Négos industriels: un automne chaud dans la région

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La tension a monté à l'usine Saint-Maurice de Shawinigan au début novembre. Les syndiqués réagissaient aux offres déposées par General Cable, qui souhaitait notamment réduire le salaire de base de 20 %. Lundi, les travailleurs se prononceront sur la reconduction du contrat de travail pour un an.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Au moment de la signature de leur dernière convention collective en mars 2010, les syndiqués de la papeterie Laurentide ont accepté de nombreuses concessions, dont une diminution de salaire de 10 %. À ce moment, la priorité était portée vers la protection d'un régime de retraite menacé par les difficultés d'AbitibiBowater, alors protégée contre ses créanciers par la loi depuis un an.

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Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec.

Photo: La Presse

Ce sacrifice n'a pas empêché Produits forestiers Résolu d'arrêter la machine à papier no 10 lundi, ce qui, de l'avis de plusieurs observateurs, fragilise l'usine qui s'en remet maintenant à une seule unité de production.

Devant cette nouvelle réalité, la compagnie a exigé des aménagements au contrat de travail en vigueur. Les membres du principal syndicat de l'usine sont d'ailleurs appelés à se prononcer sur ces propositions à compter de lundi.

Le milieu industriel régional vit un automne chaud sur le plan des relations de travail. À Shawinigan, les 130 syndiqués de l'usine Saint-Maurice de General Cable constatent que leur nouveau propriétaire souhaite tirer les conditions de travail vers le bas. À l'Aluminerie de Bécancour, une autre partie de bras de fer sur la sous-traitance vient de s'amorcer et lundi, une rencontre de la dernière chance pour éviter un conflit est prévue au siège social d'Alcoa, à Pittsburgh.

Enfin, les employés de Kruger n'ont toujours pas réglé leur contrat de travail et dans le contexte actuel, le dernier droit des négociations n'annonce pas une partie de plaisir.

Quand ils sont pris dans l'étau, les travailleurs se demandent essentiellement si, au bout du compte, les compromis qui seront consentis leur permettront vraiment d'améliorer la compétitivité de l'entreprise à long terme ou s'ils retarderont simplement une mort annoncée... tout en garnissant les goussets des actionnaires. Au bout du compte, le jeu en vaut-il la chandelle?

Les travailleurs d'Aleris ont été placés devant ce dilemme, à l'automne 2007. Quand ils ont refusé de prolonger leur convention collective malgré la menace de voir la compagnie transférer la production aux États-Unis dans un horizon de deux ans, la voie était tracée.

En juillet 2008, après avoir décrété un lock-out, Aleris signifiait la fin de sa production à Trois-Rivières, rayant ainsi plus de 400 emplois.

Environnement difficile

Bien sûr, Aleris peut être qualifiée de cas extrême. Mais il contribue certainement à la méfiance des syndiqués dans la région, tout autant que les nombreuses mises à pied qui sont survenues dans le milieu industriel au cours des dernières années.

Patrice Jalette, professeur à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal et chercheur affilié au Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail, prépare un ouvrage sur les restructurations des entreprises au Québec, qui devrait être lancé au début 2013.

Dans cette étude, on y apprendra qu'entre 2003 et 2010, 195 épisodes de licenciement se sont produits en Mauricie. Dans l'ensemble du Québec, le chercheur a recensé 3400 événements du genre au cours de la même période. Trente-sept pour cent de ces cas impliquaient des fermetures complètes d'entreprises.

En nombre absolu, la quantité de licenciements en Mauricie ne provoque pas de réaction particulière chez M. Jalette. Son étonnement se trouve un peu plus loin dans sa recherche.

«La Mauricie se retrouve parmi les régions où les événements ont été les plus graves», explique-t-il. «Elle arrive au troisième rang en terme d'emplois perdus par événement. Au Québec, la moyenne était de 62,3 mises à pied par licenciement. En Mauricie, c'est 79,7.»

Voilà un environnement social qui entretient les pires craintes quand l'employeur arrive avec son cahier de demandes. Mais Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, doute que les dirigeants abusent de ce contexte.

Tout d'abord, il rappelle qu'avec des salaires 35 % plus élevés que la moyenne, ces travailleurs ne s'en tirent pas trop mal. Ensuite, pour lui, une compagnie qui se lance dans la réduction des conditions de travail ne le fait pas de gaieté de coeur.

«Quand on en arrive à demander des concessions, surtout dans les milieux syndiqués, ce n'est pas parce qu'on veut faire plus de profits», détecte-t-il. «Revoir des conventions collectives, ce n'est jamais la première solution.»

«Les employeurs savent bien qu'ils ont besoin d'une main-d'oeuvre heureuse et mobilisée», ajoute-t-il. «C'est donc extrêmement compliqué à faire, parce que ça ne crée pas un climat de travail intéressant. Les patrons et les employés se côtoient tous les jours! Mais parfois, c'est un geste ultime pour survivre en attendant que la demande revienne.»

M. Prévost convient qu'un climat de confiance aide grandement à passer à travers les temps difficiles. La participation aux bénéfices de l'entreprise peut adoucir une diminution de salaire, par exemple.

Cependant, la direction doit aussi faire ses devoirs et s'assurer que son produit possède une valeur ajoutée qui le gardera compétitif.

«Si on est dans une entreprise qui périclite depuis des années, qui passe de 400 à 200 employés à qui on demande des baisses de salaires de 25 %, c'est une spirale descendante. Le climat de confiance est alors difficile à établir», reconnaît M. Prévost.

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