Une question de survie ou de... profits?

La tension a monté chez Kruger à l'été... (Photo: Archives)

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La tension a monté chez Kruger à l'été 2011, alors que la direction exigeait d'importants compromis aux syndiqués. Aujourd'hui, le contrat de travail n'est toujours pas signé et les conditions du marché des pâtes et papiers laissent entrevoir un dernier droit de négociation difficile.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Même Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, l'avoue candidement. Les employeurs possèdent le gros bout du bâton en contexte de négociation à l'heure actuelle, particulièrement dans une région comme la Mauricie, où un emploi bien rémunéré prend de la valeur avec toutes les mises à pied des dernières années.

Ce rapport de force ne mène pas inévitablement à un abus de pouvoir, en raison des impacts que provoquent des demandes ambitieuses chez les travailleurs, nuance M. Prévost. Mais la question mérite d'être soulevée selon Patrice Jalette, professeur à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal.

«On peut le prendre par le bout qu'on voudra, le contexte est favorable aux employeurs», tranche-t-il. «Il n'a jamais été plus facile qu'aujourd'hui de déplacer de la production. On peut donc penser que les employeurs en profitent. Pas nécessairement parce qu'ils exploitent le monde, mais parce que les affaires sont rendues comme ça.»

«Il existe deux motifs pour demander une restructuration», ajoute le professeur à l'Université de Montréal. «Soit que l'industrie est en crise, soit qu'on ne fait pas assez d'argent. Dans les années 70 et 80, les grands mouvements de licenciements collectifs étaient réalisés dans des entreprises en crise.

«Depuis le début des années 90, des entreprises en très bonne santé financière vont se restructurer. Des auteurs français parlent de surprofit. Est-ce de l'abus? Je ne peux pas en juger, mais chose certaine, ce n'est pas parce que l'entreprise n'est pas productive. Elle l'est, mais pas assez!»

M. Jalette a déjà réalisé une enquête sur les délocalisations d'usine qui démontrait que deux fois sur trois, l'avertissement patronal s'est avéré. Autrement, quand la menace n'a pas été mise à exécution, les employés ont dû faire des concessions importantes.

Utile ou pas?

Selon Roch Laflamme, directeur du département des relations industrielles à l'Université Laval, difficile de tracer un bilan exhaustif sur l'utilité des compromis majeurs consentis par les travailleurs au cours des dernières années dans le milieu industriel.

«Pour beaucoup d'organisations, notamment les pâtes et papiers, c'est une question de survie», indique-t-il. «Le problème, c'est qu'on demande toujours des concessions aux mêmes endroits. Les organisations oublient que les fonds de pension sont des acquis. Comme il y a des millions de dollars là-dedans, c'est intéressant d'aller y piger.»

«Mais s'il existe un pacte social parce que l'entreprise traverse une période difficile, qu'il faut ajuster l'organisation du travail, les syndiqués sont habituellement capables de comprendre ça», estime M. Laflamme. «Par contre, dans le papier, on s'est rendu compte que le patron partait souvent avec le pactole. Tant pis pour les employés, ils avaient parié sur le mauvais cheval! Ça rend évidemment les syndicats plus méfiants dans ce contexte.»

Le versement de primes de rendement faramineuses à des dirigeants d'entreprises cotées en bourse pendant que les ouvriers doivent revoir leurs conditions de travail n'entretient pas non plus une relation de confiance.

«Pour beaucoup de propriétaires, tout ce qui compte, c'est le profit à court terme», remarque M. Laflamme. «Quand ils annoncent le congédiement de 250 personnes, l'action monte de 8 %. Ils font de la spéculation sur le dos des individus. Pour eux, vous êtes une cote à la bourse. Peu importe la concession que vous ferez, vous serez toujours perdants.»

Pour les syndicats, l'impression de négocier avec un patron virtuel ajoute à l'impuissance. En fait, la compagnie trouvera toujours un endroit dans le monde où la même production pourra être faite à de meilleurs coûts.

Le secteur de l'aluminium illustre très bien ce déplacement d'influence, souligne Jean-Claude Bernatchez, professeur au département des sciences de la gestion à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

«De nouveaux acteurs sont intervenus, des sociétés assez massives en Chine, en Inde, en Russie et en Amérique du Sud, sans oublier l'Australie et la Norvège. Nous modelons beaucoup moins cette industrie qu'auparavant. En même temps, nous assistons à l'asiatisation des modèles des relations de travail. Ça se produit dans l'aluminium et dans bien d'autres secteurs.»

«La relation entre patrons et syndicats était très différente à l'ère de l'entreprise château, où tout était centralisé au même endroit», rappelle M. Laflamme. «Maintenant, dans l'entreprise réseau, il n'existe pas la même sensibilité. La proximité de gestion change énormément les relations patronales - syndicales.»

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