La société d'État reconnaît, dans ce document, que certaines «limites seront atteintes par des composants avant la réfection prévue», rapporte la CCSN dans son rapport annuel 2010.
La stratégie d'Hydro-Québec contient donc des «arrêts à des fins d'entretien afin de pouvoir prendre des mesures compensatoires, effectuer des inspections en chantier et compléter des analyses et des manoeuvres permettant le remplacement ou la disposition de composants», explique la CCSN.
En août 2011, la société d'État annonçait qu'elle procédait à un arrêt planifié de la centrale nucléaire de Gentilly-2 pendant 70 jours.
Hydro-Québec avait alors répété à maintes reprises que la raison de cet arrêt était le replacement «d'une vanne de ventilation défectueuse.»
Ce qu'Hydro-Québec n'a pas dit, à ce moment-là, c'est qu'elle a procédé en fait à la correction d'un problème de conception des vannes du système de refroidissement d'urgence du coeur (SRUC) du réacteur. Il s'agit d'une lacune, dépistée en 2007, qui aurait pu entraîner une indisponibilité des deux pompes de ce système, peut-on apprendre dans le rapport annuel 2010 du personnel de la Commission canadienne de sûreté nucléaire sur le rendement en matière de sûreté des centrales nucléaires au Canada.
Au moment de rédiger ce rapport, la CCSN a indiqué que «compte tenu de l'incidence de cette lacune, Hydro-Québec s'est engagée à installer deux vannes en série pour améliorer la sûreté de la centrale. Le plan d'exploitation de la centrale prévoyait justement le remplacement de ces vannes lors d'un arrêt planifié en 2011.»
Rappelons que c'est avec six semaines de retard sur son échéancier qu'Hydro-Québec a finalement terminé ces travaux.
Selon le texte de réglementation R-9 de la Commission de contrôle de l'énergie atomique: «Tous les réacteurs nucléaires CANDU doivent être dotés d'un système auxiliaire pour refroidir le combustible du réacteur si la réserve de réfrigérant est épuisée au point où le refroidissement du combustible n'est plus assuré (...). Ce système est appelé «système de refroidissement du coeur (SRUC)».
Lors d'un arrêt précédent, au printemps 2010, Hydro-Québec avait procédé à une inspection de plus de 440 tuyaux d'alimentation sans trouver de défauts. Cette campagne a permis de déclarer les tuyaux en question aptes au service jusqu'en avril 2012, c'est-à-dire ce mois-ci.
«Pour pouvoir poursuivre l'exploitation au-delà de cette période, Hydro-Québec devra extraire le tuyaux d'alimentation C17 et effectuer des inspections additionnelles ou obtenir l'accord de la CCSN sur de nouvelles mesures pour tenir compte des résultats de la dernière inspection», explique le document.
La CCSN ajoute que «l'automne 2012 est la période la plus probable pour le début de la réfection. Cependant, le titulaire de permis ne s'est pas engagé de façon formelle, laissant ouverte la possibilité de poursuivre l'exploitation jusqu'à la fin de 2013», peut-on apprendre dans le document.
Après 30 ans d'exploitation, plusieurs indices laissent croire que la centrale est vraiment en fin de vie. La structure de «l'enveloppe de confinement» devra notamment être surveillée à long terme, signale la CCSN. En effet, «on a déterminé que le béton de cette structure subit une réaction chimique appelée «réaction alcali-granulat», signale la commission, c'est-à-dire une attaque des agrégats qui mène à l'affaiblissement du béton.
Or, «la structure de béton du B/R (bâtiment du réacteur) est la partie structurale de l'enveloppe de confinement. Avec le sas, les pénétrations et les autres composants associés, elle constitue l'enveloppe de confinement. En y adjoignant le système d'arrosage, on obtient le système spécial de sûreté qu'est le système de confinement», explique Hydro-Québec dans une étude d'impact sur l'environnement datée de février 2006.
Rappelons que la décision de restaurer ou non la centrale est toujours entre les mains du gouvernement du Québec.