Entre résignation et optimisme à Shawinigan

La fermeture de l'aluminerie Rio Tinto Alcan à... (Photo: Stéphane Lessard)

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La fermeture de l'aluminerie Rio Tinto Alcan à Shawinigan aura des répercussions sur l'ensemble de l'économie de la ville et de la région.

Photo: Stéphane Lessard

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Nicolas Ducharme
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Au lendemain de l'annonce de la fermeture prématurée de l'aluminerie Rio Tinto Alcan, les Shawiniganais tentaient toujours de digérer la nouvelle. Qu'adviendra-t-il des employés de l'usine qui devront se trouver une nouvelle carrière? Un nouvel exode de la jeunesse est-il à prévoir?

L'abbé Yves Marcil n'en est pas à une première fermeture d'usine à Shawinigan, lui qui oeuvre dans le domaine communautaire depuis les années 1970, particulièrement au centre Roland-Bertrand. Il a donc été un témoin privilégié du déclin de la municipalité et de ce qu'il qualifie de disparition d'une génération.

«Il fut un temps où des usines, nous en avions plein. Nous étions la ville industrielle. Si un homme perdait son emploi dans une entreprise, il se retrouvait immédiatement du travail dans une autre usine», rappelle-t-il.

Mais avec les diverses fermetures au fil des années, la jeune génération a quitté le Centre-de-la-Mauricie, si bien que la relève est difficile à trouver.

«Nous avons perdu une génération. Les gens sont allés ailleurs et ont fondé des entreprises. C'est dommage, parce que ce sont d'eux que nous aurions besoin aujourd'hui. À Shawinigan, il y a soit des personnes âgées ou très jeunes. Il y a une zone absente.»

L'abbé craint qu'encore une fois, la fermeture de Rio Tinto Alcan ainsi que celle de la Belgo en 2008 contribuent à accélérer le départ du futur de la communauté. Toutefois, il ne s'attend pas à ce que les répercussions soient aussi importantes que lors de la fermeture d'autres industries, particulièrement la Gulf Oil Canada Limited, en 1972, alors que 700 personnes avaient perdu leur emploi.

«Ce que nous avons connu avec la Gulf, j'espère que nous ne reconnaîtrons pas la même chose. Il y a des gens qui s'étaient suicidés. Je pense qu'il y a plus de ressources aujourd'hui. C'est dommage à dire, mais il y a tellement eu de fermetures que nous nous sommes fait une carapace», regrette-t-il.

L'exemple de la Belgo

M. Marcil se montre tout de même optimiste envers les travailleurs. À son avis, ceux-ci ont profité de suffisamment de temps pour se trouver un plan B.

«Il y a longtemps que ça se parlait, ce qui a permis d'atténuer le choc. Tout le monde était prévenu et les plus sages ont pu planifier le tout. Le syndicat aura un rôle à jouer pour éviter la panique. Il faudra que la population montre de la solidarité et de la générosité, mais ce sont des forces de notre milieu», observe-t-il.

Lorsque l'entreprise AbitibiBowater avait hissé le drapeau blanc dans le cas de l'usine Belgo, l'abbé Marcil croyait bien que son organisme serait appelé à jouer un rôle important pour aider les gens dans le besoin. Étonnamment, ça n'avait pas été le cas. Il ne serait donc pas étonné qu'un effet similaire soit ressenti avec la fin de la production d'aluminium à Shawinigan.

«S'il y a des effets, nous ne les sentirons pas avant un an à la suite de la fermeture», note-t-il.

Le milieu en attente

Pour le milieu des affaires, la fermeture de Rio Tinto Alcan aura d'importantes répercussions. Les effets se faisaient même sentir avant que le tout soit officialisé, mercredi. En face de l'usine, à la Plaza de la Mauricie, plusieurs espaces sont inoccupés. Pour les commerçants, les affaires sont au ralenti. À la bijouterie Vivaldi, on ne cache pas son inquiétude.

«On voyait déjà la différence, mais ce sera encore pire en sachant que la fermeture est devancée. J'ai eu des clients qui regardaient pour des items, mais qui ont préféré attendre d'en savoir plus sur le futur de l'usine avant d'acheter. Des montres à 500 $, je n'en commande plus», illustre Line Dauphinais.

«Ça va tout changer. Déjà que nous avions de la misère à la suite de la fermeture de la Belgo», ajoute Hélène Perron.

Plus loin, le restaurant Valentine recevait les clients pour l'heure du midi. La gérante, Nathalie Gauthier, se doute bien que l'affluence sera un peu moins importante avec la disparition des 425 emplois. «Tout le monde est resté bête en apprenant la nouvelle. On pensait qu'ils attendraient un an. Ça été vite. Il faudra voir quelles seront les répercussions avant de paniquer.»

Non loin de là, Édouard McKenzie présente un portrait un peu plus encourageant de la situation. À son avis, c'est le dernier coup dur que subira Shawinigan avant de remonter à la surface.

«C'est une triste nouvelle pour la région, mais ça nous forcera à nous relever et à poursuivre l'effort entrepreneurial. C'est un virage qui est amorcé et qui prendra plus de place, et ce, rapidement», croit le conseiller pédagogique au Collège Shawinigan.

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