Quand le citoyen s'invite à la table

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Quand un conflit de travail important se dessine, les médias se lancent rapidement sur la réaction du milieu, du maire au président de la chambre de commerce en passant par le simple quidam, pour mesurer l'ampleur des impacts du ralentissement économique appréhendé.

Pour les syndiqués, il s'agit d'une pression supplémentaire indirecte, mais bien perceptible. Qui n'a jamais entendu de questionnement sur les motivations de travailleurs qui peuvent engranger 100 000 $ par année avec leur temps supplémentaire?

Le 21 novembre, Clément Masse, président de la section locale 9700, annonçait le rejet des dernières offres patronales à l'Aluminerie de Bécancour. À la question d'un journaliste qui l'interrogeait sur l'impact d'un conflit à travers les mauvaises nouvelles économiques automnales, le représentant a simplement répondu qu'il ne négociait pas pour la région, mais pour ses membres.

M. Masse n'aurait sans doute pas obtenu une note très impressionnante à un examen de relations publiques. La réponse de l'expérimenté syndicaliste démontre toutefois que les attentes d'appui populaire ne sont jamais très élevées quand des travailleurs du milieu industriel sont engagés dans une partie de bras de fer.

Patrice Jalette, professeur à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, est convaincu que le climat social entre dans la tête d'un exécutif syndical quand la tension monte. «De plus en plus, il y a des gens qui s'invitent à la table de négociation », constate-t-il. «C'est sûr que ça joue. Quand le travailleur va au dépanneur, il se fait demander pourquoi les offres ne sont pas acceptées... Ça contribue au fait que l'employeur est favorisé par le contexte. Ça met beaucoup de pression sur le syndicat.»

Première impression

Louis-Gérard Dallaire, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN), souhaiterait que la population analyse plus attentivement les impacts des baisses des conditions de travail dans une région, plutôt que de simplement comparer leur situation personnelle.

«Plus on nivelle par le bas, plus le monde sera touché... incluant certains patrons!», souligne-t-il. «De toute façon, si le travailleur n'a pas le salaire pour dépenser dans la région, qui aura cet argent? Fort probablement un actionnaire en cravate qui ne viendra jamais chez nous.» Dans la rue, les gens possèd ent rarement un portrait complet des enjeux discutés, constate M. Dallaire.

Par exemple, les régimes de retraite à prestations déterminées se retrouvent souvent dans la mire de l'employeur. Mais ces demandes ne sont pas expliquées dans leur contexte, remarque le syndicaliste.

«Dans les médias, le discours de droite dit que ces régimes coûtent cher. Mais on n'explique pas que l'employeur a pris des congés de cotisation, de l'argent qui n'a pas fructifié pendant vingt ou trente ans.»

M. Dallaire reconnaît qu'un comité de négociation ne peut se soustraire complètement des échos de la pression populaire, mais il doute qu'elle puisse vraiment influencer les discussions. «Les gens de l'usine savent que lorsqu'ils sortent dans la rue, c'est rarement une cause sympathique pour rallier l'opinion publique», reconnaît-il.

«De toute façon, le nerf de la guerre est rarement la question salariale. Souvent, dans notre milieu, c'est la brèche qui sera faite en sous-traitance. Les gens font un combat pour maintenant et les générations qui vont suivre, en tentant de préserver le plus grand nombre d'emplois à bon salaire.»

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