Gentilly-2: la Fondation David Suzuki parle de gouffre financier

La centrale Gentilly-2... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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La centrale Gentilly-2

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Bécancour) La Fondation David Suzuki se dit étonnée que la communauté des gens d'affaires du Centre-du-Québec essaie de justifier le maintien de la centrale nucléaire Gentilly-2 en ne tablant que sur la question des emplois.

La Fondation estime qu'il est effectivement très important de tenir compte de cet aspect du dossier, mais il faut voir au-delà de ce seul argument lorsqu'il est question de l'avenir de Gentilly-2.

Le directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, rappelle que le coût de production de la centrale rénovée (soit 0,06 $ du kilowattheure selon Hydro-Québec Production) ne tient pas compte de trois facteurs qui vont éventuellement générer des dépenses majeures pour les contribuables québécois.

Parmi ces trois facteurs, il y a d'abord le coût d'entreposage des déchets nucléaires qui se chiffrent à eux seuls en dizaines de milliards de dollars, dit-il. Il faut aussi calculer qu'un jour, la centrale aura une fin de vie et qu'il faudra payer pour la démanteler. Et troisièmement, il est clair, selon la Fondation, que la réfection de la seule centrale nucléaire québécoise coûtera nettement plus cher que les 2 milliards $ prévus. Pour affirmer cela, la Fondation David Suzuki rappelle qu'au Nouveau-Brunswick, la restauration de la centrale-soeur de Bécancour, Point Lepreau, coûte jusqu'à présent 50 % de plus que les prévisions.

La Fondation s'inquiète donc de l'effet qu'aura la réfection de la centrale, un «éléphant blanc» dit-elle, sur le porte-feuille des contribuables au Québec. «On sait déjà que l'électricité produite par La Romaine est déficitaire à 0,09 $ du KWH, ce qui donne une vague idée de la suite des choses, dit-il.

Karel Ménard admet qu'il est surprenant, sans doute, que les écologistes s'inquiètent ainsi des fonds publics, mais il est clair, dit-il, «qu'on va se lancer dans une aventure financière très dommageable» qui serait peut-être justifiée si le Québec avait des besoins énergétiques comme en Chine ou en Inde.» Rappelons que la centrale de Bécancour ne produit que 3 % de l'électricité au Québec.

Il est «anormal», dit-il, que le milieu des affaires du Centre-du-Québec «dise: Allons-y gaiement. Ça m'étonne beaucoup», dit-il.

La Fondation David Suzuki s'inquiète aussi du fait que la firme d'ingénieurs SNC-Lavalin ait acheté Énergie atomique du Canada.

«Une propriété publique a été donnée pour pas cher à SNC par le gouvernement fédéral. S'il faut en plus que le gouvernement provincial vienne la subventionner à coûts de milliards $, ça pose problème», dit-il.

«Il y aurait une tentation, chez certains pour le gouvernement de donner un coup de pouce à SNC pour qu'elle puisse se servir de Gentilly comme modèle», dit-il. C'est que la vague des réfections de centrales nucléaires dans le monde en est à ses premiers balbutiements et ce genre d'expertise est encore rare. M. Mayrand craint donc que les fonds publics servent à aider une entreprise québécoise à s'insérer dans un marché «qui est en déclin dans le monde».

«Ça ne va pas être au bénéfice des Québécois», estime-t-il. «Ça va être au bénéfice d'une entreprise québécoise, mais ça va être au bénéfice de ses action-naires.»

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