L'homme d'affaires a pris cette décision après avoir rejeté la dernière proposition soumise par Investissement Québec.
"Doral n'a pas accepté notre offre parce que l'entreprise ne semblait pas en mesure de rencontrer les conditions", confie Chantal Corbeil, porte-parole de la société d'État.
En avril 2011, Investissement Québec avait accordé un prêt de deux millions de dollars à Doral International pour sa relance. M. Poliseno avait acquis les actifs de l'entreprise après la faillite du printemps 2010.
Selon la liste des créanciers fournie par le syndic Raymond Chabot Grant Thornton à Montréal, les sommes protégées en cas de restructuration atteignent 4,495 millions de dollars.
Outre le prêt d'Investissement Québec, WYE Industries avait également contracté un droit hypothécaire d'un million de dollars sur Doral au moment de la vente de l'an dernier. Or, cette entreprise ontarienne appartient à Erwin Zecha, l'ex-propriétaire du fabricant de bateaux de plaisance. Ce dernier avait également accordé un prêt de 1,5 million de dollars à M. Poliseno l'an dernier.
Parmi les autres créanciers garantis, notons la Caisse Desjardins de la Vallée du Saint-Maurice (800 000 $), le Centre local de développement de Shawinigan (150 000 $), le Fonds Soutien Mauricie (150 000 $), le ministère du Revenu du Québec (150 000 $), l'Agence des douanes et du Revenu du Canada (75 000 $) et la Société d'aide au développement des collectivités du Centre-de-la-Mauricie (120 000$).
Les employés possèdent également une créance garantie de 50 000 $ et une autre, non garantie celle-là, de 200 000 $. Rappelons aussi que depuis plusieurs mois, l'employeur retenait les cotisations syndicales et les primes d'assurances. Ainsi, Doral doit plus de 11 600 $ au Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (FTQ) et près de 37 000 $ à la compagnie d'assurance-vie Sun Life.
L'entreprise ne parvenait même pas à payer des comptes courants comme Hydro-Québec et Gaz Métropolitain, puisque elle doit plus de 26 000 $ à chacune de ces sociétés.
Bref, avec les sommes non garanties qui frôlent les 930 000 $, Doral International doit présentement 5,4 millions de dollars à quelque 150 créanciers au Québec, en Ontario et aux États-Unis.
Prospects
Devant ce bilan, l'entreprise a enregistré mardi un avis d'intention de faire une proposition, une disposition prévue par la Loi sur les faillites et l'insolvabilité. Elle est protégée de toute procédure de ses créanciers pour trente jours. Le Tribunal peut accorder une prolongation de délai par la suite, si ce privilège peut contribuer à satisfaire les créanciers et maximiser les chances de relance.
"On nous a demandé de solliciter des offres d'achat pour essayer de trouver des acquéreurs ou des investisseurs", commente Jean Gagnon, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton. "Au cours des trois prochaines semaines, nous solliciterons donc des gens. Nous avons déjà identifié des joueurs potentiels de cette industrie. Nous avons des discussions et nous souhaitons que quelqu'un pourra redémarrer cette entreprise."
M. Gagnon confirme que des clients attendent des livraisons, ce qui brusque un peu l'opération de redressement.
"On ne doit pas aller trop vite pour éviter que les gens n'aient pas le temps de faire toutes les vérifications nécessaires", explique-t-il. "Mais par contre, nous ne pouvons pas attendre trop longtemps car il y a des commandes en main. Si on attend trop, les clients vont les retirer."
Réjean Dionne, président du local 137 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (FTQ), est peu étonné de ce nouveau rebondissement. Les employés ont été mis à pied le 19 mars et depuis, ils n'ont obtenu que très peu d'information sur la suite des choses.
"On s'y en attendait un peu", déclare-t-il. "On espère toujours, mais nous avions commencé à regarder les modalités d'un comité de reclassement avec Emploi Québec."
Les syndiqués devraient être invités à une rencontre à la mi-mai, pour faire le point sur les assurances notamment. D'ailleurs, ceux qui ne possèdent plus d'assurance-groupe en raison de ces démêlés peuvent s'enregistrer à la Régie de l'assurance maladie du Québec jusqu'au 30 avril afin d'obtenir un remboursement de médicaments pour les trois derniers mois.
"C'est toujours le petit qui perd là-dedans", se désole M. Dionne.