«Faudrait pas que les villes qui ont été plus prévoyantes soient pénalisées. À Trois-Rivières, on a été prévoyants. On n'a jamais fait du pelletage par en avant. On a des problèmes, mais ce n'est pas du tout comparable à d'autres villes», explique Yves Lévesque.
Le maire explique qu'il est d'accord avec certaines revendications de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui profite de la présente campagne électorale pour formuler certaines demandes aux différents partis afin de remédier à la situation.
«Mais il ne faut pas oublier que des villes ont taxé et taxent encore pour régler le problème. Il ne faudrait pas en arriver à un point où les taxes provinciales servent aussi à réparer le manque de prévoyance ou de prudence de certaines villes. Ça deviendrait une injustice», plaide-t-il.
Évidemment, tout dépend du type d'aide que le gouvernement pourrait mettre en place pour aider les villes pour lesquelles le déficit des régimes de retraite devient un fardeau devenu trop lourd.
L'UMQ a demandé aux partis politiques de fournir des outils législatifs pour permettre un partage plus équitable des coûts et des risques des régimes de retraite entre les municipalités et leurs employés.
Certaines solutions possibles sont avancées, notamment la réduction de l'indexation des rentes en fonction du coût de la vie, l'arrêt des subventions pour les retraites anticipées, la hausse de l'âge de la retraite, ou encore l'instauration des régimes à prestations cibles.
Tout cela fait suite à de nouvelles révélations selon lesquelles le déficit actuariel des régimes de retraite des employés municipaux a explosé de 55 % en un an. Les problèmes touchent surtout les grandes villes comme Montréal et Québec, mais aussi les villes importantes de banlieue comme Longueuil et Laval.
Le déficit actuariel des régimes de retraite des fonctionnaires municipaux a atteint 4,8 milliards $ au 31 décembre 2011, par rapport à 3,1 milliards $ en 2010, selon une évaluation que le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire a fournie à l'UMQ la semaine dernière.
Le déficit représente l'écart entre le passif, soit la valeur actualisée de toutes les promesses de rente faites aux employés et aux retraités, et les actifs dont disposent les régimes de retraite pour payer ces rentes.
À Trois-Rivières, la situation «n'est pas complètement rose» mais elle est «sous contrôle», pour reprendre des termes employés par le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant. Selon ce dernier, il est encore trop tôt pour faire une évaluation exacte de l'impact financier et budgétaire qu'aura le déficit actuariel des régimes de retraites pour 2013. Cette année, l'impact du déficit du fonds de retraite est de 337 000 $ sur le budget.
«Peut-être que ce sera un peu plus bas pour 2013. On parle d'une contribution additionnelle qui pourrait varier entre 250 000 $ et 350 000 $. Mais évidemment, on est à la merci des Bourses et des variations des taux d'intérêt», rappelle M. Toutant.
Avant 2008, la caisse de retraite des employés municipaux - depuis la création de la nouvelle ville - était en situation de surplus, même lors de l'harmonisation des régimes en 2006 et 2007. C'est la crise boursière de 2008 qui a eu un impact négatif sur les fonds de retraite, dans le monde municipal comme ailleurs. Trois-Rivières avait alors décidé de ne pas se prévaloir des mesures d'allégement que les villes pouvaient utiliser.
Depuis 2009 donc, la Ville doit assumer des coûts additionnels reliés au renflouement des régimes de retraite, mais ceux-ci n'ont rien de comparable avec d'autres villes qui ont opté pour l'allégement. Et il faut ajouter qu'à Trois-Rivières, le partage des déficits actuariels est déjà établi à 50 % pour la Ville et 50 % pour les employés.
Le maire Yves Lévesque conclut en promettant de garder un oeil sur les mesures qui pourraient être mises de l'avant pour aider à nouveau les municipalités qui en ont besoin. «Mais s'il faut mettre le poing sur la table un moment donné, je vais le faire. Ce n'est pas aux citoyens de Trois-Rivières de payer pour des déficits actuariels à Montréal», conclut-il.