Taxe sur l'alcool: les restaurateurs en furie

L'augmentation rétroactive d'une taxe spécifique sur l'alcool soulève... (Photo: François Gervais)

Agrandir

L'augmentation rétroactive d'une taxe spécifique sur l'alcool soulève la colère des restaurateurs. Dans la région, des restaurants avec une bonne cave à vin devront payer une différence sur les bouteilles qu'ils ont déjà en stock. Martin Lampron, copropriétaire du Carlito, joint sa voix à celle de l'Association des restaurateurs du Québec, qui dénonce vivement le caractère rétroactif de l'augmentation prévue dans le budget du ministre Marceau.

Photo: François Gervais

Partager

Martin Francoeur
Le Nouvelliste

La colère gronde dans les restaurants et établissements licenciés de la région. Comme partout ailleurs au Québec, d'ailleurs. Le budget du ministre des Finances et de l'Économie, Nicolas Marceau, contenait une petite disposition qui ne passe pas. On leur demande de payer une augmentation de la taxe spécifique sur l'alcool mais celle-ci s'applique également à toutes les bouteilles déjà en inventaire. Les restaurateurs partent en guerre contre l'application d'une mesure rétroactive, qu'ils jugent inacceptable et absurde.

«Tout ce qui est rétroactif, venant de la part d'un gouvernement, c'est de l'abus de pouvoir», déplore le copropriétaire du restaurant Poivre Noir, Daniel-Yves Durand. Même son de cloche du côté du Castel des Prés, où le propriétaire Claude Gauthier estime aussi que le principe même de la rétroactivité est inacceptable. «C'est comme si le gouvernement disait aux citoyens: vous avez des vêtements dans votre garde-robe, faites-en l'inventaire et on impose une taxe supplémentaire sur tout ce qui a été acheté au cours des dernières années. C'est vraiment comme de l'improvisation», remarque-t-il.

La mesure imposée aux restaurateurs qui servent des boissons alcoolisées à être consommées sur place diffère de celle imposée aux consommateurs, qui voient les taxes sur l'alcool et le tabac augmenter. Dans le cas des produits vendus pour consommation dans un établissement, les taux applicables passent de 0,65 $ à 0,82 $ le litre pour la bière et de 1,97 $ à 2,47 $ le litre pour toute autre boisson alcoolique, principalement le vin.

«Qu'on décide d'augmenter une taxe, je n'ai pas de problème avec ça. Mais qu'on vienne nous dire qu'elle s'applique sur tout ce qu'on a déjà en stock, c'est rire de nous autres», explique le copropriétaire du Carlito, Martin Lampron.

Une disposition du plan budgétaire prévoit en effet que «les personnes qui vendent des boissons alcooliques à l'égard desquelles la taxe spécifique aura été perçue d'avance ou aurait dû l'être devront faire un inventaire de toutes ces boissons qu'elles auront en stock à 3 heures le 21 novembre 2012 et remettre, avant le 22 décembre 2012, un montant correspondant à la différence entre la taxe applicable selon les nouveaux taux et celle applicable selon les taux en vigueur avant 3 heures le 21 novembre 2012».

Et on ajoute même que «les contenants de boissons entamés avant 3 heures le 21 novembre 2012 ne feront pas partie de ses stocks».

On s'en doute bien, une telle mesure pose un joli problème et entraîne une facture salée pour les restaurateurs qui ont une cave à vin bien garnie.

«Tu travailles fort pour monter une cave qui a de l'allure, autant pour la qualité que pour la quantité de bouteilles, puis le gouvernement nous arrive avec cette mesure-là, qui est un manque de respect total», déplore Martin Lampron. Au Carlito, la cave à vin compte environ 7000 bouteilles. Les propriétaires du resto devront donc retourner au ministère du Revenu un montant entre 2500 $ et 3000 $ pour la nouvelle mesure. «En plus, on avait commencé à stocker pour les Fêtes. C'est une grosse période pour nous», ajoute-t-il.

«On me redemande de payer un montant additionnel sur du stock que j'ai payé à gros prix à un monopole d'État. Il y a des vins que ça fait cinq ans ou plus que je garde en cave», explique Claude Gauthier. Inévitablement, selon lui, c'est le client qui va absorber le coup sur sa facture. Les prix de la carte des vins ou des consommations alcoolisées seront plus élevés.

Daniel-Yves Durand estime que ce n'est pas une mesure qui va ruiner ni les restaurateurs, ni la clientèle.

«À 0,50 $ le litre d'augmentation, ça ne revient pas cher au verre. Mais c'est le principe qui est malsain. Et le bien-fondé. Je ne suis pas sûr que ça va rapporter tant que ça», insiste-t-il.

Mario Vincent, des restaurants Maman Fournier et Vincenzo, croit lui aussi qu'une nouvelle taxe aurait dû entrer en vigueur à un moment fixe, ultérieur à la présentation du budget, sans caractère rétroactif.

«Ça n'a aucune raison d'être. À l'Association des restaurateurs, c'est clair qu'on n'accepte pas ça. On espère être capable de se faire entendre», plaide celui qui vient à peine de quitter la présidence de l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ).

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l'ARQ, promet d'ailleurs que l'association fera pression sur le gouvernement pour que cette mesure soit abandonnée.

«La frustration est grande parmi nos membres. On a l'impression de se retrouver au temps de Duplessis. L'industrie ne laissera pas passer ça», conclut-il.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer