Un Chrétien parmi les siens

Jean et Aline Chrétien... (Sylvain Mayer)

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Jean et Aline Chrétien

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / «Mon pays, c'est le Canada. Ma province, c'est le Québec. Ma religion, c'est catholique (j'ai pas le choix, je suis Chrétien). Ma région, c'est la Mauricie et ma ville, c'est Shawinigan.»

On peut penser que jeudi, l'ex-premier ministre Jean Chrétien était plus Shawiniganais que nature, tellement il se sentait chez lui, tellement il semblait à l'aise et tellement il se plaisait à badiner avec tout le monde.

Avec son épouse Aline, Jean Chrétien assistait à l'inauguration de son musée réinstallé à l'intérieur du Centre de sciences de la Cité de l'énergie. Il était jusque-là situé à Espace Shawinigan, ce qui était moins pratique pour les visiteurs. 

Le «Musée du premier ministre Jean Chrétien, le Canada dans le monde», c'est comme cela qu'il s'appelle, sera dorénavant beaucoup plus accessible et fréquenté par les quelque 100 000 visiteurs qu'accueille chaque saison la Cité.

Si Jean Chrétien semblait prendre ses libertés, il faut reconnaître que la langue de bois n'a jamais été sa caractéristique. Il a toujours dit les choses carrément et avec simplicité... pour se faire comprendre de tout le monde, et tant pis si on ne partage pas son point de vue.

Il n'y a vraiment pas échappé jeudi quand les journalistes lui ont demandé son opinion sur Donald Trump. «Je n'aurais évidemment pas voté pour lui... Alors, il faut s'en accommoder», a-t-il suggéré, forcément conscient que son commentaire allait faire du chemin médiatique.

L'homme, on le sait, est capable de prendre ses distances, même avec son puissant voisin et principal partenaire commercial obligé que sont les États-Unis.

Il n'avait pas hésité à refuser la participation du Canada dans l'invasion militaire américaine de l'Irak , fondée, comme on l'a su par la suite, sur des faussetés. 

Dans les pièces exposées, on retrouvera un bâton de baseball offert par George W. Bush. On se doute bien pourquoi.

Jean Chrétien avait alors illustré aux yeux du monde l'indépendance d'esprit et de décision dont peut être capable le Canada, même si les États-Unis sont un allié historique et naturel et que les économies des deux pays sont très imbriquées et très redevables, dans le cas du Canada.

Peut-être pensait-il déjà dans sa tête que «les Américains sont gros, mais ne bougent pas vite alors que nous sommes petits, mais nous bougeons très vite», comme il l'a dit jeudi.

Ce refus canadien de se soumettre aux pressions américaines pour aller faire la guerre fait partie des nombreuses décisions du dernier mandat de Jean Chrétien à la tête du pays au cours duquel même les considérations partisanes avaient souvent été écartées. 

C'est probablement ce qui a permis une analyse beaucoup plus sereine de l'ensemble de ses accomplissements durant sa décennie comme premier ministre.

Même au Québec, où les souverainistes, auxquels il a fait la vie dure, et qui ont représenté jusqu'à 50 % de la population, Jean Chrétien a acquis un certain respect et une reconnaissance de sa stature d'homme d'État. 

La digestion politique s'est révélée plus facile qu'elle ne l'a été pour bien d'autres hommes politiques. On peut penser à Maurice Duplessis, qui n'était pas digéré par ses adversaires, même 40 ans après sa mort. On peut quand même trouver dommage que Trois-Rivières n'ait guère rien de mieux qu'une statue refoulée au fond d'un petit parc de la rue Bonaventure pour rappeler aux visiteurs, et aux nouvelles générations, le souvenir de son fils le plus célèbre, qui dirigea le Québec pendant presque vingt ans... peut-être trop d'une main de fer.

Les sorties de Jean Chrétien, à Shawinigan comme ailleurs, sont toujours des moments effervescents. Cela démontre peut-être qu'on s'ennuie de ce genre de personnalités politiques qui ne laissaient personne indifférent.

La visite du musée qui porte son nom à la Cité de l'énergie reste d'un grand intérêt, même pour ceux qui n'ont toujours pas applaudi à ses discours dans le passé.

D'abord, seulement sur le plan artistique, les 400 cadeaux qui y sont exposés valent leur déplacement. Ils sont, pour beaucoup, d'une très grande valeur monétaire. Qu'on se rassure. Le Canada n'a pas remis en contrepartie aux autres chefs d'État des souvenirs de richesse équivalente. Avec son sirop et ses sucreries à l'érable, quelques fois avec une sculpture inuite, le Canada fait plutôt «cheap».

On peut évaluer à plusieurs centaines de milliers de dollars, probablement largement à au-delà du million $, la valeur de la collection de cadeaux cédée à la Cité de l'énergie pour ce musée.

Mais avec cette exposition, c'est aussi, avec tous ces cadeaux offerts par des chefs de pays et de gouvernement, aller à la rencontre d'une multitude de ces grands personnages qui ont marqué l'histoire du monde durant l'ère Chrétien, de 1993 à 2003. À une époque où le rôle du Canada sur le plan international, surtout en tant qu'intermédiaire entre grandes puissances ou opposants notoires, était beaucoup plus décisif qu'on ne le soupçonnait. 

Un musée consacré à un premier ministre, c'est une première au Canada. Il faut espérer que la tradition sera lancée.

Cela se fait déjà dans plusieurs pays.

Les Américains ont leur «Presidential Librairies» où sont réunis documents et objets d'importance historique ayant appartenu à leurs anciens présidents. Au Mexique, on trouve le Vicente Fox Center of Studies, Library and Museum, en hommage à cet ancien président.

Pour Jean Chrétien, l'inspiration pour un musée, même si au début il exprimait une certaine gêne à ce qu'il porte son nom, lui est venue de son ami Jacques Chirac. 

En France, la coutume est maintenant établie que les souvenirs des anciens chefs d'État sont regroupés dans des lieux muséaux de leur région d'origine.

La règle a été ainsi établie en France après que l'ex-président Valéry Giscard d'Estaing eut accepté quelques «cailloux» du dictateur et empereur autoproclamé de la République centrafricaine, Jean Bedel Bokassa. Des cailloux, qui n'étaient en fait que des plaquettes de petits diamants, mais qu'on a grossis pour faire scandale.

Depuis, tous les présidents français remettent à l'État leurs cadeaux.

Au Canada, il n'y a pas de règles établies sur la disposition de ces souvenirs. Mais comme l'a souvent dit en blaguant Jean Chrétien, «ça prendrait beaucoup de place dans le salon, ça serait long à épousseter pour Aline et on n'allait pas vendre tout ça sur eBay».

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