Six semaines à peine après son entrée en fonction, on la réveille à 3 h du matin pour prendre une décision, suspendre ou non les cours le 15 mars.
Dans la nuit, les membres de l'Association des étudiants de son université avaient voté en faveur de la grève.
On connaît la suite de l'histoire et malgré une «lune de miel légèrement écourtée», dira-t-elle, Nadia Ghazzali se trouve chanceuse d'avoir été choisie pour occuper le rectorat de l'UQTR. «Je ferai tout ce qu'il faut pour accomplir ma mission pour les cinq prochaines années», promet-elle.
Se disant «une fille d'équipe», son style transpirera tout au long du chapelet de grèves qui se succèdent parmi les associations étudiantes jusqu'à la fin de la session d'hiver.
«Toujours garder le contact, toujours garder le dialogue, toujours dans le respect de chacun. L'écoute et le respect sont vraiment notre marque de commerce, même dans un contexte très émotif», dit-elle.
La session d'hiver a pris fin le 1er mai et Nadia Ghazzali le dit haut et fort: «Mission accomplie.»
Malgré les grèves départementales, «on a réussi à trouver des modalités avec les professeurs et les chargés de cours, de sorte que les objectifs pédagogiques soient atteints, de sorte qu'il n'y ait aucun compromis sur la qualité de la formation, ni sur la qualité du diplôme», dit-elle.
«Il y a eu des aménagements. C'était parfois des lectures dirigées, parfois le cours se donnait à distance, parfois le prof rencontrait un étudiant en particulier ou un groupe d'étudiants. Plusieurs aménagements se sont faits, même les week-ends et le soir», dit-elle.
«Quand un étudiant est en grève, mais qu'il rend ses devoirs et passe l'examen, vous comprendrez que vous ne pouvez pas ne pas lui donner sa note», plaide-t-elle.
L'atterrissage forcé n'est pas encore fini pour la nouvelle rectrice, ni pour les autres recteurs du Québec encore, semble-t-il. Nadia Ghazzali, encore là, estime qu'il faut garder ouverts les canaux de communication: «Tout le monde reconnaît qu'il y a sous financement des universités, mais nous, les universités, on a dit: On est là. On ouvre nos livres. Vous comprendrez qu'on n'est pas dans une situation de confrontation. On est dans une situation de trouver des solutions et des solutions qui peuvent satisfaire à tous», dit-elle.
«Est-ce que c'est vraiment que les universités sont si mal gérées? Que vraiment, elles font n'importe quoi? Qu'elles n'ont pas d'administrateurs responsables? Qu'elles n'ont pas d'instances responsables? On sait très bien que c'est faux. Ce qu'on essaie de dire, c'est trouvons un terrain d'entente», ajoute la rectrice.
Le dialogue qui persiste entre la direction et les étudiants n'est pas étranger à la «taille humaine» de l'UQTR. «Je suis dans une université de taille humaine. Je suis capable de parler à tout le monde. Ma porte est ouverte à tout le monde», dit-elle. «Ce rapport de proximité nous permet d'agir vite. Je pense que ça fait notre force», dit-elle.
Même si elle a déjà visité 14 des 22 départements de l'UQTR, la rectrice s'est empressée de s'ouvrir aussi sur l'extérieur. Elle a rencontré presque tous les maires de la région ainsi que les députés. Elle veut faire connaître l'UQTR en tant «qu'excellent moyen pour le développement économique, culturel, socio-économique, social et sociétal. Elle veut du même coup «mettre en valeur de façon évidente nos forces. À l'UQTR, on a des trésors très bien cachés. Il y a un travail de mise en valeur qu'il faut développer», dit-elle.
Soucieuse de faire mieux connaître son université, Mme Ghazzali a d'ailleurs fait une proposition qui a déclenché à la fois des rires, mais surtout des applaudissements de la part des membres - exclusivement masculins - du Club Richelieu. «Peut-être que vous pouvez aussi m'inviter à être membre de votre club. Je peux vous dire que ce serait vraiment merveilleux si la rectrice de l'UQTR était votre première membre (féminine)», a-t-elle proposé.
Au terme de sa conférence, Mme Ghazzali a eu l'occasion de répondre à quelques questions, notamment au sujet de la future surface gelée de l'UQTR. «C'est prévu dans le budget», dit-elle. «Il y a tout un aménagement du campus pour le rendre plus vert», ajoute-t-elle. Il y aura moins d'asphalte. Il y aura une piste pour nos athlètes et aussi pour le public», ajoute-t-elle. La décision est prise, dit-elle.