Moratoire: les pêcheurs se mobilisent

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De gauche à droite, Mario et Yvan Paulhus de la Pourvoirie Paulhus, André Descôteaux, maire de Pierreville, Claude Biron, maire de Baie-du-Febvre, Claude Désaulniers du centre de pêche Qui Mauricie, Marcel Bouchard, pêcheur, Jean-François Lemire de la Pourvoirie Jean-François Lemire et Raymond Lemaire, maire de Saint-Zéphirin

Photo: Stéphane Lessard

 

Gabriel Delisle
Le Nouvelliste

(Baie-du-Febvre) La mobilisation des pêcheurs du lac Saint-Pierre prend forme. Une quarantaine de personnes étaient réunies hier matin à Baie-du-Febvre afin de former une nouvelle association pour défendre les intérêts des pêcheurs de perchaudes qui voient leur activité économique s'effondrer en raison du moratoire de cinq ans imposé par Québec.

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La grande majorité des participants à la rencontre d'hier ont adhéré à la nouvelle association en donnant la somme symbolique de deux dollars

Photo: Stéphane Lessard

À partir du 4 mai prochain, la pêche sportive et commerciale sera interdite au lac Saint-Pierre. Les pêcheurs réunis hier mettent en doute l'évaluation des stocks de perchaudes par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec.

Les pêcheurs sont catégoriques. L'analyse des stocks de perchaudes du lac Saint-Pierre ne représente pas la réalité. L'évaluation des stocks de perchaudes se fait à l'aide de cages placées à des endroits précis sur une certaine période de temps.

Ces endroits d'échantillonnage sont les mêmes d'année en année pour que l'évolution de la population soit mesurée selon les mêmes paramètres. Or, les pêcheurs soutiennent que l'habitat de la perchaude se transforme. «Nous mettons la méthode scientifique en doute», lance Jean Lévesque, un des instigateurs de la nouvelle association.

Les pêcheurs veulent participer à l'évaluation de la population des perchaudes. Ils soutiennent que les bas niveaux d'eau qu'a connus le lac Saint-Pierre ces dernières années, situation qui est particulièrement criante cette année avec le niveau du lac qui est ces jours-ci comparable au niveau du plan d'eau à la Fête nationale, modifient l'habitat de la perchaude. «Les données du ministère ne sont pas bonnes. Nous voulons faire avec eux l'évaluation des stocks. La perchaude s'est déplacée dans les rivières», explique Claude Désaulniers propriétaire de Qui Mauricie, un centre de pêche à Yamachiche. «La pêche est excellente dans la rivière du Loup cette année», ajoute-t-il.

Marcel Bouchard pêche sur le lac Saint-Pierre depuis plus de quatre décennies. Il n'est pas le seul parmi les pêcheurs à affirmer que la pêche à la perchaude est excellente ces dernières années.

«La qualité de la pêche depuis trois ans est meilleure que jamais», dit-il tout en avouant que l'habitat des poissons dans le lac Saint-Pierre est possiblement influencé par le réchauffement climatique. «Le lac Saint-Pierre inonde normalement plusieurs secteurs. Mais, plusieurs endroits ne sont plus inondés. C'est peut-être une conséquence des changements climatiques.»

Les pêcheurs ne croient pas que leurs activités commerciales ou sportives aient mis en péril les stocks de perchaude dans le lac Saint-Pierre. «J'en doute. Depuis 2007, il y a eu une diminution constante de la pêche commerciale», estime M. Lévesque.

La rencontre d'hier a réuni une quarantaine de pêcheurs de tout autour du lac Saint-Pierre. Plusieurs maires de municipalités touchées par ce moratoire ont aussi participé à la rencontre hier.

Outre Claude Biron de Baie-du-Febvre, les maires de Pierreville et de Saint-Zéphirin, André Descôteaux et Raymond Lemaire, étaient présents et appuient les pêcheurs dans leurs démarches. Les municipalités profitentbien sûr des retombées de la pêche à la perchaude sur le lac Saint-Pierre.

Le moratoire fait perdre également près de 25 % du chiffre d'affaires des pêcheurs commerciaux et des pourvoyeurs. «Les impacts sur l'économie sont énormes», souligne M. Bouchard.

«La décision d'imposer un moratoire entraîne des drames humains et financiers. Certains sont au bord de la dépression», souligne Claude Lemire, pêcheur et biologiste.

Rappelons que selon les plus récentes données scientifiques, les stocks de perchaudes se sont en effet effondrés en 2011 au lac Saint-Pierre après un long déclin au cours de la dernière décennie. L'analyse des données révèle que le phosphore apporté vers le fleuve par l'agriculture, le réchauffement constant de l'eau du lac Saint-Pierre depuis une dizaine d'années, la présence de plus en plus grande de cormorans à aigrette, grands consommateurs de petites perchaudes et de gobies à tache noire, une espèce envahissante compétitrice pour les mêmes proies que la perchaude, de même que la prolifération des cyanobactéries benthiques alimentées par le phosphore en provenance des terres agricoles sont autant de facteurs qui ont contribué à cette situation.

Des investissements de 10 millions $ ont été réalisés par le gouvernement pour tenter de donner un coup de pouce à la ressource, au cours des dernières années, par le biais d'aménagements et de directives sur les quotas et la longueur des prises.

«C'est sauvage la façon dont le ministère a imposé le moratoire», estime par ailleurs Jean Lévesque.

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