Condamnés à s'entendre

Jean-Claude Bernatchez... (Photo: Stéphane Lessard)

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Jean-Claude Bernatchez

Photo: Stéphane Lessard

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les travailleurs en usine sont-ils condamnés encore longtemps à subir des pressions pour réduire leurs conditions de travail?

Roch Laflamme, directeur du département des relations industrielles de l'Université Laval, croit au retour du balancier. Tout d'abord, rappelle-t-il, les pénuries de main-d'oeuvre forceront éventuellement les entreprises à réduire l'ampleur des demandes.

«Si elles veulent continuer à brasser des affaires dans des pays qui ont de l'allure, qui sont stables et éduqués, elles devront aussi faire des concessions», analyse-t-il.

Les syndiqués risquent toutefois d'avaler de travers en contexte de négociation pendant encore un bon bout de temps. «Les paramètres observés portent vers le développement à l'extérieur», fait remarquer M. Laflamme. «Or, avant, les crises économiques survenaient aux 25 ans et elles étaient locales. Maintenant, elles sont constantes parce que nous sommes en contact avec l'Europe, l'Asie, l'Afrique. Aussitôt qu'un continent est en crise, il a des ramifications un peu partout.»

Patrice Jalette, professeur à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, rappelle néanmoins que le secteur manufacturier fera toujours partie du tissu industriel. Mais peut-être que pendant certaines périodes, le support gouvernemental devra être plus agressif. Comme dans la plupart des pays du monde... dont aux États-Unis.

Pour le reste, il souligne que certains indices macroéconomiques peuvent changer rapidement la réalité. «Si le baril de pétrole monte à 200 $ demain matin, attendez-vous à voir plusieurs compagnies rapatrier leur production de la Chine», illustre-t-il.

Innovation à la table

Jean-Claude Bernatchez, professeur au département des sciences de la gestion à l'Université du Québec à Trois-Rivières, se demande s'il ne faudrait pas envisager des formules plus audacieuses en négociation.

Par exemple, dans l'aluminium, on pourrait établir un prix moyen, disons 2500 $ la tonne, dans le contrat de travail. Lorsque le marché s'effondre, une partie flexible du salaire du travailleur devrait baisser. Mais si le prix voisine les 3000 $, cette portion variable de la rémunération augmenterait dans la même proportion. «L'idée de faire passer les salaires de 40 $ à 25 $ l'heure, ou de faire passer le nombre d'employés de 900 à 500, oubliez ça, les syndicats se battront bec et ongles... et longtemps!», assure M. Bernatchez.

De son côté, M. Laflamme croit que les pays scandinaves apportent des exemples inspirants pour assurer la compétitivité des entreprises sans continuellement solliciter les conditions de travail des employés. «En Suède, au Danemark, en Finlande, on travaille dans un contexte tripartite, avec le gouvernement, le patronat et le syndicat, qui collaborent ensemble. Il faut arriver à ça, sinon, ce sera le capitalisme à l'état sauvage et ça n'a jamais rien donné de bon.»

M. Bernatchez aime également s'inspirer du modèle norvégien, une société nordique qui possède plusieurs points en commun avec le Québec. «Je suis plutôt positif face à l'avenir», conclut-il. «C'est une question de gouvernance, d'intelligence et de culture de compromis. Il y a peu de grèves en Norvège parce que les gens se parlent. Il ne faut pas se décourager du dialogue social.»

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