Une catastrophe d'abord d'origine humaine

De gauche à droite: Philippe Giroul du Mouvement... (PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS)

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De gauche à droite: Philippe Giroul du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire, Michel Fugère, du Mouvement vert de la Mauricie, Michel Duguay, physicien nucléaire et coordonnateur du MSQN et Shawn Patrick Stensil analyste nucléaire de Greenpeace montrent ici une des photos de l'exposition de Greenpeace sur l'après-Tchernobyl et l'après-Fukushima.

PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le Mouvement sortons le Québec du nucléaire et Greenpeace ont fait part de leurs inquiétudes, hier, à Trois-Rivières, au sujet des récentes conclusions formulées par la Commission canadienne de sûreté nucléaire à la suite de la tragédie de Fukushima.

«Les études de la CCSN se penchent sur la nature technique de l'accident plutôt que sur les échecs des institutions politiques», explique l'analyse de Greenpeace en matière nucléaire, Shawn Patrick Stensil.

Or, Greenpeace a sorti, en mars, un rapport intitulé «Enseignements de Fukushima» dans lequel il est expliqué que la catastrophe nucléaire survenue au Japon est d'abord d'origine humaine.

«Les Japonais sont des experts en tsunami au niveau international. Ils avaient des études en main. Ils savaient qu'un tsunami d'une hauteur de 10 mètres pouvait survenir. Mais l'agence de sécurité au Japon et TEPCO ont simplement nié ces études. C'est ça qui a causé Fukushima», explique M. Stensil.

Le rapport en question a d'ailleurs été remis à la Ville de Trois-Rivières par M. Stensil, lundi soir, à l'occasion de l'assemblée publique du conseil municipal.

«Au Japon, l'industrie nucléaire avait une influence politique auprès de l'Agence de sécurité», explique-t-il. Selon lui, ce n'est guère différent au Canada comme le démontre le congédiement par le gouvernement Harper, en 2008, de Linda Keen qui était présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

«D'après elle, la firme d'ingénieurs SNC-Lavalin, la compagnie qui veut faire la réfection de Gentilly-2, a été le principal facteur ayant conduit à son congédiement», raconte M. Stensil.

«SNC-Lavalin voulait construire un autre CANDU-6 comme Gentilly-2 en Ontario. Pour faire cela, l'industrie voulait que Mme Keen laisse de côté les normes modernes de sécurité. Heureusement, elle a dit non», poursuit M. Stensil. Or, sous l'influence des lobbyistes, elle fut renvoyée de son poste par la suite.

«Au Canada, la CCSN relève du ministère des Ressources naturelles, le même ministère qui fait la promotion de l'énergie nucléaire», renchérit le porte-parole de Greenpeace. «Au Japon, c'était tout à fait la même chose», a-t-il expliqué dans le cadre d'un exposition de photographies prises à Fukushima et à Tchernobyl présentée hier au Cégep de Trois-Rivières par Greenpeace.

Greenpeace demande donc à la CCSN de communiquer plus objectivement les risques que posent les centrales nucléaires au Canada. «Le rapport annuel 2010 de la CCSN est intitulé: Le nucléaire au Canada est sans danger. Cette phrase revient 21 fois dans le document en question. Ce n'est pas un communication objective», plaide Shawn Patrick Stensil.

«L'élément le plus dangereux pour le nucléaire au Canada, c'est la Commission canadienne de sûreté nucléaire. C'est l'esprit de ces gens qui prétendent qu'il n'y a pas de danger et qui vont tout faire pour justifier cette prétention-là», déplore à son tour Michel Fugère, porte-parole du Mouvement vert de laMauricie.

«Souvent, les décisions au sujet des centrales nucléaires se prennent entre l'industrie, comme Hydro-Québec et les bureaucrates de la CCSN. Ils échangent beaucoup de lettres et souvent, ce n'est pas possible de les obtenir par la Loi d'accès à l'information. Ils prennent des décisions importantes et examinent des risques importants sans que le public puisse en prendre connaissance», signale M. Stensil.

Rappelons qu'en 2011, SNC-Lavalin, qui possède CANDU Énergie, a acquis une partie des actifs de la division des réacteurs commerciaux d'Énergie atomique du Canada pour la somme de 15 millions $.

Récemment, les professionnels de CANDU Énergie ont accusé SNC-Lavalin de mettre en péril l'industrie nucléaire canadienne à cause d'un style de gestion cavalier et de sa volonté de vouloir maximiser les profits à court terme au détriment des employés.

La firme d'ingénierie québécoise a aussi fait la manchette au cours des dernières semaines alors que des perquisitions étaient réalisées à son siège social par la GRC dans une histoire de paiements de 56 millions $ dans des projets internationaux dont elle a perdu la trace.

Selon Michel Fugère, «tant et aussi longtemps que le dossier de SNC-Lavalin ne sera pas éclairci au niveau de la justice, il serait urgent que le premier ministre du Québec mette rapidement un holà sur toute possibilité que le réacteur de Gentilly-2 puisse être mis en réparation par SNC-Lavalin.»

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