Le dernier de Paul Arcand, Dérapages, fait l'objet d'une campagne de visibilité monstre depuis quelques semaines et son sujet, les jeunes et la conduite automobile dangereuse, devrait interpeller énormément de monde.
Le premier film de Paul Arcand, Les voleurs d'enfance, était marqué par les histoires humaines douloureuses qu'il racontait, de façon dépouillée. Québec sous ordonnance, sur l'abus de médicaments chez les Québécois, était plus aride. Cette fois, le documentariste reprend une approche sensible et humaine en osant aller plus loin dans l'émotion. À moins que ce ne soit le sujet qui l'exige. Reste que c'est un document percutant, troublant et émouvant. On sort du film sonné, résultat d'un cocktail fait d'accidents violents et d'histoires humaines déchirantes rendues plus bouleversantes parce qu'on les sait vraie.
Paul Arcand a rencontré les proches des jeunes victimes d'accidents, recueilli leurs témoignages. Il est rapidement devenu évident dans le processus que c'est par le biais des histoires humaines prises en direct que son film pourrait atteindre l'objectif d'interpeller les jeunes, à défaut de changer radicalement leurs comportements, une mission dont tous conviennent qu'elle est utopique. Le film a d'ailleurs cette honnêteté de ne pas s'appuyer sur des jugements moraux et de montrer que même pour des proches des victimes, les comportements ne changent pas forcément.
Tout cela est monté avec, à l'occasion, une étonnante vigueur, du dynamisme, des effets spéciaux, une musique d'ambiance pour recréer les environnements dans lesquels les jeunes sont souvent plongés au moment de commettre des bêtises routières. Par contre, Dérapages ralentit suffisamment pour écouter les témoignages qui l'exigent. Ce n'est pas du journalisme à proprement parler: le réalisateur se donne une certaine licence pour donner du punch à son sujet sans pour autant éluder toute rigueur. Arcand a évité les litanies de statistiques et les témoignages d'experts, ce qui nous épargne un prêchi-prêcha qui aurait, c'est vrai, alourdit le tout inutilement.
On a cependant droit à la présence de Jacques Villeneuve justifiée par son essai, en conduite réelle, d'une voiture modifiée comme en conduisent beaucoup de jeunes chauffards. Ses opinions sur la conduite des jeunes, par contre, ne nous éclairent pas.
Les tournages avec des policiers en patrouille pour nous faire vivre la réalité de la route sont pertinents. Mais ce qui fait ce documentaire, ce sont les histoires avec les proches ou les victimes d'accidents. Leurs souffrances, les circonstances des accidents, l'absurdité de la réalité, la bêtise du système, tout ça nous bouleverse.
L'approche est-elle racoleuse? Pas trop. On insiste un peu sur le témoignage déchirant d'une jeune mère qui a perdu sa toute petite fille happée par un chauffard, dans la cour de la maison de sa gardienne mais c'est que le comportement du jeune au volant était inacceptable et pourtant caractéristique de ce qu'on voit trop souvent. Non, tous les jeunes ne sont pas des imbéciles fous de vitesse mais les 16-24 ans demeurent surreprésentés dans les accidents de la route et il convient qu'on s'y attarde. Cela dit, le document interpellera tout le monde, adultes comme adolescents.
Le documentariste ne donne pas non plus de réponse au problème parce qu'il a l'honnêteté d'admettre qu'il n'en existe pas. Il présente diverses mesures mises de l'avant un peu partout dans le monde et suggère que la voie la plus pertinente pour améliorer la situation demeure, sans doute, l'implication intelligente des parents.
On sort de tout ça nettement plus ébranlé que révolté, mais l'impact est réel. Assez pour empêcher quelqu'un de conduire après avoir bu ou l'empêcher de commettre des excès de vitesse? On ne sait pas. N'empêche, on souhaite que tous les jeunes conducteurs, et les plus vieux aussi, voient ce film.