S'il faut comparer le spectacle d'ouverture d'Isabelle Boulay avec celui des Cowboys Frétillants, imaginons une intersection, une lumière rouge et deux voitures. Dès que la lumière verte s'est allumée, la première a accéléré graduellement comme tout bon conducteur doit le faire. Les Cowboys, eux, ont fait crisser leurs pneus, ont dérapé et ont disparu dans un nuage de boucane.
Il faut dire que les Cowboys Turbulents sont faits sur mesure pour les spectacles en plein air. Ils ont une ou deux valises pleines de chansons qui brassent, leurs interprétations musicales ne se caractérisent pas par leur intériorité et, sans être médecin, je peux vous affirmer qu'ils abusent très manifestement du Red Bull. Des bêtes.
Même que la CSST devrait être interpellée: la violoniste du groupe, Marie-Annick Lépine est passablement enceinte et je suis assez étonné qu'elle n'ait pas perdu ses eaux sur scène hier soir. Si l'enfant est resté agrippé hier, il pourrait sortir ce soir au Festival de la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts.
Il n'y a pas de concours mais les Cowboys Remuants pourraient bien avoir offert le meilleur spectacle du FestiVoix. Je ne dis pas que ça ne vaut plus la peine de présenter les autres, je dis seulement que ceux-ci ont intérêt à rincer leur moteur.
Disons immédiatement que Michel Louvain n'est pas dans la compétition. Son bon vieux moteur ronronne toujours mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne vise pas la même clientèle que les Cowboys. Il a fait un tabac, M. Louvain, aux Ursulines. Il a fait reculer les limites de la capacité du site. Il y avait des gens assis dans les arbres. On a failli bloquer la rue Hart pour cause d'attroupement illégal. Un peu plus et la police lançait des grenades lacrymogènes pour disperser la foule.
Je vantais hier la discipline du public de ce site. Eh ben, là, ils ont fait encore plus fort. Tout plein comme un boudin que pouvait être l'endroit, à l'heure de commencer le spectacle, il n'y avait même pas de filée à la porte. Pas de cohue, pas de bagarres, pas de casseroles; le calme plat. À croire que la majorité des gens ont campé devant la scène. Trifluviens, je suis fier de vous.
Notez, ce n'était pas exactement un public à émeute. Michel Louvain est certes très populaire, mais disons que son succès est plus manifeste dans un certain groupe d'âge. Et là, je ne veux pas recevoir de mises en demeure ou de menaces verbales: il l'a dit lui-même pendant le spectacle. «Vous êtes pas pressés de partir?, a-t-il demandé à ses fans en les invitant à rester pour le rencontrer au terme du spectacle. De toute façon, a-t-il poursuivi, il n'y a pas trop de problème de gardienne à la maison ce soir!» Interprétez ça comme vous voulez, il faisait référence à l'âge des gens devant lui. À 75 ans bientôt (ne mettez pas de bombe sous ma voiture, ça aussi, c'est lui qui l'a avoué) le beau brummel est encore lucide.
Je passe rapidement sur l'extravagante Nathalie Choquette à la Maison de la culture, qui aurait été plus à sa place à Juste pour Rire qu'au FestiVoix. Tant mieux pour elle, notez bien, parce qu'elle est de loin la meilleure vendeuse de la série des Voix lyriques; son spectacle était complet et depuis plusieurs jours déjà.
Ainsi va le FestiVoix et si personne ne joue avec le thermostat ou avec le robinet d'en haut pour les jours qui viennent, il se dirige vers une de ses éditions les plus populaires.