Une équipe swat en transfert d'entreprises

Un duo féminin entièrement dévoué à la question... (Photo: Stéphane Lessard)

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Un duo féminin entièrement dévoué à la question du transfert d'entreprises, Andrée Marchand et Fernande Boisvert.

Photo: Stéphane Lessard

Le Nouvelliste

Selon une étude réalisée auprès de 1500 entreprises manufacturières de cinq employés et plus en Mauricie, pas moins de 428 d'entre elles prévoient passer le flambeau dans les cinq prochaines années et un peu plus du tiers des dirigeants ont plus de 60 ans. Autant de données qui sont venues justifier la création d'un Centre de service en transfert d'entreprises pour la région. Une sorte de petite équipe swat dans le domaine.

«Ça fait sept ans qu'on travaille sur ça», affirme la coordonnatrice Fernande Boisvert, une femme d'affaires réputée qui a connu sa part de transferts d'entreprises réussis.

Outre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et depuis peu, Québec, la Mauricie est la seule autre région dotée d'un tel service. Il s'agit d'un projet pilote de trois ans ayant débuté en 2008. Et c'est le Centre de développement d'entreprises du Cégep de Trois-Rivières qui a hérité du mandat.

Sa mission? Augmenter le taux de réussite en transfert d'entreprises, accompagner les cédants pendant leur période de réflexion, outiller les releveurs afin d'assurer le succès de l'opération et soutenir le dirigeant durant l'exercice.

Selon le coordonnateur du Centre de développement d'entreprises, André Lamoureux, plusieurs cédants évoquent la fermeture, faute de relève.

«Imaginez si 100 entreprises de 12 employés devaient en arriver là», souligne-t-il, histoire de démontrer l'enjeu économique du transfert d'entreprises.

Et quand ce n'est pas la fermeture, il y a cette tentation de vendre à des intérêts étrangers, fait-il remarquer. Or, l'un des buts recherchés par le swat team de la relève est justement de conserver la propriété de l'entreprise dans la région.

«Le transfert est un processus qui prend cinq ans et on doit y penser d'avance, d'où les services de sensibilisation, d'accompagnement, de référence et de formation», ajoute M. Lamoureux.

Banques d'entreprises et de releveurs potentiels, aiguillage vers les organismes et ressources du milieu, accès à un centre de documentation sur la relève d'entreprises: voilà autant d'atouts du centre pour les cédants et les repreneurs.

«L'idée est de dire à l'entreprise: as-tu pensé à ta relève?» résume simplement Fernande Boisvert.

Car, selon elle, la majorité des entrepreneurs de la région ne sont pas prêts à passer le flambeau, soit au plan technique, fiscal ou, encore, psychologique.

«Quand on a passé 20, 30 ou 40 ans de sa vie à construire une entreprise, ce n'est pas facile de passer les guides à quelqu'un d'autre. Il y a un cheminement qui doit se faire chez le dirigeant. Plus on attend, moins on a d'options, moins on a de scénarios possibles», signale-t-elle.

En ce sens, l'autre conseillère au Centre de transfert d'entreprises (CTE), Andrée Marchand, est d'avis que le processus doit être déclenché par autre chose que les problèmes de santé du dirigeant. Dans ses activités d'information, elle ne manque pas de rappeler aux gens que l'entrepreneur passe environ 30 000 heures à bâtir son entreprise... et près de huit heures pour planifier sa retraite.

«Il ne faut surtout pas se leurrer: une des principales causes susceptibles de bloquer ou de retarder la transmission de l'entreprise est l'absence de ressources financières suffisantes chez la relève», admet le duo au CTE. «Et le love money est plus difficile à avoir aujourd'hui», renchérit André Lamoureux.

Formation, accompagnement personnalisé, développement d'une attitude entrepreneuriale et constitution d'un bon réseau d'affaires: voilà autant de conseils pour préparer les jeunes à réussir ce tour de force, soit celui de prendre les rênes d'une entreprise.

«Le cédant doit consacrer du temps au futur repreneur potentiel, lui donner suffisamment l'information exacte pour que celui-ci puisse travailler avec des données précises dans l'obtention de son financement», fait-on remarquer.

Finalement, le trio considère que les intervenants économiques devraient cibler des projets porteurs pour la région et les subventionner avec des montants significatifs au lieu de parsemer le fonds d'investissement à plusieurs pour des petits projets qui montrent des signes d'épuisement au bout de quelques années.

«Il faut protéger nos acquis et travailler pour la relève au lieu de partir 56 affaires», conclut Fernande Boisvert.

 

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