En attendant la Meute à Rambo

Bernard Gauthier... (La Presse)

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Bernard Gauthier

La Presse

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quand la crise d'octobre a éclaté au début des années 1970, un peu tout le monde au Québec s'est mis à scruter le voisinage dans l'espoir d'y repérer un ou deux felquistes, idéalement une cellule au complet.

Comme si un peu partout, on avait le goût d'avoir peur de quelque chose ou de quelqu'un ou d'avoir le sentiment de faire partie du moment. 

Les gauchistes, avec la force montante de leurs idées dans la société, avaient évidemment eu la cote de la suspicion.

À Trois-Rivières, on avait fait de gros efforts pour se convaincre de la présence d'une cellule felquiste. Mais tout le monde en a été contraint à se résumer à soupçonner quelques sympathies révolutionnaires chez un grand barbu portant sandales, arrivé en ville dont on ne savait d'où, qui avait tenu quelques propos publics provocateurs et qui s'était entouré de jeunes. Un agitateur patenté, si cela existait. 

À l'exception de quelques bravades publiques, il ne s'est jamais rien passé et un beau jour, notre homme a disparu aussi subrepticement qu'il était apparu.

S'il devait y avoir aujourd'hui une chasse au radical, c'est plutôt du côté des mouvements de droite qu'il faudrait probablement chercher. Comme cela s'était produit un peu partout dans le monde avec la montée gauchiste, on voit maintenant se multiplier les mouvements d'extrême droite. 

Le Québec n'y échappe pas. On assiste à la création, au gré des besoins et des occasions, de nombreux groupements perçus comme fascistes, d'un esprit raciste qui se réclame souvent de la suprématie blanche, au minimum d'un nationalisme pur et dur. Qu'on repousse à la mer ou qu'on refoule dans le melting pot américain tous ceux qui ont la peau noire, brune, jaune, rouge ou qui pratiquent une religion différente de celle qu'on ne pratique plus, surtout si elle est musulmane.

On a vu des Québécois radicaux d'extrême droite participer cette semaine aux manifestations de Charlottesville et en revendiquer avec fierté une implication active.

Il y a probablement en région un certain nombre de personnes membres de la Meute, le plus connu des groupes québécois d'extrême droite anti-toutes sortes de choses.  Il y a assurément en Mauricie et au Centre-du-Québec bon nombre de sympathisants puisque le site Facebook du groupe compte 40 000 «amis». Il y en a probablement plus encore dont la pensée politique penche dans ce sens. 

La Meute organise dimanche une manif dans la région de Québec. On verra si les anarchistes et les gauchistes iront leur faire comme promis la contrepartie et si à travers le déluge d'insultes que de telles confrontations génèrent, on se lancera par la tête des bouteilles glacées ou toutes sortes de projectiles.

On ne devrait pas pour autant dans la région craindre quoi que ce soit et commencer à se méfier de tous les gros bras qu'on croise ou de tous les porteurs de t-shirts imprimés de têtes de mort, de croix gammées ou de slogans violents, pas plus que des tatous méchants. C'est souvent plus mode que révolutionnaire. 

Même politiquement, on est encore loin d'un parti politique radical comme le Front national de Marine Le Pen où à élire un Donald Trump.  

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas dans l'électorat québécois un réel glissement vers les partis de droite. Encore qu'une formation comme la CAQ peut être considérée comme légèrement de droite et le Parti libéral du Québec, comme du centre-droit. Il n'y a encore rien à l'autre bout du spectre, à moins que notre Rambo national, qui est un membre de la Meute, ne sorte de leur niche une centaine d'aboyeurs pour être candidats de son parti aux prochaines élections.

Dans le gros de l'électorat, on s'en tient pour l'instant  à la droite tranquille.

L'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois à Québec solidaire a certes  fait grimper le membership du parti, mais cette gauche avec le centre-gauche que peut incarner le Parti québécois, sont nettement minoritaires dans les intentions de vote.

D'un sondage à l'autre et le dernier de Mainstreet le confirme, alors que QS et PQ font à peine au total dans les 40 %, le PLQ et la CAQ voisinent ensemble dans les 50 % des intentions de vote. 

Dans la région, pour l'instant, c'est assez tranché. Au Centre-du-Québec, toutes les circonscriptions sont détenues par des caquistes alors qu'en Mauricie, il n'y a que des libéraux. 

N'empêche que Donald Martel, le député de Nicolet-Bécancour est de plus en plus convaincu que ses troupes caquistes vont emprunter le pont Laviolette aux prochaines élections et s'emparer de la Mauricie, enfin d'une bonne partie de la Mauricie.

Cela pourrait paraître un peu téméraire. L'ADQ de Mario Dumont, qui demeure la base de l'actuelle CAQ, avait quand même remporté en 2007 quatre des cinq circonscriptions mauriciennes. 

Il y a donc un potentiel électoral plus que plausible pour la CAQ qui, à l'instar de Québec solidaire, qui ne menace cependant que le PQ, gagne des points dans l'électorat. C'est dire. C'est la gauche caviar et la droite pépère qui prospèrent. 

Dans un contexte de glissement vers les idées de droite, la droite gentille améliore ses chances au Québec de faire bonne récolte.

Ça serait quand même un bon divertissement, ne serait-ce qu'en réplique à GND et à ses coreligionnaires, de voir apparaître un parti diamétralement opposé comme la Meute pourrait en constituer un, avec son langage cru, ses idées carrées fascisantes et ses biceps gonflés qui parlent encore plus fort.

Il ne resterait plus aux médias du coin qu'à dénicher le révolutionnaire Rambo régional.

Coup de griffe: C'est ce que mériterait l'imbécile qui a arraché cette semaine la clôture sur laquelle s'accumulaient fleurs et toutous à la mémoire de la petite Cédrika... un solide coup de griffes, mais de griffes bien acérées qui rentrent creux dans la peau.

Coup de coeur: À tous ces commerçants de Shawinigan qui participent au «buckett challenge» afin de regarnir, à la veille de la rentrée scolaire, les tablettes de provisions du Centre Roland-Bertand, dont l'inventaire avait été détruit par un dégât d'eau.




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