c'est loin d'être tous les joueurs qui s'en souviennent! «On pourrait les retrouver au match 1 des séries. Ce soir, je veux voir comment vous allez réagir au match1 des séries si ça arrive. C'est le temps de donner un effort de 60 minutes.»
Puis il passe la rondelle à Danny Dupont, chargé d'animer la séance vidéo. À l'aide de clips, il donne des consignes claires à appliquer, notamment pour contrer l'échec-avant ennemi qui est intense. La réunion dure une douzaine de minutes.
10 h
Les joueurs et les entraîneurs sautent sur la glace pour un entraînement de 35 minutes. Même si l'équipe traverse une zone de turbulences, l'ambiance est décontractée. Cinq exercices sont au menu, dont deux directement reliés aux tendances des Huskies. Je fais remarquer à Veilleux que l'intensité est au rendez-vous même si les gars jouent en soirée. «Ça dépend des entraîneurs, le niveau d'intensité lors d'une séance matinale. Moi, j'aime quand c'est intense mais je m'assure que la pratique soit très courte.»
Veilleux laisse ses adjoints diriger le trafic durant l'entraînement, se plaçant un peu en retrait afin d'observer sa bande. Dès qu'il voit quelque chose qu'il n'aime pas, il intervient. Après les exercices collectifs, la majorité des joueurs restent pour du travail individuel. Les centres, par exemple, s'exercent au cercle de mises au jeu sous l'oeil attentif de Veilleux. Un peu plus loin, Morgan Ellis peaufine sa bombe qu'il livre sur réception.
10 h 45
Le pilote est de retour à son bureau et il prend ses messages. L'un d'entre eux a été laissé par un journaliste et Veilleux retourne son appel. Ce sera la première entrevue d'une série de quatre au cours de la journée... avant d'affronter tous les scribes après le match.
Pendant que les joueurs quittent l'aréna, Veilleux procède à deux petites rencontres individuelles, puis il fait le point avec son thérapeute sportif Michaël Morin sur ses clients. Il sait déjà que Peter Sakaris n'est pas en mesure de jouer en soirée parce qu'ils ont eu une discussion lors de l'entraînement, mais il veut connaître l'opinion du thérapeute sur la possibilité de le voir reprendre sa place d'ici dimanche, journée où les Sea Dogs de St. John débarquent en ville.
11 h 20
La séance d'entraînement des Huskies bat son plein depuis déjà une vingtaine de minutes. Veilleux rejoint ses adjoints dans les hauteurs du Centre Bionest pour obtenir quelques indices supplémentaires sur ce qui attend ses hommes en soirée. Quelques-uns de ses joueurs assistent aussi à la répétition générale. «On peut voir certaines petites choses. Comme ce matin, par exemple, on voit que les Huskies sont toujours près du filet en zone offensive. Ça vient confirmer ce qu'on a vu sur la vidéo...»
Les moeurs ont bien changé dans la LHJMQ. À l'époque où Veilleux jouait, au début des années '90, il y aurait eu bagarre générale si une équipe avait osé se pointer le museau à un entraînement ennemi! Maintenant, c'est devenu une coutume. André Tourigny, pilote des Huskies, avait effectué le même genre de repérage une heure plus tôt...
Pendant l'espionnage, un dépisteur rejoint l'entraîneur-chef des Cataractes via texto pour le questionner sur l'identité de son gardien de but partant en soirée. Veilleux répond qu'il a désigné Alex Dubeau, la réponse que l'éclaireur désirait obtenir puisqu'il annonce à Veilleux sa présence pour le match. Il demande aussi la permission de rencontrer le jeune gardien et le défenseur Justin Haché après le duel...
11 h 40
C'est le temps de plancher sur les notes qui vont lui servir dans le feu de l'action. Sur sa feuille de match, il inscrit les trios adverses, ses trios, ses unités de jeu de puissance et de désavantage numérique, etc. Il vérifie aussi qui seront les arbitres en fonction. «C'est juste par habitude. Ici, on aime tous les arbitres... depuis deux ans», lance le pilote avec un petit sourire en coin.
12 h 30
Avant de rentrer à la maison pour le dîner et une petite sieste, Veilleux s'offre une séance de musculation de 45 minutes, question de garder la forme... et d'évacuer un peu de stress. Tous les membres du personnel d'entraîneurs - de même que le préposé à l'équipement et le thérapeute sportif - ont la même routine, se servant toutefois du gymnase à des heures différentes. Un tableau dans le bureau des entraîneurs tient compte des séances de chacun et de petites amendes sont prévues si l'un d'entre eux fait l'école buissonnière!
Deuxième partie
16 h 15
Veilleux passe en revue le plan de match adopté avec ses adjoints, qu'il consulte à nouveau sur certains points bien précis. Il prépare en même temps son allocution d'avant-match.
16 h 50
Les deux descripteurs radiophoniques l'attendent dans le corridor pour une entrevue. À tour de rôle, ils s'entretiennent avec Veilleux, qui répète sensiblement les mêmes phrases... aux mêmes questions!
17 h
La musique résonne dans le vestiaire de l'équipe, les joueurs sont en mode préparation. Le personnel d'entraîneurs vient les rejoindre à 17h30, Veilleux étant le dernier à pousser les portes du vestiaire, deux minutes après ses adjoints. Il ferme la musique, s'amène au tableau et répète les ajustements à apporter, en revenant sur les exercices de la séance d'entraînement matinale. Après 10 minutes tactiques, il ne laisse planer aucun doute sur l'importance du match à ses yeux. «On veut jouer comme si on était au premier match des séries? Alors ça prend une préparation en conséquence. Il faut jouer notre style ce soir, prendre avantage que nous soyons à domicile. Pour ça, ça prend une grosse première période, puis aucun relâchement. Vous avez été bons cette année dans les gros matchs, en voilà un autre.»
17 h 50
Surprise, les commentateurs du réseau Sportsnet, qui diffusera le match du lendemain entre les Cataractes et l'Océanic, demandent à voir le pilote des Cataractes pour une entrevue informelle. Bien que ça brise sa routine, Veilleux se plie de bonne grâce à l'entretien. Le smoke meat peut bien attendre 10 minutes!
18 h 20
Dernière petite séance vidéo avant le match, uniquement programmée pour le personnel d'entraîneurs. Le but est de vérifier que rien n'a été oublié et prévoir certains ajustements,notamment sur le jeu de puissance, si le plan A ne tient pas la route. Danny Dupont et Steve Larouche vont ensuite assister à la période d'échauffement, pendant que Veilleux épluche d'autres statistiques individuelles sur les joueurs des Huskies. À 18h40, il enfile veston et cravate, jette un dernier coup d'oeil à ses notes et il se prépare à aller chauffer à bloc sa chambre.
18 h 45
Le message n'est pas nouveau mais cette fois, il est beaucoup plus senti. Pas de doute, le petit général veut placer son groupe dans une ambiance printanière.
«Trois choses aujourd'hui, que vous connaissez déjà: discipline, engagement envers l'équipe et du jeu de séries. C'est maintenant que ça se passe. Dans
8-9 minutes, tu dois montrer comment tu vas te comporter au match 1 des séries. Nous voulons le voir, nous le prouver à nous-mêmes pour voir comment ça va se passer.»
«Est-ce qu'il a beaucoup de choses à changer? Pas tant que ça. Élève ton jeu d'un cran. Gagne tes bagarres individuelles. Concentre-toi sur les tâches à accomplir, peu importe ce qui se passe. Ce sont des choses que vous allez entendre à tous les jours à partir de maintenant et c'est ce qui doit être accompli aujourd'hui.»
«Pour le reste, souvenez-vous - et je n'aime pas rappeler de mauvais souvenirs - mais quand on dit ne gaspille pas de lancers, on a vu des séquences sur vidéo dans l'autobus dernièrement où on l'a fait. Lancez au filet aussi souvent que possible. Tous les lancers sont de bons lancers. On veut de l'intensité pendant 60 minutes, on veut placer de la pression, alors n'étirez pas vos présences sur la glace. Quand tu es sur la glace, travaille fort, ce qui veut dire intelligemment... Vous savez tous comment jouer, alors sortez d'ici et faites-le!»
Le match
La première période ne se déroule pas comme l'espérait le pilote des Cataractes. Les Huskies sont opportunistes, ils se forgent rapidement une avance de 2-0 pendant qu'à l'autre bout de la patinoire, les locaux sont incapables de profiter de leurs chances. Maximilien LeSieur est le plus actif, lui qui touche le poteau et qui a eu droit à un lancer de pénalité. Même si ses hommes accusent un retard, Veilleux reste positif derrière le banc. Il se sert également du tableau à quelques reprises pour corriger certains joueurs.
À l'entracte, Veilleux reste tout aussi calme. Quelques clips sur la vidéo viennent appuyer la seule consigne de l'entraîneur. «C'est pas le départ qu'on voulait, hein? La seule chose à changer, c'est de gagner nos bagarres individuelles. Ils travaillent plus fort que nous, alors corrigez ça et tout va rentrer dans l'ordre!»
Le message porte ses fruits. Les Shawiniganais enchaînent avec une poussée de quatre buts sans réplique en deuxième et ils dominent maintenant les Huskies à tous points de vue. Derrière le banc, Veilleux demande à ses hommes de garder la pédale bien au fond, le même message qu'il martèle au cours du deuxième entracte. «On sait ce qui peut se produire si on baisse de régime...»
La troisième période est terne. Les Cataractes se referment comme une huître en défensive mais en offensive, ils sont discrets. Le match se termine donc 4-2 en faveur des locaux. «On va la prendre quand même», glisse le pilote à l'oreille de son ami et préposé à l'équipement Patrick Léonard, avant de se réfugier dans son bureau.
Sept minutes. C'est le temps dont dispose Éric Veilleux pour rassembler ses idées et se présenter devant les journalistes, un exercice qui ne l'enchante pas particulièrement ce soir. Il aurait préféré une victoire plus spectaculaire pour lancer ce segment de trois matchs en quatre jours à domicile. Il consulte ses adjoints sur la façon appropriée de répondre aux questions. «Dis la vérité», lui lance Steve Larouche, déçu lui aussi de la prestation de l'équipe. «C'est toujours ce que je fais. Mais ce soir, je dois être juste un peu plus sélectif dans mon message. Ça me prend une entrevue... à la Guy Boucher!»
Finalement, Veilleux n'aura pas eu à souffrir trop longtemps avec la presse. Une poignée de questions, aucune ne le déstabilisant, et il a pu quitter le salon Jack-Saint-Onge pour venir faire un brin de causette avec plusieurs membres des Blue Jackets de Columbus, venus voir jouer Michael Chaput, un de leurs espoirs. Quelques hot dogs attendent alors l'ex-vedette du Titan de Laval sur son bureau, qui devront patienter encore un moment puisque Veilleux veut d'abord s'adresser à ses protégés avant de les renvoyer à leur pension. Son ton trahit sa déception... «Soyez sûrs demain d'être intenses pendant 60 minutes. L'autre jour, c'était la troisième période à Baie-Comeau, la même chose s'est produite ensuite à Chicoutimi. Ce soir, c'était la première période. On s'est déjà aussi enfargés en deuxième période. On va en parler à nouveau demain matin mais on dirait que nous sommes deux clubs bien différents (d'une période à l'autre) et il faut corriger ça.»
Il est 22 h 30. Avant de quitter le Centre Bionest, Veilleux et ses adjoints vont découper le match qui vient de se dérouler sous leurs yeux, en plus de ressortir des clips sur les tendances de l'Océanic, qui se pointe à Shawinigan le lendemain soir. Il est 1h30 quand l'équipe d'entraîneurs met un terme à sa journée de travail...