Ésimésac: une fantaisie particulièrement pertinente

Luc Picard, à gauche et René-Richard Cyr interprètent...

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Luc Picard, à gauche et René-Richard Cyr interprètent deux des principaux personnages d'Ésimésac, le nouveau film basé sur un scénario de Fred Pellerin.

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François Houde
Le Nouvelliste

Le succès populaire de Babine il y a quatre ans, a rendu possible un autre film basé sur un scénario de Fred Pellerin inspiré de ses contes. S'il y a une justice, il faudrait qu'Ésimésac connaisse plus de succès encore que Babine tout simplement parce que c'est un meilleur film.

Les concepteurs ont su tirer de la première expérience et corriger le tir. Là où c'est le plus évident, c'est dans la facture visuelle. On a filmé ce Saint-Élie en extérieur, ce qui change beaucoup de choses.

De son côté, Fred Pellerin a écrit un scénario plus solide reposant sur une seule trame solide plutôt que sur plusieurs petites cousues ensemble. On a conservé ce qui a constitué les forces de Babine: les interprètes, la narration de Fred, ses bons mots. On y a ajouté un propos plus intelligent et plus ancré dans le réel également.

Dans ce Saint-Élie imaginaire, à une époque indéterminée et sans importance, on retrouve Ésimésac Gélinas, un homme à la force herculéenne mais qui n'a pas d'ombre. Or, le village connaît la misère.

Les villageois n'ont rien à manger. Ésimésac propose qu'on se regroupe pour faire un jardin communautaire, plus susceptible d'apporter les légumes dont tous ont besoin. Mais parallèlement, se pointe au village un sombre homme d'affaires qui vient annoncer qu'un chemin de fer est en construction et qu'il arrivera bientôt dans la région. Et si des hommes du village acceptent de travailler à son édification, il se pourrait bien que le chemin de fer passe par Saint-Élie, apportant la prospérité au village.

Le projet détourne donc plusieurs villageois, dont Ésimésac, du jardin communautaire pour les promesses de prospérité apportée par le chemin de fer. Certains interprètes sont délicieusement déjantés. Je pense à Marie Brassard, dans le rôle de la mère Gélinas mais surtout, au magnifique René-Richard Cyr en Méo, le coiffeur porté sur la bouteille. Mais leur fantaisie se heurte à l'interprétation réaliste de Luc Picard en Toussaint Brodeur, Isabel Richer, en sorcière ou Nicola-Frank Vachon, le nouveau-venu qui interprète Ésimésac. Le film est évidemment truffé de bons mots d'esprit bien que certains m'ont semblé carrément inutiles.

La photographie est magnifique et certaines scènes, comme celles du chantier de construction du chemin de fer, sont superbes. Le propos du film est on ne peut plus actuel et pertinent. Il soulève quelques enjeux, certains personnels, d'autres, sociaux, qui sont au centre de notre vie collective et pose des questions fondamentales. Tout cela est traité avec une belle intelligence. C'est du Fred Pellerin. Les effets spéciaux sont impressionnants et très réussis parce qu'ils sont simplement mais complètement au service du récit.

Curieusement, même s'il s'agit d'un film foncièrement différent de Babine, Ésimésac m'a laissé la même impression que l'autre: c'est un très agréable divertissement mais un film auquel je n'arrive pas à adhérer complètement. L'équilibre précaire du film sur la clôture branlante qui sépare la fantaisie du réalisme m'a laissé ambivalent.

Luc Picard a insisté pour justifier le réalisme de son approche en disant qu'elle était nécessaire pour qu'on ne passe pas à côté de l'enjeu moral de son film posé dans la puissante scène finale. Il me semble qu'on n'aurait pas pu passer à côté, quelque fantaisiste qu'ait pu être son approche.

Certes le cinéma n'est pas la scène et les adaptations au grand écran n'auront sans doute jamais le pouvoir magique des contes de Fred Pellerin, mais je persiste à croire qu'en utilisant une force du cinéma, sa capacité à créer la fantaisie, on pourrait s'en rapprocher davantage.

Par ailleurs, le côté moralisateur m'a semblé trop appuyé, comme si on n'avait pas confiance que le public sache tirer les bonnes leçons de ce riche récit.

Ésimésac nous fait passer un bon moment au cinéma. Il témoigne cependant du dilemme de transposer efficacement la magie orale de Fred Pellerin sur un écran. Est-ce un film à voir? Bien sûr. Un film exceptionnel? Non.

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