Gaz de schiste: «On a vu des choses qui bouleversent»

Des agriculteurs reviennent bouleversés d'un voyage en Pennsylvanie...

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Des agriculteurs reviennent bouleversés d'un voyage en Pennsylvanie pour voir les impacts de l'exploitation du gaz de schiste.

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Saint-Maurice) Jean Guilbert, cet agriculteur bien connu de Saint-Maurice, amoureux de sa campagne et gardien du savoir-faire ancestral agricole, est revenu atterré du dernier voyage en Pennsylvanie organisé en fin de semaine dernière par Pierre Bluteau, où il a pu constater sur place l'effet parfois dévastateur de l'exploitation du gaz de schiste.

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Jean Guilbert

Ce deuxième voyage de M. Bluteau avait lieu quelques jours à peine après que Marcel Côté, de Sécor, soit venu dire aux membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières que le nucléaire et le gaz de schiste représentaient des occasions d'affaires en or pour la région.

M. Guilbert était des 56 participants provenant de tout le Québec, dont près de la moitié était composée d'agriculteurs et de vétérinaires. «On a vu des choses qui bouleversent», assure ce dernier, encore sous le choc. J'ai vu ce qui risque de nous arriver si on n'y prend garde et je veux absolument en témoigner.»

Lorsqu'on demande à M. Guilbert ce qui l'a le plus choqué, il répond par une image. «C'est Le déclin de l'empire américain, vous savez, le film de Denys Arcand? T'as l'impression d'être devant un monde en déclin. Tout est touché. C'est à se demander si c'est parce que le paysage était désolant que les gens ont acquiescé rapidement à une illusion de richesse ou si c'est cette illusion de richesse qui est en train de désoler le pays. Sur le plan du paysage, dans certains secteurs c'est vraiment triste: l'air, l'eau, l'effet sur les animaux et les humains, la présence de gaz dans l'eau potable, alors que les compagnies rejettent leur responsabilité. Les gens sont laissés à eux-mêmes et démunis.»

Aux gens d'affaires qui disent voir des occasions d'affaires dans le gaz de schiste, M. Guilbert répond que c'est une illusion de progrès. «Les gens de Pennsylvanie subissent beaucoup plus de méfaits sur le plan santé et environnemental, même si des hommes ont un job à conduire des camions. Ces emplois vont disparaître avec la compagnie. Mais c'est sûr qu'en ce moment, les restaurants sont pleins de clients, les routes sont pleines de camions et c'est les gens de la place qui brassent les produits chimiques. Mais l'argent s'en va dans des holdings financiers.»

Jean Guilbert est revenu plus déterminé que jamais à sensibiliser la population aux dangers que représente l'exploitation du gaz de schiste pour la Vallée du Saint-Laurent. Il ne veut pas voir des puits de forage à tous les kilomètres reliés par des canalisations qui coupent les fermes en deux.

«Déjà, la tertiarisation de l'économie a provoqué bien des fermetures de petites exploitations et amené de la désorganisation dans les campagnes où on a vu le gaz de schiste comme un moyen de s'enrichir. Or, ces contrats confidentiels empêchent les gens de s'organiser. La fracturation est aussi sociale», déplore-t-il, en allusion au procédé d'extraction utilisé.

De son côté, Pierre Bluteau organisera un troisième voyage en juin, cette fois pour étudier et documenter l'impact de l'industrie du gaz de schiste sur la santé physique des gens ainsi que sur l'organisation sociale des communautés touchées (drogue et prostitution).

Une chose est certaine, on verra Pierre Bluteau et Jean Guilbert à la grande manifestation qui aura lieu à Montréal, le 22 avril, à l'occasion de la Journée mondiale de la terre.

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