Selon le témoignage d'un employé sous le couvert de l'anonymat, le moral est au plus bas depuis qu'un dirigeant montréalais serait venu faire son tour pour dire que les heures de la machine numéro 10 étaient comptées.
«Quand le gérant de l'usine te dit d'avoir un plan B, ça claque. Présentement, nos patrons ont reçu l'ordre de ne plus acheter rien pour la 10, ils n'achètent même plus de pièces d'habillage pour la machine. Quand Dolbeau va repartir, RIP la 10. Les rumeurs parlent d'octobre, novembre. Ou s'il y a un gros bris, on ne répare pas», a-t-il fait savoir.
Selon d'autres sources, les cadres auraient été informés de la fermeture de la 10 pour septembre prochain.
D'entrée de jeu, le porte-parole de Résolu, Pierre Choquette, n'a pas voulu commenter ce qui pouvait se dire à l'intérieur de l'usine du secteur Grand-Mère.
«Ça fait un bout de temps qu'on sait qu'on regarde la possibilité d'arrêter cette machine et qu'elle est sous analyse. On regarde ce qui peut se passer à Dolbeau avec l'unité de cogénération», a-t-il indiqué au Nouvelliste.
Car c'est le redémarrage de cette dernière usine qui pourrait sonner le glas à la machine numéro 10, à Shawinigan. Car en combinant la production de cette machine à celle fermée depuis la fin de l'année à l'usine Kénogami, cela correspond à ce que pourraient produire à elles seules les installations de Dolbeau-Mistassini en papier d'impression commercial.
Si celles-ci reprennent du service, cela signifie-t-il l'arrêt automatique de la 10 chez Laurentide? «On n'est pas rendu là. Il n'y a pas d'automatisme. Il faut regarder ce que les marchés ont l'air et être sûr de prendre les bonnes décisions», a soutenu M. Choquette.
Entente de principe chez Kruger
Après plusieurs mois de négociations menées au terme d'une période de rationalisation sans précédent, une entente de principe est intervenue dans la soirée du 7 mai entre la direction de l'usine Kruger Trois-Rivières et la partie syndicale pour le renouvellement de la convention collective échue depuis le 30 avril 2009.
«C'est réglé pour les quatre unités syndicales», a commenté le représentant national du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, Claude Gagnon.
Toutefois, celui-ci s'est empressé de préciser que les assemblées générales devant permettre aux quelque 250 travailleurs de se prononcer sur l'accord n'auront pas lieu avant la semaine prochaine. Un mandat de grève avait été obtenu l'été dernier à plus de 90 %.
«On a une assemblée d'information à faire préalablement à ça, particulièrement sur le régime de retraite», explique le porte-parole du SCEP-FTQ.
C'est que Kruger veut pouvoir aussi compter sur des allégements pour le renflouement des caisses de retraite afin de s'en sortir. La ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, avait d'ailleurs pris son bâton de pèlerin à l'automne 2011 pour défendre la cause auprès des représentants syndicaux.
«Nous voulons offrir les mêmes conditions que celles accordées à AbitibiBowater pour que ce soit juste et équitable», expliquait-elle alors.
Selon la ministre régionale, les allégements obtenus par la géante papetière dans le cadre de sa restructuration sous les dispositions de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies lui donnent un avantage concurrentiel sur des entreprises comme Kruger «de 40 dollars la tonne métrique».
La compagnie avait fait savoir publiquement qu'elle voulait «une harmonisation des mesures pour échelonner les versements d'équilibre dans les régimes de pension afin d'oeuvrer sur des bases concurrentielles équitables».
Outre cet enjeu, l'acceptation des offres patronales devrait aussi impliquer une diminution salariale de l'ordre de 10 % puisque le règlement modèle fut déterminé par une AbitibiBowater au bord de la faillite.
C'est d'ailleurs ce qui rendait les pourparlers aussi longs et particuliers: d'une part, les syndiqués avaient tout intérêt à retarder la signature d'un nouveau contrat de travail pour éviter l'entrée en vigueur de concessions qui, au demeurant, n'ont pas encore été précisées aux médias. D'autre part, la compagnie avait avantage à régler le tout pour bénéficier de ces compromis au plan financier.
Mais d'un autre côté, Kruger aurait bien aimé connaître l'issue du mouvement observé chez sa concurrente Résolu, avec les usines de papier journal d'Amos et de Gatineau, et le dénouement du dossier de l'usine Papiers White Birch de Québec avant de sceller une entente avec ses travailleurs trifluviens.
Lors de son récent passage en région, le président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec, André Tremblay, avait avoué que les difficultés des usines Kruger de Trois-Rivières et Laurentide de Shawinigan n'étaient pas terminées en raison de leur type de production.
«Nos entreprises ont à se repositionner à moyen terme dans de nouveaux marchés, il y a du questionnement à faire, il y a encore des réorientations et des ajustements qui vont se produire», avait-il prédit.