Les «Empreintes» de la Confédération

Une nouvelle revue sur l'histoire en Mauricie et... (Sylvain Mayer)

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Une nouvelle revue sur l'histoire en Mauricie et au Centre-du-Québec est sur le point de paraître. Sur la photo: Jean Roy, codirecteur, et François Roy, collaborateur à la revue.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / C'est par des coups de canon que les Trifluviens ont été réveillés au petit matin, il y aura 150 ans samedi.

Cette canonnade matinale n'avait pas rapport avec une nouvelle invasion surprise de troupes américaines. Elle annonçait au contraire une journée d'allégresse décrétée quelques mois plutôt par l'adoption à Londres de l'Acte de l'Amérique du nord britannique qui créait la Confédération canadienne devant entrer en vigueur le 1er juillet. On y était en ce lundi de 1867. 

Il fallait bien célébrer la constitution de ce nouveau pays appelé Canada qui fédérait ce qu'on appelait alors le Canada-Uni. En gros, les Canadiens (français) et les Anglais. 

Le maire de Trois-Rivières, Sévère Dumoulin, s'assura de bien faire les choses. D'abord en célébrant une messe solennelle à la cathédrale avant de se rendre à deux pas de là au palais de justice pour lire à la foule présente la Proclamation royale créant le Canada.

Dumoulin avait d'autant de raisons d'être fier et heureux que le lendemain, les Trifluviens allaient le réélire sans opposition à la mairie de leur ville.

Dumoulin avait été un grand partisan du projet de confédération canadienne. Par conviction ou par calcul politique, on en déduira ce que l'on veut. Mais il faut savoir que le tout-puissant clergé, évêque Thomas Cooke en tête, et surtout son célèbre et influent coadjuteur qui lui succédera à l'évêché, Louis-François Laflèche, n'a jamais fait cachette de son appui à la décision entérinée à Londres de créer, même si c'était un peu unilatéralement, le Canada... Par conséquent, Dumoulin était porteur de la bénédiction épiscopale. Un ordre tacite avait été donné en sa faveur par l'évêché.

On n'en n'était pas encore à la célèbre imprécation politique attribuée à Mgr Laflèche qui lui fera clamer du haut de sa chaire, «N'oubliez pas que le ciel est bleu et que l'enfer est rouge», mais il n'y avait aucune ambiguïté sur la position générale du clergé québécois en faveur de l'acte confédératif et de ceux qui le défendaient politiquement.  

Il y en a d'assez bonnes à apprendre sur le contexte politique qui a marqué en Mauricie et au Centre-du-Québec l'entrée en vigueur du Canada. 

Si François Roy nous régale sur la vie politique trifluvienne de Trois-Rivières au moment de l'entrée en vigueur de la confédération canadienne, dans une nouvelle revue pour la région Mauricie-Centre-du-Québec consacrée à l'histoire régionale qui est sur le pont de naître, une pléthore d'excellents historiens et férus d'histoire de la région vont aussi nous y faire découvrir les différents aspects de cet événement marquant.

La revue s'appelle Empreintes. Sa gestation peut paraître longue car c'est en 2014 que l'idée a germé. 

La Société d'histoire de Cap-de-la-Madeleine et Appartenance Mauricie avaient invité des amis de l'histoire du sud et du nord à une réunion de réflexion sur la pertinence de créer une telle revue. Cela faisait suite à une étude de l'historien Jocelyn Morneau portant sur trois revues régionales. On s'était dit: pourquoi pas nous?

La réponse a été spontanée. Il s'est aussitôt formé un comité réunissant des personnes du Centre-du-Québec et de la Mauricie, codirigé par Mario Lachance et Jean Roy.

La revue sera publiée deux fois par année. Le premier numéro porte sur les faits politiques marquant l'entrée en vigueur du Canada confédéré. Le suivant, qui sera publié à la fin de l'année, explorera d'autres dimensions du dossier sur les plans de la société, de l'économie, la culture, l'éducation, les loisirs...

«La démocratie électorale était plutôt éloignée de celle que nous connaissons», rappelle Jean Roy. «L'exercice du droit de vote était réservé à une partie de la population mâle dûment enregistrée sur une liste et elle faisait connaître son choix à haute voix.»

Quant aux partis politiques, il s'agissait plutôt de coalitions d'intérêt aux idéologies voisines, explique-t-il. «Par commodité, nous les caractérisons en deux camps: les libéraux et les conservateurs qui s'affrontent sur un système de valeurs, avec en toile de fond la jeune Confédération.»

Les conservateurs sont évidemment favorables au projet de constitution mis de l'avant par les «Pères de la confédération» alors que les libéraux, issus de la rébellion et du Parti des Patriotes, s'y opposaient.

On n'a jamais fait voter les citoyens sur le projet de constitution du futur Canada. En fait, on s'y était essayé au Nouveau-Brunswick et le projet fut rejeté. On se doutait que les électeurs du Québec, où se manifestait une très forte résistance, lui réserveraient le même sort. On décida donc qu'un vote du parlement serait suffisant et que Londres le sanctionnerait.

Les Québécois l'approuvèrent quand même, indirectement. 

Lors des élections générales fédérales et provinciales tenues simultanément à la fin de l'été, le parti ministériel conservateur fit élire 51 députés au Québec avec 53% des voix exprimées contre 35 % pour les libéraux et seulement 13 élus. Le double mandat fédéral-provincial était légal. 

Le clergé avait mis tout son poids moral en faveur des conservateurs, donc à travers eux, de la reconnaissance de la Confédération canadienne. 

Dans l'espoir de se faire élire et de pouvoir modifier certains aspects de la constitution mise en vigueur, les libéraux n'étaient d'ailleurs plus opposés à la nouvelle Confédération. 

Dans Trois-Rivières, les électeurs eurent le choix entre deux candidats conservateurs: leur maire Sévère Dumoulin, le chouchou de l'évêché et l'immoral Charles Boucher de Niverville, prêt «à se ruiner» pour «acheter des consciences»... Comprendre des votes. 

Les Trifluviens envoyèrent à Québec comme à Ottawa, Boucher de Niverville.




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