Cette déclaration d'un ancien chef de service technique à Gentilly-2 pendant dix ans, Paul Lafrenière, n'a pas été sans surprendre agréablement certains des quelque 80 participants à la rencontre d'information tenue hier soir, dans le calme, en faveur de la centrale nucléaire. On y retrouvait, entre autres, les membres du comitéd'action stratégique qui avait organisé cette soirée auMont-Bénilde.
D'ailleurs, le directeur général de la Ville de Bécancour, Gaston Bélanger, s'est demandé comment concilier la possibilité d'exploiter la centrale sans la rénover alors qu'il existe une datebutoir, celle du 28 décembre prochain.
«Il n'y a pas eu de demande pour étirer le permis d'exploitation. Il aurait fallu démontrer qu'on l'exploite pour six mois, un an», a répondu Michel Saint-Denis, de la Société nucléaire canadienne.
D'entrée de jeu, le directeur de projets chez ISR/RHEM, Michel Rhéaume, a parlé de l'utilité de la centrale depuis sa mise en service en 1983, fonctionnant à80 pour cent de sa capacité et jouant un rôle de stabilisateur dans le réseau d'Hydro-Québec.
«Il en coûterait 250 millions de dollars pour sécuriser le réseau en l'absence de Gentilly-2», a-t-il souligné.
Selon lui, la centrale nucléaire est performante, respectant toutes les exigences réglementaires. Et c'est sans compter les 750 emplois directs et les100 millions de dollars en retombées économiques annuelles.
«Son historique d'exploitation démontre que l'électricité est propre, fiable, sécuritaire, tant pour les employés que la population», a-t-il ajouté, tout en évoquant les «50 ans d'efforts pour doter le Québec d'une grappe industrielle de haute technologie dans le domaine nucléaire».
Par ailleurs, M. Rhéaume a rappelé que la réfection vise à optimiser un actif important, qu'il ne s'agit pas d'une nouvelle centrale, que les structures et composantes autres que le réacteur nucléaire ont une durée de vie supérieure à 60 ans, que les techniques de retubage sont sous contrôle, que les autorisations sont déjà obtenues et que le projet bénéficie d'un large appui de la population.
Pendant que Claude Barbeau, de l'Université Laval, s'est fait rassurant sur les niveaux de radioactivité, «toutes les études ne faisant aucun lien entre les risques de cancer et la proximité de la centrale», Paul Lafrenière, qui est maintenant consultant et directeur général de PJL Management, parle d'une décision gouvernementale «scandaleuse» alors que le nucléaire demeure une technologie de pointe.
«Les gens de la région et l'environnement vont perdre au change. C'est une génération de jeunes qui vont écoper dans la région. Et 200 millions de dollars, c'est insuffisant pour corriger la décision de fermer la centrale. Ce sont des emplois de qualité perdus à jamais dans une industrie d'applications diversifiées, durables et créant de l'innovation technologique. Réveillez-vous quelqu'un, Québec. Les Coréens ne comprennent pas les coûts de 4,3 milliards $. Ça n'a pas d'allure», affirme-t-il.
Pour ce dernier, les études de la société d'État «ont été bâclées, n'ayant pas tenu compte des expériences ailleurs». «À Point Lepreau, les coûts ont été de2,4 milliards de dollars et en Corée, de 700 millions de dollars. Je ne sais pas où ça sort (les4,3 milliards de dollars pour la réfection à Bécancour), mais je me pose bien des questions», a-t-il confié.
Pendant que la fermeture de Gentilly-2 se traduira par une radiation d'actifs de 1,7 milliard de dollars, son exploitation, au contraire, permettrait des rentrées d'argent puisque «depuis28 ans, la centrale a rapporté6,3 milliards de dollars en profits nets», avance M. Lafrenière.
Pendant que certains experts ont fait valoir le caractère concurrentiel de la production nucléaire, d'autres ont finalement mis en doute l'option de recourir à la centrale de gaz naturel TransCanada Énergy de Bécancour en raison des retombées économiques régionales beaucoup moindres qu'avec Gentilly-2.