Marché papetier: l'épée de Damoclès se rapproche de Trois-Rivières

Les deux installations de Kruger risquent de subir... (Photo: Émilie O'Connor)

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Les deux installations de Kruger risquent de subir l'effet domino de ce qui se passe tant chez les concurrents qu'à l'intérieur même du groupe.

Photo: Émilie O'Connor

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Alors que le bouleversement du marché papetier, marqué par le redémarrage de certaines usines à coût de production moindre, vient de sonner le glas d'une machine Résolu à Grand-Mère, l'épée de Damoclès se rapproche de Trois-Rivières alors que les deux installations de Kruger risquent de subir l'effet domino de ce qui se passe tant chez les concurrents qu'à l'intérieur même du groupe.

Car dans le cas de l'usine Laurentide, qui sera bientôt amputée de moitié, il ne fait aucun doute à l'esprit de Claude Gagnon que la reprise des activités de la Port Hawkesbury Paper, en Nouvelle-Écosse, aura donné le coup fatal à la machine numéro 10 de Shawinigan, malgré les efforts déployés par tous pour la conserver.

«Avec ses 400 000 tonnes, Pacific West va faire beaucoup de dommages sur le marché, ses compétiteurs étant Dolbeau, Kénogami, la machine numéro 11 à Grand-Mère et la machine numéro 4 à Kruger-Wayagamack», a indiqué le représentant national du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ), Claude Gagnon.

Parallèlement, le brassage de cartes dans le monde du papier journal pourra difficilement épargner tôt ou tard l'autre division de Kruger, celle du boulevard Gene-H.-Kruger à Trois-Rivières.

D'abord, sa concurrente Résolu entend procéder à la relance de son usine de Gatineau en 2013 grâce à un contrat de production d'électricité en poche et des concessions de la part des travailleurs «au-delà du règlement modèle». Après avoir obtenu pareils avantages, cette même compagnie a fait comprendre à son usine d'Amos qu'elle serait dorénavant moins compétitive que Gatineau. Conséquence? Les gens d'Amos ont dû accepter des réductions de coût de main-d'oeuvre de 2,9 millions de dollars, s'ajoutant à des baisses déjà consenties de 17 % dans les conditions de travail.

Ainsi, en jouant ses usines de papier journal d'Amos et de Gatineau l'une contre l'autre, Résolu peut maintenant compter sur des installations à faible coût par rapport à Kruger Trois-Rivières. Or, on se rappellera qu'en juin dernier, la direction de cette dernière usine avait fait parvenir une lettre aux employés dans laquelle elle leur rappelait que «la lutte pour la survie de l'usine de Trois-Rivières est loin d'être gagnée». Cet envoi survenait alors que les négociations étaient dans l'impasse totale en vue du renouvellement de la convention collective qui est échue depuis le 30 avril 2009. Le 17 mai 2012, les travailleurs avaient rejeté une entente de principe, malgré que trois unités syndicales sur quatre l'avaient acceptée. Depuis ce temps, c'est le statu quo en dépit de l'avis de l'employeur que «si nous n'arrivons pas à conclure une entente similaire (aux concurrents), il nous sera impossible de les concurrencer».

Selon ce que Le Nouvelliste a appris, ce qui fait gagner du temps aux syndiqués trifluviens, qui ont un vote de grève dans les poches, c'est la rentabilité actuelle des opérations et, surtout, la situation de l'usine Corner Brook qui accapare les dirigeants de Kruger. Sous un ultimatum de fermeture de la part du grand patron à défaut d'un accord, le personnel là-bas aura consenti aux concessions exigées et si l'aide gouvernementale était au rendez-vous, on parle même d'investissements à venir.

Le règlement prochain à Corner Brook mettra une pression supplémentaire sur les gens de Kruger Trois-Rivières. D'autant plus que contrairement à Corner Brook et Wayagamack, les syndiqués de l'usine trifluvienne bénéficient d'une meilleure protection de leur régime de retraite. Et si Joseph Kruger était prêt à se passer de la production de Corner Brook, on peut appliquer la même logique pour son usine du boulevard Gene-H.-Kruger. «Ça ne regarde pas très bien. Le portrait et les stratégies changent en six mois. Je ne prends rien pour acquis. Il faut être aux aguets avec ce qui se passe», avoue Claude Gagnon.

En ce qui concerne l'usine Laurentide, rien n'est gagné pour le futur compte tenu que les coûts fixes resteront les mêmes pour une seule machine au lieu de deux et que le système de pâte n'est pas des plus modernes. «On a fait tout ce qui était possible, on n'a rien à se reprocher et c'est ce qui avait permis de sauver Belgo cinq, six fois», a-t-il tenu à souligner.

De 2000 à 2012, la chute de la demande a frappé l'industrie québécoise des pâtes et papiers de plein fouet, le nombre d'usines en activité au Québec ayant baissé de plus de 30 %, passant de 63 à 43. Comptant autrefois près de 3000 emplois au total, les deux usines Kruger de Trois-Rivières et celle de Résolu à Grand-Mère auront moins de 1000 travailleurs à la fin de l'année.

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