Une future Trifluvienne d'adoption

La candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, promet... (Photo: François Gervais)

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La candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, promet de s'installer dans la région peu importe le choix de l'électorat.

Photo: François Gervais

Frédéric Lacroix-Couture
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À peine désignée comme la candidate du Parti québécois dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib y va de sa première promesse électorale: élue ou non, elle s'installera à Trois-Rivières avec son conjoint, Gilles Toupin, et sa fille, Frida-Paloma. L'auteure et militante anti-islamiste a laissé tomber dernièrement son emploi au sein du gouvernement fédéral et ses nombreuses tribunes médiatiques pour se dédier pleinement à sa campagne électorale en vue de devenir la prochaine députée de Trois-Rivières. Entrevue avec celle qui veut faire de la Cité de Laviolette un carrefour du monde.

Djemila Benhabib goûte à la chose politique depuis son jeune âge grâce notamment à l'implication de ses parents au sein du Parti de l'avant-garde socialiste en Algérie et dans lequel elle a même milité pendant plusieurs années. Toutefois, faire le saut dans l'arène politique n'a guère était un choix facile pour cette femme de 39 ans qui dit avoir jusqu'à tout récemment une vie riche et extrêmement stimulante.

Sa décision de se porter candidate repose principalement sur l'importance de dire merci au Québec qu'elle habite depuis 1997. «Il y a des moments dans la vie où on se dit qu'il est temps de donner aussi un peu de soi à la société qui nous a accueillis il y a 15 ans», déclare-t-elle.

Celle qui a été classée par le magazine Châtelaine parmi les cinquante femmes qui ont marqué le Québec des cinquante dernières années affirme que sa mise en candidature a aussi été poussée par le désir de vouloir vivre un moment historique, soit la possible élection de Pauline Marois comme la première femme à la tête du gouvernement québécois.

Charmé par ses convictions, ses idées et ses valeurs, le Parti québécois (PQ) a décidé d'approcher cette ancienne fonctionnaire du ministère des Ressources humaines et des compétences du Canada. Mme Benhabib avoue avoir hésité à accepter l'offre du PQ en raison des nombreux sacrifices qu'elle devait faire, mais elle a dit oui rapidement à Mme Marois pour se présenter dans Trois-Rivières puisque ce fut un coup de foudre.

«On a étudié plusieurs possibilités et lorsqu'on a nommé la Mauricie, mon coeur a balancé pour la Mauricie. La politique c'est des convictions, mais c'est aussi un coup de foudre». L'auteur de deux livres contre l'islam politique qualifie le choix de Trois-Rivières d'audacieux, mais sa vie carbure aux défis et à l'audace. «La facilité ne fait pas partie de mes critères parce que je sais que les chemins les plus payants sont peut-être les chemins les plus difficiles».

«Je ne connais pas encore»

Bien qu'elle voyage régulièrement dans la région, elle affirme ne connaître aucunement la circonscription. À quelques heures du déclenchement des élections, elle a déjà commencé son travail de terrain en rencontrant des militants et elle a aussi pu dénicher un petit logement dans le quartier Sainte-Cécile.

Malgré sa méconnaissance du comté, cette ex-journaliste réussit tout de même à nommer quelques enjeux qui se retrouvent aussi au niveau national dont la crise forestière et les problèmes dans les hôpitaux. Elle convient toutefois ne pas être informée sur le projet Trois-Rivières sur Saint-Laurent, mais elle sait qu'un amphithéâtre de 9000 places y sera construit.

«On m'a dit que c'était un très grand amphithéâtre et que c'était un investissement important, mais je préfère l'étudier avant de me lancer dans une quelconque analyse concernant ce projet», affirme Mme Benhabib.

Concernant les problèmes que vit l'industrie forestière, elle pointe le gouvernement fédéral qui laisse mourir ce secteur au profit de l'industrie de l'automobile en Ontario et qui favorise un développement économique asymétrique.

«Au sein de la confédération canadienne on nous boude tout simplement. On ne tient pas compte de nos besoins, de nos aspirations et de notre potentiel de développement qui est extrêmement important. On appauvrit donc le Québec. On ne lui permet pas de s'émanciper au sein de la confédération canadienne».

Trois-Rivières, carrefour du monde

La détentrice d'une maîtrise en science politique et droit international bouillonne d'idées. Son objectif principal est de servir les Trifluviens et de faire rayonner Trois-Rivières. «Je veux donner à cette ville les dimensions qu'elle mérite et qu'elle n'a pas encore parce que cette ville a un potentiel absolument extraordinaire». Djemila Benhabib avance et souhaite que la capitale mauricienne devienne le carrefour du monde. «C'est le monde qui va se déplacer à Trois-Rivières. Ce n'est pas nous qui nous déplacerons vers le monde», déclare-t-elle.

Pour qu'un tel rêve devienne réalité, la candidate péquiste suggère le développement du pôle scientifique. Elle souhaite que Trois-Rivières développe des expertises qui seront prises en exemple partout sur le globe. Sachant que la région a une population vieillissante, Mme Benhabib propose, par exemple, de contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes âgées en soutenant des projets qui briseraient leur isolement.

Une personne multidimensionnelle

Au moment où la candidature de Djemila Benhabib a été confirmée dans les médias, la députée libérale, Danielle Saint-Amand, disait craindre que la militante pour la laïcité ouverte ne parle que d'accommodements raisonnables pendant quatre ans si elle est élue. Mme Benhabib répond à sa principale adversaire en affirmant être une personne «multidimensionnelle».

«Je pense que mon parcours en témoigne. Je suis aussi à l'aise concernant les questions de sciences, de technologie, les questions de société et de culture. Je suis un moteur», soutient-t-elle. La candidate péquiste dit respecter son adversaire libérale, mais accuse le gouvernement de Jean Charest, dont Mme Saint-Amand fait partie, d'être «corrompu jusqu'à la moelle et usé jusqu'à la corde».

Mme Benhabib reproche aussi au gouvernement libéral d'être incapable de faire le lien entre les accommodements raisonnables et les problématiques reliées entre autres aux valeurs, à l'identité, à la mémoire et à l'intégration des immigrants.

«Je peux vous dire qu'un gouvernement du Parti québécois prendra la gravité de ces questions, c'est-à-dire qu'on ne laissera pas pourrir la situation». Elle précise être contre l'utilisation de la religion à des fins politiques et se positionne en faveur d'une charte pour la laïcité.

Après la diffusion de propos racistes tenus par des citoyens trifluviens, questionnés sur sa candidature lors d'un reportage à Radio-Canada, Djemila Benhabib continue d'affirmer que dans son esprit qu'il n'y a aucun doute que les Québécois sont tolérants et non-racistes.

«Je crois profondément que le peuple québécois est un peuple généreux, ouvert et tolérant. C'est d'ailleurs ce qui explique également mon choix de venir à Trois-Rivières. Si je n'étais pas convaincue de

l'accueil qu'on m'aurait fait, je ne serais jamais venue ici», déclare-t-elle.

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