Bécancour- Le milieu économique et politique est sur le pied de guerre à la suite de la sortie ministérielle sur Gentilly-2. Non seulement le comité d'action stratégique réclame toujours la tenue d'une commission parlementaire, mais la mairesse de Bécancour demande à Pauline Marois d'être cohérente par rapport à sa position de 2008.
Au terme d'une rencontre du comité d'action stratégique à l'hôtel de ville, celle-ci s'est plu à rappeler un article du Nouvelliste du 21 août 2008 dans lequel la chef du Parti québécois réclamait une commission parlementaire afin qu'Hydro-Québec vienne répondre à certaines questions sur les travaux de réfection de la centrale nucléaire.
«Nous sommes d'accord que Gentilly-2 soit rénovée, nous sommes d'accord avec cette orientation. Cependant, nous voulons un débat qui soit un petit peu plus complet. Nous voulons plus de transparence et qu'Hydro-Québec vienne témoigner devant l'Assemblée nationale afin qu'on sache de quoi l'on parle en termes de coûts, d'impacts et de sécurité», avait-elle déclaré lors d'un passage à Bécancour.
«Nous voulons une commission parlementaire pour faire la lumière sur tous les chiffres, et on veut savoir sur quoi est basé le 200 millions $», a lancé Gaétane Désilets, faisant ainsi allusion au fonds de diversification économique. «Avec 736 emplois, ça devrait être 736 millions. Du côté politique, on veut être capable d'avoir la même calculatrice pour aller de l'avant», renchérit-elle.
Celle-ci a finalement reçu un appel de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, mercredi soir, à 18 h, soit après la fameuse conférence de presse avec Hydro-Québec. Sans s'excuser des façons de faire de son gouvernement, la ministre a expliqué qu'elle venait d'arriver en poste et que ça pressait, selon ce que rapporte la mairesse de Bécancour.
La bataille se transporte maintenant à l'Assemblée nationale où les deux partis d'opposition sont prêts à réclamer une commission parlementaire sur la centrale nucléaire. Une démarche qui sera initiée par la Coalition Avenir Québec et appuyée par le Parti libéral du Québec. Mais on ne sait toujours pas si la motion aura un effet contraignant sur le gouvernement minoritaire.
«Nous, ça fait longtemps qu'on a avancé ça. On a fait une sortie avec François Bonnardel. On en fait la demande et il y aura le dépôt d'une motion. Il doit y avoir un bon débat public», a assuré le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.
Selon lui, «ça sent l'improvisation à Québec» avec une radiation d'actifs qui viendra affecter le budget pour 1,3 milliard de dollars, en plus «du trou d'un milliard». «L'état des finances publiques est assez inquiétant», a-t-il confié.
Pour sa part, la députée libérale de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, a réitéré l'appui de son parti à une demande de commission parlementaire lors de la reprise des travaux. «J'ose espérer que le gouvernement va tenir compte d'un vote en chambre», a-t-elle souhaité.
«On veut que le gouvernement prenne sa décision sur des bases solides. Mais le Parti québécois a déjà pris sa décision depuis 2009 sur une base instinctive et idéologique», déplore-t-elle, parlant d'un manque de considération et de décence envers la région.
À son avis, l'idéal serait de voir la première ministre revenir sur sa décision et garder Gentilly-2 ouvert, le temps de tenir une commission parlementaire. «Ce serait tout à son honneur», prétend Mme St-Amand.
Pendant que les deux présidents de chambre de commerce de Bécancour et Trois-Rivières s'en sont tenus à se montrer solidaires aux propos de la mairesse Gaétane Désilets, le maire Yves Lévesque a repris son discours d'indignation envers le gouvernement Marois en présence des médias nationaux.
«C'est inacceptable. Ce n'est pas un terrain de jeu qu'on ferme. Et c'est le fouillis total alors que ça devait coûter 1,9 milliard et que Pointe-Lepreau a coûté 2,4 milliards», a-t-il soutenu, comparant le tout avec les estimés de 4,3 milliards de dollars pour la réfection de Gentilly-2.
Selon des sources internes «car c'est l'Omerta chez Hydro-Québec», le premier magistrat trifluvien affirme que «si on prenait d'autres projets avec les mêmes obstacles que pour la réfection de la centrale nucléaire, ils ne seraient pas rentables non plus».
«La commission parlementaire est la seule option. On veut un éclaircissement avant de pouvoir passer au plan B. On ne peut pas abdiquer avec l'information différente à tous les jours», a-t-il conclu.
Par ailleurs, une centaine d'employés de Gentilly-2 ont marché sur l'heure du dîner pour manifester leur mécontentement vis-à-vis la décision de mettre en arrêt de la centrale nucléaire à compter du 28 décembre.
La Sûreté du Québec a été dépêchée sur les lieux pour assurer le bon déroulement de cette courte marche.