La manifestation qui regroupait plusieurs environnementalistes de la province opposés au nucléaire s'est tout de même déroulée sous surveillance policière. Parmi les manifestants, on retrouvait les réalisateurs du documentaire Gentilly or not to be, Guylaine Maroist et Éric Ruel.
«Nous célébrons ce soir un événement majeur et historique. Une victoire pour notre santé physique et économique», a déclaré Sébastien Bois, un des leaders du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire.
«Le Québec sort du nucléaire et est une source d'inspiration partout sur la planète.»
«On vit ce soir le résultat du travail entrepris en 1970», a lancé de son côté Michel Fugère du Mouvement vert Mauricie. «C'est l'aboutissement de 40 ans de lutte», ajoutait-il en précisant toutefois que les Québécois héritent maintenant de déchets nucléaires qui seront radioactifs pour encore quelques milliers d'années.
Les organisateurs de la célébration de samedi se défendent d'avoir voulu insulter les travailleurs de la centrale qui perdront leur emploi ou seront contraints de changer d'emploi. Ils ont d'ailleurs tenu une minute de silence samedi en «soutien» aux travailleurs de Gentilly-2.
«Notre souci a toujours été la sécurité des travailleurs et de la population voisine de la centrale nucléaire», a affirmé dans la même veine Michel Fugère. «Quand on obtient une victoire, on le dit. Ce n'est pas de l'arrogance envers les travailleurs», a soutenu de son côté le président de Nature Québec, Christian Simard.
«On n'est pas là pour célébrer les 800 pertes d'emploi. Ceux qui pensent ça n'ont rien compris», a ajouté Éric Ruel, le coréalisateur de Gentilly or not to be.
Pour les opposants à Gentilly-2, la décision du gouvernement péquiste s'imposait notamment pour des raisons économiques. «Nous sommes pour les emplois, mais pas à n'importe quel type d'emplois. On a des travailleurs et des anciens travailleurs de la centrale dans notre mouvement. On est des semeurs d'espoir, mais aussi de réalisme et de raison. Il faut tourner la page du nucléaire et miser sur les économies vertes», a soutenu Sébastien Bois.
Des manifestants ont aussi dénoncé ce qu'ils qualifiaient de manque «d'honnêteté» des élus et des chambres de commerce de la région qui n'acceptent pas que la centrale soit «déficitaire».
Daniel-Jean Primeau des Artistes pour la Paix a d'ailleurs invité les opposants au nucléaire à envoyer des oeuvres d'art au maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, afin «qu'il s'ouvre l'esprit pour voir autre chose que Gentilly-2». La mairesse de Bécancour, Gaétane Désilets, a aussi été invitée à «faire des découvertes» sur les possibilités de diversification économique ce qui pourrait, selon M. Primeau, permettre de créer d'autres emplois.
Des manifestants ont déposé une rose jaune sur la porte de l'hôtel de ville de Trois-Rivières destinée au maire Yves Lévesque avec une carte sur laquelle on peut lire: «Monsieur Lévesque, 25 ans d'énergie pour 100 000 ans de déchets. Non merci!»
Éric Ruel va plus loin. Il estime que les élus de la région entretiennent une campagne de peur sur les conséquences de la fermeture de la centrale nucléaire. Il accuse les maires Yves Lévesque et Gaétane Désilets ainsi que les députés libéral de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, et caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, de faire de la désinformation auprès du public.
Parmi les manifestants on retrouvait François A. Lachapelle, un évaluateur à la retraite d'Hydro-Québec, qui affirme que les pertes d'emplois seront bien moins importantes que le prétendent certains élus et les chambres de commerce de la région. Selon lui, seulement une cinquantaine d'emplois seront perdus. La plupart des travailleurs d'Hydro-Québec seront relocalisés ailleurs dans la
société d'État ou prendront leur retraite.
«Les conventions collectives d'Hydro-Québec prévoient des mesures de relocalisation. Dire que la fermeture de Gentilly entraînera la perte de 800 emplois c'est démagogique», croit-il tout en avouant que la région perdra malgré tout d'importantes retombées économiques par la perte d'une importante masse salariale.