La recette de Saint-Tite

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau était... (Sylvain Mayer)

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Le premier ministre du Canada Justin Trudeau était de passage au Festival western de Saint-Tite vendredi.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / C'est évidemment un exploit que peu d'événements parviennent à réaliser. Mais ce qui l'est davantage encore, c'est qu'on le sent plus puissant que jamais, plus populaire, plus actuel, ce qui peut paraître dans son cas paradoxal, compte tenu de sa nature.

Si en 1967, quand quelques braves animés par les frères Boulet décidèrent d'organiser un petit rodéo sur le terrain de baseball, on ne pouvait nourrir aucune prétention sur l'avenir de l'activité et encore moins sur l'ampleur qu'elle atteindrait.

Bon an, mal an, le Festival western de Saint-Tite attire dans les limites de la petite municipalité de 4000 habitants autour de 600 000 personnes. Ça devrait aller au-delà des 650 000 cette année, pour sa 50e édition. 

On ne se pose plus la question si c'est une réussite d'exception. En dehors de Québec, mais surtout de Montréal, qui disposent d'une forte clientèle de proximité, il ne se trouve pas d'autres événements dans l'ensemble du Québec qui approchent l'envergure atteinte par le Festival western de Saint-Tite. Il a déjà remporté le prestigieux prix Or dans la catégorie Festivals et événements touristiques du Québec dont le budget d'exploitation est supérieur à 1 million $. Le plus grand parmi les plus grands. 

On parle d'un événement de masse. Mais le festival s'est en même temps taillé une place prestigieuse dans l'univers nord-américain des rodéos. On ne s'étonnera pas que les visiteurs de Calgary, il en vient chaque année, éperons prêts à frapper, en perdent leur chapeau devant l'animation vive et très latine des grandes estrades et l'atmosphère festive, mais résolument country, du coeur de Saint-Tite.

Avant tout, il faut savoir que le festival détient fermement le titre de Meilleur festival western de l'Est de l'Amérique du Nord, ce qui est incontestable, mais en plus, et cela depuis des années, celui de Meilleur rodéo extérieur en Amérique du Nord, devant des états profondément country comme l'Alabama, le Wisconsin, le Texas...

Fallait le faire. Cela n'est pas arrivé tout seul. 

Le plus grand défi que le Festival western a su relever au fil des ans et de sa persévérance, c'est peut-être celui de mériter un respect généralisé. Certes, il en a traversé des crises difficiles, sur le plan économique ou même existentiel. Mais il a aussi beaucoup fait l'objet de moquerie. 

Il a souvent été pris de haut. On l'a traité de quétaine, de western-poutine et ses rues chargées de stands de toutes sortes de produits, des chapeaux de cow-boy en plastique en passant par des lunettes de soleil, des ceintures de cuir, des bobettes à bon marché ou même des crèmes miracles pour n'importe quoi, de grand souk. Il faut dire qu'en plus, le teint des vendeurs-harangueurs s'y décline dans toute la gamme des basanés qui d'évidence, ne sortent pas d'un ranch de l'Ouest américain. 

On a même, avec un mépris certain, parlé de Festival de la crotte... parce que cela allait de soi qu'à un moment où l'autre, on allait forcément mettre les pieds dedans... dedans une belle flaque grasse et fraîche de crottin de cheval. 

Les odeurs des bassins d'huile et de plaques à frire, la tonitruance des sons qui fusent de partout , le murmure de la foule, tout cela concurrence les effluves d'écuries. On est à Saint-Tite et à un festival western. Tant pis pour les urbains au nez trop fin avec escarpins aux pieds. 

C'était vrai hier, mais c'est justement ce que le festival, qui se permet maintenant d'aller présenter avec applaudissements un spectacle-rodéo au coeur de Montréal, a surmonté. On est loin des 6000 amateurs de chevaux qui avaient bravé la pluie en 1967 pour assister à un modeste spectacle de cow-boys, en rien de comparable à ce qui se faisait dans l'Ouest.  

On ne parle plus de western-poutine, ni même de cow-boys de macadam pour désigner les visiteurs, qui à 80 % proviennent de l'extérieur de Saint-Tite, mais aussi de la région, du Québec et même de l'extérieur du Canada. 

Sous les chapeaux de cow-boys, on ne sait plus aujourd'hui qui s'y dissimulent. C'est le grand happening annuel au nord-est de l'Amérique du Nord de ceux qui veulent vivre en immersion l'esprit et la culture western et country et on ne se pose pas la question de qui est sous le chapeau, citadin ou rural, riche ou modeste, vrai cow-boy ou cow-boy dans l'âme.  

Comme ces chevaux et ces fiers taureaux qu'il appartient aux compétiteurs des grandes estrades de vaincre l'espace d'un moment, le Festival western de Saint-Tite est parvenu à apprivoiser toutes ses clientèles, même les plus distantes au départ à son endroit. 

Peu importe les idées préconçues qu'on peut entretenir, il suffit d'aller une fois, une seule fois au Festival western de Saint-Tite pour en devenir plus que mordu. Accro.

Il y a 10 000 caravanistes qui s'y installent chaque année, plutôt tôt que tard. C'est comme une drogue. La preuve en est qu'une étude a déjà démontré qu'en moyenne, les visiteurs passent près de quatre jours à Saint-Tite et qu'ils en sont généralement à leur dixième fréquentation du festival. Que 99% d'entre eux prévoient y revenir encore n'est donc pas une surprise.

Le Festival western de Saint-Tite, c'est, dit-on, une belle et grande expérience de dépaysement. Vraiment? Pourquoi alors s'y sent-on si à l'aise et si chez-soi? Si Saint-Tite ne faisait que nous révéler à soi-même. S'il ne faisait que forcer à redécouvrir notre simplicité et à nous replacer dans notre naturel. S'il ne permettait à chacun, le temps du moment, que de se réconcilier avec son vrai soi. C'est peut-être là le mystère du Festival western de Saint-Tite et le sentiment très fort qu'il est parti pour un autre cinquante ans. De nos jours, 50 ans, c'est jeune.

Coup de coeur

À Kruger, la dernière papetière à s'être installée en Mauricie et qui fait ce qu'il faut, avec un nouvel investissement majeur, pour y demeurer encore longtemps. 

Coup de griffe

S'ils étaient pris de tentation cynique, les électeurs de Louis-Hébert pourraient élire le candidat de... Québec solidaire.




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