D'entrée de jeu, le maire de Nicolet et préfet de la MRC de Nicolet-Yamaska, Alain Drouin, a fait la lecture d'une lettre dans laquelle il a exprimé la position du conseil des maires sur le sujet. Une position qui se résume à ceci: une demande de moratoire peut-être plus tard, mais pas maintenant.
Après avoir ainsi exprimé la position de la MRC sur le sujet, M. Drouin a invité le directeur général, Donald Martel, à faire lecture du projet de résolution sur lequel les membres du conseil des maires s'étaient entendus lors d'un caucus privé tenu plus tôt cette semaine.
Dès la lecture terminée, la résolution a été adoptée à l'unanimité des membres du conseil des maires et ce, avant même que le préfet n'ouvre la période d'échanges avec les gens dans la salle, tout à fait bondée pour l'occasion. Cette façon de procéder n'a pas manqué d'être décriée par les personnes présentes.
Dans sa résolution, la MRC dit reconnaître des avantages à l'exploitation des gaz de schiste, notamment au niveau de l'expansion du réseau de distribution et de l'utilisation de gaz naturel à des fins agricole, résidentielle, industrielle et institutionnelle.
Dans sa lettre remise aux médias, le préfet Drouin dit clairement que la MRC n'en est pas rendue à demander un moratoire car elle souhaite prendre connaissance des conclusions du BAPE avant d'envisager une telle demande.
«Dans les prochains mois, écrit-il, nous étudierons les conclusions du BAPE avec intérêt en espérant qu'elles seront crédibles et reconnues comme telles par la population. Nous ferons pression auprès du gouvernement pour que la nouvelle loi sur les hydrocarbures tienne compte efficacement des préoccupations manifestées par les citoyens et des recommandations du BAPE.»
La résolution mentionne en substance que dans la situation présente, la MRC se déclare contre l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste tant et aussi longtemps que le BAPE n'aura pas donné une avis positif crédible et qu'un projet de loi répondant aux demandes du BAPE et à celles de la MRC n'aura pas été adopté et mis en vigueur.
Enfin, la MRC s'engage à «se positionner officiellement sur l'éventuel projet de loi dans l'objectif de protéger les intérêts des citoyens du territoire».
Les quelque 110 à 125 personnes présentes, loin de se montrer satisfaites par cette prise de position, en ont mis plein les oreilles des élus durant l'heure qui a suivi, les seuls mots qu'ils étaient venus entendre étant: «demande de moratoire». Ils se sont aussi montrés très déçus qu'aucun élu à part le préfet n'ose prendre la parole pour donner son opinion.
Porte-parole du Comité vigilance gaz de schiste Nicolet-Yamaska, Jean Proulx a eu cette réflexion à l'intention des élus: «On espérait que notre comité ait une vie courte. Je pense qu'il va avoir une vie plus longue que prévu. Vous nous avez écouté mais vous ne nous avez pas entendus. Vous avez choisi de représenter la ministre Normandeau plutôt que vos citoyens. Moi, je dis que vous vous trompez. La seule position possible, c'est un moratoire et vous refusez de le faire. Je pense que vous faites fausse route. Vous allez nous revoir à l'autre conseil des maires, puis à l'autre, puis à l'autre.»
«Je ne vous comprends pas», a lancé à son tour Marc Saint-Arnault de Saint-Célestin.
Gilles Lajoie, lui, leur a dit: «Vous êtes témoins, ce soir, d'une grogne. Elle grandit. Elle grossit. Et elle va s'accentuer dans l'avenir.»
Pour sa part, Denise Gendron, ex-mairesse de Sainte-Monique, leur a demandé ce que la ministre Normandeau avait mis dans leur verre. «Je ne vous reconnais pas, leur a lancé cette ancienne collègue. Réveillez-vous! C'est le temps. Vous pouvez encore changer d'idée.»
Au terme de la rencontre, le Comité a invité les personnes présentes à se rendre au Centre des arts populaires afin de discuter de la suite des choses.
Observateur attentif dans le fond de la salle, Stéphane Gosselin, directeur général de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), n'est pas intervenu dans le débat.