Cul sec au sud, à sec au nord?

Dans l'enquête de CROP réalisée pour ÉducAlcool, on ... (François Gervais)

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Dans l'enquête de CROP réalisée pour ÉducAlcool, on  apprend que près de la moitié des conducteurs (46 %) ont croisé ou vu un tel barrage au cours des douze derniers mois. Pour l'ensemble du Québec, c'est beaucoup moins: 33 %. Ça incite à la prudence et avec les complications que cela crée et les coûts engendrés quand on se fait prendre, on peut penser qu'en Mauricie, on n'a finalement pas les moyens, pour bon nombre, de courir un tel risque.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il arrive parfois qu'il faille se pincer pour le croire.

Dans son enquête annuelle sur le comportement des Québécois à l'égard de l'alcool, ÉducAlcool se fait élogieux à l'endroit des Mauriciens parce qu'ils consommeraient «de manière plutôt équilibrée et généralement modérée». 

Les buveurs mauriciens ne représenteraient que 74 % de la population régionale, ce qui est nettement en deçà de la moyenne québécoise qui est à 82 %.

L'organisme est beaucoup moins flatteur envers les Centriquois dont les conducteurs «ne sont pas un exemple à suivre», commente-t-on. On n'ira pas jusqu'à suggérer qu'on roule «ben rond» sur les routes du Centre-du-Québec, mais il reste qu'à 12 % qui admettent avoir conduit leur véhicule après avoir consommé de l'alcool au-delà de la limite permise, c'est le double de la moyenne québécoise.

Alors que sur la rive nord plus de la moitié des conducteurs (53 %) affirment n'avoir jamais pris une goutte de boisson avant de conduire leur véhicule et seulement 4 % confessent l'avoir fait en dépassant la limite du taux d'alcoolémie. 

Comme si ce n'était pas assez, les Mauriciens jugent que la limite de .08 n'est pas assez sévère, qu'on devrait être plus strict et en conséquence, qu'on devrait abaisser le taux légal d'alcool pour conduire. Une personne sur cinq considère que c'est criminel de conduire après avoir pris... un seul verre.

Au sud, c'est l'inverse. Une partie de la population (5 %) trouve même que la limite actuelle est trop sévère. Une opinion partagée par seulement 2 % de la population québécoise.

On peut se demander quel est l'état d'esprit des citoyens de Bécancour, de Nicolet, de Saint-Pierre-Les-Becquets, de Sainte-Eulalie ou de Saint-Léonard-d'Aston. Il est vrai que le Centre-du-Québec comprend aussi des villes comme Victoriaville ou Drummondville.

Mais on peut aussi se demander comment les Mauriciens peuvent s'être forgé une image d'un tel angélisme dans leur rapport avec l'alcool. À vue, on n'a jamais eu cette impression-là.

Les Mauriciens ont pourtant tout ce qu'il faut pour justifier des propensions à se réfugier dans l'alcool. 

D'abord, on les décrit comme vieillissants (parmi les plus vieux au Québec). Ça laisse du temps pour consommer. Il faut bien tuer le temps. Ça ne serait pourtant pas le cas. Ils sont aussi parmi les plus pauvres du Québec. On le sait. On y dépend des chèques gouvernementaux plus qu'ailleurs. Mais en plus, qu'on travaille ou pas, le revenu moyen ou médian, par ménage ou par personne, est toujours au plus bas des régions du Québec. 

Les Mauriciens doivent bien avoir là quelques déprimes ou frustrations à noyer dans l'alcool, quelques misères à neutraliser à travers des libations. Ils disent que non et il nous faut présumer qu'ils ne sont pas menteurs sur la question.

Il leur arrive pourtant de se proclamer «bienheureux» et n'hésitent pas à classer des villes comme Trois-Rivières et Shawinigan dans le top 10 des villes québécoises du bonheur.  

Ils semblent avoir l'euphorie facile. On se demande bien pourquoi ou comment ils y arrivent. Tout cela est un peu suspect et il faudra bien pousser quelques études sociologiques pour élucider tout ça. 

Le bonheur serait dans quoi au juste? Dans le Saint-Maurice? 

On peut obtenir un début d'explications, au moins sur leurs bonnes habitudes de conducteurs responsables. Les Mauriciens sont les plus exposés à franchir un jour un barrage policier où l'on vérifie leur taux d'alcool.

Dans l'enquête de CROP réalisée pour ÉducAlcool, on y apprend que près de la moitié des conducteurs (46 %) ont croisé ou vu un tel barrage au cours des douze derniers mois. Pour l'ensemble du Québec, c'est beaucoup moins: 33 %. Ça incite à la prudence et avec les complications que cela crée et les coûts engendrés quand on se fait prendre, on peut penser qu'en Mauricie, on n'a finalement pas les moyens, pour bon nombre, de courir un tel risque.

Les Centriquois, eux, voient beaucoup moins de barrages policiers. Ce qui pourrait expliquer qu'ils hésitent moins à chauffer leur véhicule plus que pompette.

Si la surveillance policière apporte un peu de compréhension dans les différences de comportement entre les conducteurs de la Mauricie et ceux du Centre-du-Québec, ça n'explique pas tout.

Pour des raisons obscures, au sud, on trinque plus et plus solidement (du moins on l'avoue) que de l'autre côté du fleuve. Au sud, c'est presque un consommateur sur cinq qui reconnaît boire de façon excessive au moins une fois par mois et même pour certains, deux à trois fois par mois. L'excessif, c'est cinq verres ou plus dans une journée.

Il y a quand même des points communs. Au sud comme au nord, on boit avant tout à la maison ou chez des amis. Dans les deux cas, la boisson préférée est le vin, 32 % au sud et 29 % au nord, avant la bière, 24 % au Centre-du-Québec et 27 % en Mauricie.

Mais là où il y a une grande égalité, qui peut même surprendre de la part des sudistes, c'est que 98 % des Mauriciens et des Centriquois connaissent le slogan, «La modération a bien meilleur goût». Mais connaître un slogan et le mettre en pratique, il reste parfois un grand pas à franchir.

Coup de griffe: À nos amis Français qui ont été contraints de célébrer leur fête nationale de libération de la monarchie avec un empereur américain autoproclamé, Donald Trump. 

Coup de coeur: Bons succès à Julie Payette, mais à la condition qu'elle reste sur terre en ne se prenant pas pour une reine.




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