Après avoir anticipé le problème depuis plusieurs années, le directeur général de l'organisme, Simon Charlebois, constate que les appréhensions étaient entièrement justifiées.
En 2011-2012 par exemple, pas moins de 40 % des demandes de soutien financier concernaient des projets de relève d'entreprise. «Je n'avais jamais vu ça», concède M. Charlebois.
«En plus, on se fait dire qu'on n'est qu'au début de la vague. En Mauricie, au cours des dix prochaines années, on estime à 5000 le nombre d'entreprises à reprendre. Ça donne une idée!»
Pour cette relève, l'une des difficultés consiste évidemment à rassembler les capitaux pour acquérir une PME qui existe depuis vingt ou trente ans.
«Le jeune peut avoir beaucoup de bonne volonté, mais quand on lui demande une mise de fond de 20 %, ça fait mal!», explique M. Charlebois. «D'où l'importance des fonds que nous gérons. De plus, dans la majorité de ces dossiers, les vendeurs demeurent partenaires pour faire un montage financier avec un risque partagé. Les anciens propriétaires peuvent ainsi aider à la transition.»
Le dossier de transfert d'entreprise qui a particulièrement attiré l'attention au cours de la dernière année demeure celui d'Abattoir Lafrance, dans le secteur Grand-Mère. «Ça faisait deux ans que la famille cherchait», rappelle M. Charlebois.
Le défi du financement peut être observé n'importe où pour la relève. En Mauricie s'ajoute celui de la culture entrepreneuriale. Un virage s'amorce, mais ses bénéfices ne pourront être constatés avant plusieurs années.
«Les gens ont de la misère à trouver une relève parce que très peu de personnes ont l'intention d'entreprendre, de devenir propriétaire d'entreprise», observe M. Charlebois. «Avec la communauté entrepreneuriale, nous tentons de supporter de nouvelles initiatives. D'ailleurs, sur le plan scolaire, nous observons déjà une grande progression des projets d'entrepreneuriat dans les écoles.»
À ces réalités s'ajoutent un contexte démographique défavorable, fait remarquer le directeur général de la SADC du Centre-de-la-Mauricie.
«Quand on prend l'âge médian des MRC à travers le Québec, Shawinigan arrive au deuxième rang des plus vieilles... après Mékinac, notre voisin! Si on veut un dynamisme économique, ça prend des personnes dans toutes les strates d'âge, mais ça prend surtout un bassin de jeunes, qui est moins important ici.»
Ainsi, la SADC est associée au projet «Découvre ta place», qui sera présenté dans les écoles secondaires du territoire à l'automne. Quatorze vidéos ont été réalisées par des jeunes chez douze entreprises pour présenter les perspectives d'emploi.
M. Charlebois observe que l'intérêt démontré par les gens d'affaires pour ce genre d'outil illustre l'importance du problème non seulement de la relève en entreprise, mais aussi du recrutement.
Au cours de la dernière année, le fonds d'investissement de la SADC a financé douze projets pour un total de 941 875 $. Ce soutien a entraîné des investissements supplémentaires de 12,7 millions$ et a contribué à créer ou maintenir 303 emplois. Du côté du Fonds Stratégie jeunesse, neuf projets ont été encouragés chez des jeunes de 18 à 35 ans en 2011-2012, pour un total de 102 000 $. Cette aide a généré desinvestissements de 610 000 $, en plus de participer à la création ou au maintien de 24 emplois.
Pour le Fonds LaPrade, quatre projets avaient été encouragés à la fin de la dernière année financière, le 31 mars. Cette enveloppe a injecté 233 000 $ dans ces initiatives, une somme qui a permis de générer des investissements supplémentaires de près de six millions de dollars et de créer ou maintenir 103 emplois.
La fin du programme de réseau des centres d'accès communautaires à Internet du Centre-de-la-Mauricie représente un fait saillant un peu plus sombre du bilan annuel de la SADC.
Depuis 1997, l'organisme gérait 13 CACI sur le territoire, principalement dans des bibliothèques. Ce programme visait à fournir un accès public à Internet pour y faire découvrir toutes les possibilités, particulièrement pour la population plus âgée.
Au cours de la dernière année, 218 personnes ont participé à 41 ateliers. Mais le financement de 63 500 $ d'Industrie Canada relié à ce programme n'a pas été reconduit.
«Ça fait partie des coupes du gouvernement fédéral», explique M. Charlebois. «Nous étions un peu déçus. Nous essayons de trouver d'autres avenues.»
En fait, la SADC du Centre-de-la-Mauricie tente d'obtenir des ententes de service et de maintenance avec les municipalités de son territoire afin de poursuivre le programme. Ainsi, à sa séance régulière du 12 juin, le conseil municipal de Shawinigan a confirmé le versement d'une somme de 15 000 $ pour
appuyer cette continuité, d'autant plus que le matériel informatique est déjà installé dans les bibliothèques.
Le projet pilote de deux ans Accès TI du Fonds LaPrade a également pris fin cette année. Ce programme visait précisément l'utilisation des nouvelles technologiques par les gens ayant des limitations physiques. Cinquante-quatre personnes en ont bénéficié et encore là, des efforts sont déployés pour maintenir cette initiative qui semblait fort appréciée.
Malgré tout, M. Charlebois considère que la SADC du Centre-de-la-Mauricie ne s'en tire pas trop mal, compte tenu des pressions exercées sur l'administration publique fédérale au cours des derniers mois.
«Nous n'avons pas été trop touchés, si on compare à d'autres ministères», fait-il remarquer. «L'an passé, nous avons signé une nouvelle entente de cinq ans sans indexation. Certaines SADC trouvaient que ça avait été mal négocié, mais un an plus tard, quand on se compare, on se console!»
Par contre, M. Charlebois espère que ces coupes ne modifieront pas la mission des SADC à long terme.
«Notre rôle est de prendre plus de risque que les institutions financières traditionnelles pour créer ou maintenir des emplois», rappelle-t-il. «Si on devient comme une institution financière, on perd la raison pour laquelle nous avons été créés.»