«J'ai toujours la même position, ce n'est pas au gouvernement de dicter quelle machine ou usine fermer. Ce sont les mêmes règles du jeu pour tout le monde», a-t-il affirmé en entrevue au Nouvelliste.
Toutefois, celui-ci a rappelé qu'en vertu de l'entente sur le maintien des régimes de retraite, Résolu doit maintenir sa capacité de production au Québec, sans quoi la compagnie encourt une pénalité de 75 dollars la tonne.
Or, selon cette règle, l'entreprise pourrait très bien fermer la 10, du secteur Grand-Mère, car la perte de production, combinée à celle d'une machine à l'usine Kénogami, fermée depuis la fin de l'année, serait justement compensée par la relance des installations de Dolbeau-Mistassini dans le papier d'impression commercial.
«Dans le cas de Laurentide, il y a un enjeu bien précis. L'usine a la chance d'avoir un CAAF (contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier) de 265 000 mètres cubes alors que c'est normalement associé aux scieries. C'est un atout», souligne le ministre.
Or, si Résolu devait réduire sa capacité de production, «on regarderait toutes nos options et ils savent notre position». «Ils vont se gouverner comme ils veulent, mais il y a une obligation associée à des CAAF», brandit-il.
Par ailleurs, le ministre Gignac accueille positivement l'entente de principe à l'usine Kruger Trois-Rivières.
«Quand on voit des compagnies qui s'entendent, ce sont toujours des bonnes nouvelles et ça aide à songer à des investissements. Et quand elles cognent à la porte du gouvernement pour des projets structurants, c'est toujours inspirant», reconnaît-il.
Du même souffle, celui-ci souligne qu'il est avantageux «d'avoir des compagnies rentables et compétitives» pour qu'elles puissent investir «sans rester en vie à coup de subventions».
Le président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec, André Tremblay, trouve «intéressante» l'entente de principe pour l'avenir de l'usine Kruger Trois-Rivières.
«Ce n'est jamais facile de baisser son salaire de 10 %. Dans la mesure que ça s'est fait dans les autres entreprises, il faut passer par là pour rester compétitif», a-t-il fait savoir.
Appelé à commenter la situation fragile de l'usine Laurentide avec sa machine numéro 10, le porte-parole de l'industrie a souligné qu'il y avait «énormément de fermetures temporaires», ce qui a enlevé 250 000 tonnes sur le marché québécois au premier trimestre. Et le phénomène touche aussi l'Ontario.
«Le propriétaire de plusieurs usines va fermer celles qui sont moins rentables. La demande n'est pas là. L'ouverture d'une usine va être en substitut d'une usine qui opère déjà», constate en conclusion M. Tremblay.
«Je suis déçue et choquée de l'attitude de la papetière»
Au bout du fil, la ministre Julie Boulet cache difficilement sa colère face au dossier de la machine numéro 10 de l'usine Laurentide de Shawinigan. "Je suis choquée et déçue de l'attitude de la papetière", laisse-t-elle échapper.
Manifestement, celle-ci digère mal de voir la compagnie Résolu "brasser tout ça" alors que la division du secteur Grand-Mère était sauvegardée dans le plan de restructuration de l'ancienne AbitibiBowater et non une demi-usine.
"Ça fait des années que je me bats à contre-courant. Il fallait moderniser cette usine-là", soutient-elle.
Déjà l'automne dernier, la députée de Laviolette s'était montré agacée par l'absence d'investissements aux installations shawiniganaises alors que son gouvernement avait pourtant délié les cordons de la bourse pour aider l'entreprise.
En effet, seulement de 2008 à 2011, Québec aura versé plus de 17 millions de dollars à la géante papetière pour son usine Laurentide.
Entre autres, ces sommes avaient servi à la formation ainsi qu'à un programme d'aménagement et de réduction du temps de travail.
Et l'autre coup de pouce de la ministre responsable de la Mauricie aura été de consentir des allégements pour le renflouement des caisses de retraite.
"On n'a pas de poignées pour choisir les usines. Et je ne suis pas sûre que la question du CAAF rattaché à Laurentide ait beaucoup d'importance, surtout que le régime forestier change à partir de 2013", avoue-t-elle.
Par ailleurs, Julie Boulet se dit plus "régionaliste" dans la façon de voir les choses que son collègue aux Ressources naturelles et à la Faune, Clément Gignac.
"Je me bats pour mon comté et pour maintenir ces jobs-là", conclut celle qui, demain, rencontrera la direction locale de l'usine Laurentide, tel que prévu depuis un certain temps.