«Un contexte qui n'est pas drôle»

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Même si les travailleurs de la Belgo ont accepté plusieurs modifications à leur convention collective pour accommoder l'employeur, cela n'a pas empêché AbitibiBowater de fermer l'usine en mars 2008.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Louis-Gérard Dallaire n'oubliera jamais les difficiles négociations qui ont mené à la signature d'une nouvelle convention collective pour les syndiqués de l'aluminerie Alcan en 2005. À ce moment, la direction souhaitait réduire ses coûts d'exploitation et un plan B ne faisait pas partie des discussions.

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Jacques Lacombe, ex-président du local 1256 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier.

Photo: Stéphane Lessard

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Louis-Gérard Dallaire, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN), a accepté que les nouveaux employés soient engagés par la firme Adecco en 2005.

Photo d'archives

Jacynthe Côté, l'actuelle chef de direction de Rio Tinto Alcan, agissait alors à titre de vice-présidente, ressources humaines, environnement, santé et sécurité pour le géant québécois de l'aluminium. Elle n'était pas passée par quatre chemins pour livrer son message.

«Elle avait dit que si nous n'avions pas de solution, elle en avait!», se souvient le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN). «C'était clair comme ça.»

En fait, la direction menaçait carrément de cesser toute embauche et de laisser mourir l'usine à petit feu sans un plan de redressement convenable.

Depuis ce temps, les nouveaux employés de l'aluminerie sont engagés par la firme Adecco à des conditions moins avantageuses. Par exemple, en 2012, le salaire de base d'un préposé à l'hygiène atteint un taux horaire de 35,54 $ à l'usine. S'il a été engagé par Adecco, cette rémunération chute à 21,36 $.

«S'il y en a des plus créatifs que nous, tant mieux», mentionne M. Dallaire.

«Mais nous avons été obligés de nous rabattre là-dessus. Avec les données que nous possédions, nous savions que ce n'était pas du bluff. Le message ne passait pas par personne interposée. Avec le recul, notre décision était bonne car à mon avis, nous ne serions plus ouverts.»

À l'usine Belgo, le syndicat a accepté de nombreuses pertes de postes par attrition, l'utilisation de la sous-traitance et l'élimination du temps supplémentaire prévu à taux et demi au fil des années pour donner un peu d'air à la compagnie. Ces compromis n'ont pas empêché AbitibiBowater d'annoncer la fin de la production à cette papeterie le 29 novembre 2007.

Cinq ans plus tard, Jacques Lacombe, ex-président du local 1256 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (FTQ), assure qu'il ne regrette rien, même si de toute évidence, l'ouverture des travailleurs n'a pas permis de sauver leur gagne-pain.

«Est-ce que ça vaut la peine de faire des concessions?», réfléchit tout haut M. Lacombe. «Je pense que oui, parce que ça nous a permis de sauver des années. Nous avons réussi à amener des travailleurs à la retraite. Moi, je suis capable de mettre des noms. Je suis capable de dire que pour ce monsieur, si on n'avait pas agit comme ça, il n'aurait pas pu avoir ce qu'il a aujourd'hui. Sans ces concessions, nous aurions peut-être fermé cinq ans avant.»

Ces grandes brèches dans les conventions collectives n'indiquent-elles pas que le compte à rebours commence? Entre deux maux, M. Lacombe croit qu'il faut choisir le moindre, même s'il convient que «des millions de dollars» ont été consentis à l'employeur au cours des dernières années de l'usine.

«Dans ces grosses compagnies, il n'y a aucune sécurité», constate M. Lacombe. «Quand on fait des concessions, c'est parce qu'on veut sauver des emplois. Si on ne le fait pas, les conséquences risquent d'être plus importantes. On souhaite toujours gagner du temps.»

Mort annoncée... ou pas

La situation de l'aluminerie de Shawinigan demeure d'autant plus délicate que l'arrêt des cuves Söderberg est prévu le 1er janvier 2015. Lors de la dernière négociation l'an dernier, l'employeur a encore réussi à faire des gains en sous-traitance.

M. Dallaire croit lui aussi que les concessions ont permis de prolonger des conditions de travail enviables dans la région. Il reconnaît que la relation de confiance historique entre les parties joue pour beaucoup quand vient le temps de changer la convention collective.

«On n'est jamais heureux d'ouvrir cette porte-là», soupire-t-il. «Qu'on le veuille ou non, au bout du compte, c'est la région qui s'appauvrit. On nivelle toujours par en bas.»

À l'autre bout du spectre, Michel Gauthier, ex-président du Syndicat des travailleurs du magnésium de Bécancour - section locale 6055 des Travailleurs canadiens de l'automobile, raconte que lorsque Norsk Hydro a annoncé son intention de cesser subitement sa production au printemps 2007, son exécutif s'est informé pour voir si des aménagements dans la convention collective pouvaient sauver l'usine.

«Aucune concession n'a été demandée pour prolonger la durée de vie, car honnêtement, si la direction l'avait fait, les gens l'auraient accepté», convient-il. «Nous étions prêts à regarder le contrat, mais leur idée était faite.»

Par contre, le nouvel homme d'affaires, qui exploite le restaurant Chez Auger du boulevard des Hêtres, est visiblement atteint par les fortes pressions que les travailleurs industriels de la région doivent subir.

«Je trouve ça déplorable», commente-t-il. «Les employeurs profitent souvent des concessions pour en mettre plus dans leurs poches et en enlever aux travailleurs pour arriver au même but. On le voit bien actuellement, avec la fermeture de la machine no 10 chez Laurentide. Concession n'est pas signe de pérennité de l'entreprise.»

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