A.B.I.: l'entente est acceptée

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L'Aluminerie de Bécancour

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

Un conflit de travail sera finalement évité à l'Aluminerie de Bécancour alors que les quelque 940 syndiqués ont approuvé le rapport de conciliation dans une proportion globale de 74,5 % à la suite d'assemblées générales tenues jeudi soir et hier matin.

«C'était un compromis inévitable pour avoir un contrat de travail et éviter un conflit», a commenté le président de la section 9700 des Métallos, Clément Masse.

Les résultats pour chacune des trois accréditations syndicales sont les suivants: 77,8 % pour les 873 membres opération et entretien, 66,7 % pour les 50 membres bureau et technique et 78,9 % pour les 21 membres laboratoire environnement. Le taux de participation était respectivement de 80,5 %, 88,2 % et 86,4 %.

«Ce n'est pas le scénario idéal. Nos membres étaient prêts à poursuivre la bataille, mais nous avons choisi de recommander l'adoption du rapport de conciliation. Nous avions la conviction qu'un conflit ne nous aurait pas permis d'obtenir un meilleur contrat dans les circonstances», a-t-il précisé.

En vigueur jusqu'au 22 novembre 2017, le nouveau contrat de cinq ans prévoit des hausses salariales totales de 13,55 % se répartissant comme suit: 2,8 %, 2,6 %, 2,6 %, 2,75 % et 2,8 %. La rente-relais (bridge) pour les retraités de moins de 65 ans est bonifiée, tout comme plusieurs primes. Le syndicat compte plusieurs améliorations au régime d'assurance santé.

«On a amélioré la protection au niveau de la sous-traitance», a également souligné le président syndical.

Par ailleurs, la recommandation issue de la conciliation comporte des dispositions en cas de réorganisation au sein de l'entreprise. Celle-ci envisage de nouvelles organisations du travail pour diminuer ses coûts et augmenter sa productivité face à la compétition sur le marché mondial de l'aluminium «qui a déjà été plus florissant», a admis M. Masse.

Conséquence? Le nombre de postes réguliers dans l'usine sera réduit de 8 %, soit environ 60 postes, excluant tous les postes de relève et les emplois occasionnels. Non seulement on est loin des quelque 170 postes visés par l'employeur en début de négociations, mais la réduction se fera par attrition.

Et avec quelque 500 travailleurs qui seront éligibles à la retraite d'ici la fin de la convention collective, les parties ont convenu d'accélérer les affichages de postes pour faire face au mouvement de main-d'oeuvre.

Si l'employeur va de l'avant avec sa réorganisation, en contrepartie, il devra intégrer au salaire la prime d'implication et bonifier légèrement les hausses salariales.

En outre, un comité exploratoire est mis sur pied afin de discuter, d'ici deux ans, de diverses avenues de modification du régime de retraite.

Survenant après cinq mois de négociations et 31 séances de conciliation, l'entente permet donc à l'Aluminerie de Bécancour d'envisager une paix industrielle de cinq ans. Il s'agissait d'une première négociation pour Nicole Coutu depuis sa nomination comme présidente et directrice générale de l'A.B.I.

«Nous sommes fiers d'avoir une nouvelle convention collective. Cette nouvelle est positive pour nos employés, nos clients et la région. Nous pouvons maintenant concentrer nos énergies à bâtir ensemble un meilleur avenir pour notre usine», a-t-elle fait savoir.

Celle-ci a rappelé les retombées économiques de l'usine au Québec, soit 494 millions de dollars, dont 237 millions de dollars pour la région de Bécancour.

Son prédécesseur, Pierre Lapointe, avait créé du remous en voulant s'attaquer à l'organisation du travail.

À son avis, l'avenir de l'aluminerie passait par la collaboration des employés. Cette attaque frontale contre le syndicat avait dégénéré en affrontements juridiques et en véritable partie de bras de fer devant la Commission des relations du travail.

L'intervention de Lucien Bouchard comme médiateur spécial avait permis de mettre le couvercle sur la marmite en juin 2011.

Deux ans plus tôt, sous Pascal Cléry, la crise économique avait amené l'employeur à réclamer des concessions de la part des employés syndiqués, et ce, encore là, alors que le contrat de travail était toujours en vigueur. C'est sous la menace de la fermeture d'une série de cuves et la perspective de 275 mises à pied que les travailleurs avaient accepté, entre autres, une réduction de 15 % des heures travaillées.

Cette confrontation avait entaché une paix industrielle déjà fragile qui avait suivi la grève de quatre mois et demi en 2004, sous le règne de Louis-Régis Tremblay.

«Depuis que je suis président en 2011, ce fut la négociation la plus longue et la plus difficile. On a travaillé très fort pour éviter un conflit. Et je suis heureux que ce soit terminé», a conclu Clément Masse qui, dit-il, n'en était pas à sa dernière négociation.

«Enfin une bonne nouvelle»

Échue depuis le 22 novembre 2012, le renouvellement de la convention collective à l'Aluminerie de Bécancour est accueilli avec soulagement dans la région. Au cours des dernières semaines, la menace d'un lock-out ou d'une grève planait sur l'A.B.I. alors que les pourparlers ont été marqués tantôt par une offre finale du côté patronal, tantôt par des intentions syndicales de la rejeter.

«Enfin une bonne nouvelle», a lancé le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec,

Jean-Denis Girard.

Tout au long des discussions, il y avait cette cause pendante devant la Commission des relations du travail à la suite de moyens de pression exercés à l'intérieur de l'usine. D'ailleurs, la direction avait même évoqué la possibilité de fermer une demi-série de cuves.

On se rappellera qu'au terme de cinq jours de trêve, après la date butoir du 22 novembre, le syndicat des Métallos avait jugé nécessaire de se rendre au siège social américain de la géante de l'aluminium qui est propriétaire des installations de Bécancour à 75 %, le reste appartenant à Rio Tinto Alcan.

Dans la région, les intervenants se réjouissent du règlement, d'autant plus que la paralysie d'une usine aussi importante au plan économique serait venue s'ajouter aux malheurs provoqués par la fermeture de

Gentilly-2.

«J'espérais du long terme. L'entente aura un impact positif sur l'image du parc industriel de Bécancour. Et s'il y a des choses à faire, j'ose croire que l'A.B.I. fera partie des plans d'Alcoa», a ajouté M. Girard.

Or, à la table des négociations, la direction n'a aucunement fait allusion à de l'investissement en lien avec la signature d'un nouveau contrat de travail.

Comptant dans sa ville un bon nombre d'employés de l'A.B.I., le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, s'est dit heureux de l'entente. «On espérait ça de tout coeur, on n'avait pas grand pouvoir là-dedans, il fallait que ça vienne d'eux et ça s'est fait dans le respect», a-t-il confié.

Pour la mairesse de Bécancour, «c'est un côté de l'économie qui va se stabiliser». «C'est le fun», a spontanément déclaré celle qui entend bien rencontrer la direction de l'aluminerie pour faire le point sur les intentions

d'Alcoa.

Du côté du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, il s'agit, selon lui, de la meilleure nouvelle de l'année, particulièrement pour les travailleurs et leur famille. «La négociation a porté ses fruits. On fait la démonstration qu'à ne pas vouloir faire d'arrêt de travail, on finit par trouver des solutions», a-t-il

indiqué.

Finalement, le président-directeur général du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, veut maintenant s'assurer qu'Alcoa va investir à Bécancour. «C'est une très bonne nouvelle. Et pour les promoteurs qui viennent dans le parc, de voir la plus grosse industrie être en grève ou en lock-out, ce n'est pas très bon comme marketing», a-t-il conclu.

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