Allô papa... c'est Céline

Céline ne voulait se dévoiler le visage devant... (Photo: Claude Gill)

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Céline ne voulait se dévoiler le visage devant la caméra.

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Claude Gill, collaboration spéciale
Le Nouvelliste

29 ans, toutes ses dents, française, elle se prénomme Céline. Mais ses jolis yeux bridés et sa svelte silhouette cachent bien difficilement ses origines coréennes.

Tout comme moi, Céline loge au StayKorea, maison de chambres ici à Séoul.

Adoptée par la poste alors qu'elle n'avait que deux ans, Céline est ici en vacances. Je lui mentionne qu'elle aurait dû choisir une destination plus chaude, mais bon elle voulait voir la Corée du Sud.

Alors que je déjeunais, je l'entends jaser avec Yuri, la jeune ménagère de la maison. En anglais et fortement accentué à la française, Céline lui demande ce que pourrait bien être un typique cadeau séoulien pour son père. Presque plate, son père ne boit pas, ne fume pas et n'apprécie pas les parfums. Yuri lui suggère donc un assortiment de fruits coréens.

Je dépose ma toast et me mêle à cette conversation féminine. «Hey Céline! tu ne pourras pas passer des fruits aux frontières» lui fis-je remarquer. «Non Claude, mon père habite ici à Séoul» qu'elle me répond. Je pousse ma toast derrière ma barbe de cinq jours pendant que la confusion vient se coincer dans ma petite cervelle.

Sling!, deux nouvelles toasts sautent du toaster à mon assiette. Bang!, Céline me déballe sa sacoche.

C'est alors que Céline me révèle qu'il y a deux jours, en compagnie de son copain Émerique et d'une interprète, qu' elle est allée sonner à la porte d'un homme. Une porte ici à Séoul. Un homme dont elle n'a aucun souvenir, ne sachant à quoi il ressemble et ne connaissant rien de lui... son père.

Oups... j'échappe ma toast sur le plancher.

«Est-ce que cet homme attendait ta venue?», que je demande à Céline. «Non», qu'elle me répond. Alors que je me cramponnais tant bien que mal à la table à manger, j'imaginai son père tomber en bas de ses rotules. Ce ne fût pas le cas. Céline m'expliqua qu'il devait bien se douter qu'un bon mercredi elle réapparaîtrait. Aucune larme, seulement qu'une froide accolade comme les pères savent le faire.

Ah bon! «Est-ce que ça s'est bien passé à tout le moins?», ai-je réussi à lui demander avec un trémolo dans la voix. «Si, si, c'était correct vu les circonstances», qu'elle me répondit. C'est alors qu'elle m'a raconté cette histoire toute particulière entre une fille et son père qui étaient des inconnus l'un pour l'autre. Elle a appris un tas de choses lors de cette brève rencontre de moins d'une heure.

Céline m'expliqua qu'en arrivant chez son incognito de papa, l'interprète dans ses petits souliers a vu ses bras rapetisser au moment d'appuyer le coup fatal sur la sonnette de l'entrée. Une femme répondit et l'interprète demanda à rencontrer monsieur Chose. Monsieur Chose se pointa à la porte.

Tout de même un peu embarrassé, monsieur Chose a su répondre aux questions de Céline... sa fille.

Pourquoi papa?

C'est que voilà 27 ans monsieur Chose est tombé amoureux de la dame qui a répondu à la porte. Et semble-t-il qu'en Corée quand on veut refaire sa vie, on doit faire table rase du passé. À tout le moins, c'est ce que la dame de la porte avait fermement exigé à l'époque.

Monsieur Chose fortement amoureux de madame Laporte fût donc contraint de laisser Céline à la crèche. Madame Laporte qui assista à la rencontre ne semblait pas trop mal à l'aise selon Céline.

Céline apprit qu'elle avait un frère issu de la première couche quelque part on ne sait où sur cette planète. Mais son père ne cessant de semer, il est d'ailleurs le papa d'un autre fils et d'une autre fille maintenant agés dans la vingtaine avancée. La fille est aussi la maman d'un jeune garçon et d'une jeune fille. Ce sont les fruits des nuits à dormir ensemble de monsieur Chose et de madame Laporte. En quelques minutes, Céline se retrouve maintenant avec un frère, un demi-frère, une demi-soeur, un demi-neveu, une demi-nièce et une belle-mère en prime. Ha oui, il y a aussi un papa...

Les parents adoptifs de Céline, des Parisiens, ne sont pas au courant des recherches de leur fille. Anyway, elle me confia être en brouille avec ses parents adoptifs depuis quelque temps.

Ouin... je vais mettre des confitures sur mes toasts et du brandy dans mon café. Peut-être que de cette manière je réussirai à terminer mon repas du petit matin qui se voulait relax et ordinaire.

Les deux ou trois jours suivants je n'ai pas revu Céline. Pas vrai. Je l'ai revue, mais toujours comme un éclair à franchir la porte de sortie. Je n'ai pu lui causer à nouveau.

Mais ce matin, dimanche matin, après ma messe dominicale, toujours en m'empiffrant de nouvelles toasts, je la vois passer entre moi et mon assiette. J'échappe encore une toast sur le plancher. Avec ses grosses valises sous les bras et son Émerique accroché à ses belles fesses, j'essaies de lui parler. Elle semble encore courir après le temps.

Pendant qu'elle se chausse à la porte, je réussis à lui glisser quelques mots. Je lui demande si elle est passée chez son père, monsieur Chose, pour lui laisser ses fruits en cadeau. Elle me répond que oui... mais il était absent. Ah bon!

Mais ce matin elle semble encore plus pressée que les derniers jours. Je croyais qu'elle ne devait retourner chez elle que demain. Elle me signifie qu'effectivement son départ pour la France est demain matin.

«Mais alors ma chère Céline, qu'est-ce qui te fais courrir autant depuis ces derniers jours?»

«Je cherche ma mère» qu'elle me répondit.

Ha ouin... je n'y aurais pas pensé...

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