Inch'Allah: la guerre dans les yeux des victimes

Les scènes fortes se succèdent dans Inch'Allah comme... (Photo: Films Séville)

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Les scènes fortes se succèdent dans Inch'Allah comme celle-ci mettant en vedette Évelyne Brochu et Yousef Sweid.

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François Houde
François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On connaît le conflit israélo-palestinien. Enfin, on en connaît vaguement certains des plus importants enjeux et on nous relate les événements qui marquent ce conflit qui n'a pas de fin. Réussissait-on à comprendre l'essentiel des très complexes enjeux politiques qu'on en occulterait quand même l'essentiel: les drames humains dont il est responsable.

Inch'Allah, le dernier film de la réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette nous plonge dans cette marmite en ébullition.

Elle a choisi le personnage de Chloé, une obstétricienne québécoise qui travaille pour une organisation humanitaire dans une clinique à l'intérieur d'un camp de réfugiés palestinien tout en habitant en territoire israélien. Elle doit donc, quotidiennement, traverser la frontière entre les deux territoires, se soumettre aux contrôles militaires. Changer de vie. Son équilibre émotionnel est rendu d'autant plus délicat qu'elle a des amis des deux côtés de la frontière.

Alors que les attentats se multiplient et génèrent des représailles sanglantes et cruelles qui font grimper une tension de plus en plus insoutenable, Chloé peut-elle vraiment, comme elle le souhaite, rester neutre?

Anaïs Barbeau-Lavalette a choisi de traiter l'horreur par les yeux des êtres à travers le quotidien desquels on discerne le grand conflit. Ce choix, parfaitement légitime et même fort pertinent, l'obligeait à trouver à tout le moins des interprètes très forts pour porter le poids de sa subjectivité assumée. En Évelyne Brochu, Sabrina Ouazani et Yousef Sweid, par exemples, elle a assurément trouvé les porteurs de flambeau qu'il lui fallait.

Évelyne Brochu domine la distribution malgré son jeune âge mais elle a une relation privilégiée avec la lentille qui l'aime d'amour. Au cinéma, elle a un charme qui fait disparaître l'écran mais on l'avait surtout vue dans des rôles plus mineurs jusqu'ici. Des rôles qui s'enrichissaient de son charisme particulier. On lui en demande ici beaucoup plus dans le registre du drame, de l'incompréhension, de la perte de contrôle, du désespoir. Elle assume tout ça admirablement, jamais écrasée par la mise en scène ou la caméra qui se colle littéralement à son visage dans un très grand nombre de gros plans.

Les interprètes sont tous impeccables et parfaitement dirigés. Ils portent le film. Par contre, la réalisation s'égare parfois. À trop vouloir imposer son point de vue intimiste, Barbeau-Lavalette m'a personnellement largué en cours de route. Son film est pourtant fort, d'un réalisme cru, son scénario présente un arc dramatique puissant, bouleversant et dessiné avec exactitude et minutie.

Il n'est pas vain de mentionner que la réalisatrice et scénariste a vécu dans ce coin du monde et qu'elle a même étudié les sciences politiques à l'université Birzeit en territoire palestinien. Elle connaît intimement ce monde et le partage avec autant de justesse et de rigueur que d'émotion.

Mais par trop d'effets visuels comme la caméra à l'épaule, les multiples plans serrés, les séquences esthétiques insérées ici et là qui ne nourrissent pas vraiment son récit, elle amoindrit l'efficacité de son film. En fait, on sent la réalisation trop lourde, trop présente et nous éloigne ainsi de l'histoire qu'elle raconte. Oui, c'est un drame qu'elle veut humain, mais il l'aurait été tout autant, et même davantage, si elle n'avait répété les gros plans des visages pour marquer l'émotion de ses personnages ou les séquences de caméra à l'épaule pour marquer la tension et nous plonger dans le quotidien exalté de ces gens. Marquer la folie de leur monde.

Les spectateurs ont, plus souvent qu'on ne le pense, la capacité de ressentir ces choses sans qu'on ne le leur dicte, simplement par la magie d'une histoire bien racontée dans une mise en scène plus sobre. D'autant que cette histoire-ci est bien ficelée même si, à l'occasion, la ligne directrice devient floue. Aurait-on pu en couper quelques minutes sans nuire à l'impact, sans omettre quoi que ce soit d'important? Je le crois.

Je me dois cependant de signaler cet extraordinaire et méritoire tour de force par lequel Barbeau-Lavalette arrive à s'impliquer totalement sans prendre parti dans le conflit. Comme quoi la guerre n'est pas qu'affaire de tort ou raison mais folie humaine. Ne serait-ce que pour la lucidité de cette réflexion qu'il offre, le film vaut d'être vu.

Ça reste un film fort et fascinant qui nous plonge comme aucun autre que j'aie vu dans une réalité troublante mais pourtant bien réelle. La reconstitution du camp, bordé par son mur et une décharge, est, à elle seule, poignante. Le pari global n'est, somme toute, pas totalement réussi, malheureusement, mais c'est un pari qu'il fallait sans aucun doute tenter et qui mérite d'être vu même s'il ne comble pas toutes les attentes.

Et qui sait, d'ailleurs, s'il ne comblera pas les vôtres?

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