Bon happy birthday Montréal

On a commencé à faire la fête et... (La Presse)

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On a commencé à faire la fête et cela va se poursuivre une bonne partie du reste de l'année.

La Presse

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Montréal a célébré cette semaine son 375e anniversaire de fondation. On a commencé à faire la fête et cela va se poursuivre une bonne partie du reste de l'année.

375e... C'est étrange. Un 400e, cela va de soi. Un 350e, à la limite, on peut comprendre. Mais un 375e... 

On se demande bien où Montréal a pu puiser cette idée que c'était un anniversaire suffisamment signifiant pour le célébrer en grande pompe.

Ici, à Trois-Rivières, on a une assez bonne idée de la source d'inspiration montréalaise. Ce n'est pas la première fois que Trois-Rivières devancerait Montréal dans quelque chose. Cela dit sans prétention.

Notre acte de naissance en témoigne. C'est le 4 juillet 1634 qu'un certain sieur de Laviolette, accompagné d'une petite équipe de charpentiers, a débarqué sur les rives trifluviennes pour y construire une fortification et y installer un embryon de communauté. 

Huit ans avant que Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, accoste sa chaloupe sur les rives de l'île qui deviendra Montréal.

Un petit retard dans le temps, qui sera bien sûr rattrapé par la suite. 

Au moins, à Montréal, on ne doute pas du nom du fondateur, même si on y a reconnu depuis comme cofondatrice, Jeanne Mance. Elle était dans une des barques de l'équipée de Maisonneuve, peut-être même dans la sienne. 

Alors qu'à Trois-Rivières, non seulement Laviolette est un obscur personnage, dont on ne sait pas grand-chose, mais on lui conteste en plus maintenant sa qualité de fondateur, qu'on attribuerait plutôt à Théodore Bochart du Plessis, moins anonyme et plus prestigieux. On n'en serait de toute façon pas à un Duplessis près dans la ville. 

Avec Bochart, on aurait une raison de naissance bien différente de celle de Montréal, qui pourrait presque paraître être une réplique à Trois-Rivières. Bochart était de confession protestante et le fort de Trois-Rivières n'avait aucun dessein évangélique. Il a été construit pour qu'on puisse faire la traite des fourrures à l'abri des assauts iroquois. Alors que Maisonneuve a spécifiquement fondé Montréal, qu'il avait baptisé Ville-Marie, dans un but précis d'évangélisation. Comme Laviolette ou Bochart, il est descendu avec des haches et des marteaux, mais dans son cas, en plus, avec des crucifix. On peut dire que les Iroquois du voisinage, ces «sauvages» qu'il voulait convertir, lui ont plutôt résisté, qu'ils le font encore, et que Montréal a beaucoup perdu depuis de sa sainteté originelle.

Puisqu'on en est encore aux petites comparaisons, comme Trois-Rivières qui a eu le sien, Montréal aura non pas un, mais des legs. 

À Trois-Rivières, on le sait, c'est l'amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, en partie subventionné, et qui aura coûté, tout compris et après les jets d'eau, environ 80 millions $.

C'est beaucoup d'argent. Mais comparé à la vingtaine de legs prévus à Montréal, Trois-Rivières est demeurée d'une modestie incroyable qui tient presque de la modicité, puisqu'on approchera les 3 milliards $ en investissements. De la démesure à l'image de notre métropole.

Parce que Montréal, c'est «notre» métropole. En terme de population, avec ses banlieues, c'est la moitié du Québec.

Une métropole à notre image? À l'image du Québec? Ça demande un gros effort de compréhension.

D'abord, si on parle de Montréal et de son île, pour quiconque vient d'une des régions du Québec, c'est presque une terre étrangère. Quand on y met les pieds, le dépaysement est total. Rien n'y est à dimension régionale, à commencer par ses buildings, mais aussi par sa densité urbaine et cette impression que tout le monde fait de la marche forcée. Surtout, on se demande quelle y est la langue d'usage. Le français? Ah bon! 

Avec une population sur l'île dont la moitié n'a pas le français comme langue d'origine, Montréal ne peut ressembler à aucune autre ville du Québec. C'est une ville multiculturelle, multiethnique, multilangues, multi tout ce que vous voulez, mais pas identitaire. 

Ça peut être un choc si on n'est pas habitué de traverser les ponts.

Dans les régions, on aime bien traiter Montréal d'étrangère et la rendre coupable de tous nos maux. On a souvent l'impression que tout l'argent gouvernemental, bien plus qu'en fonction de son poids démographique, y est englouti. Alors que les régions doivent sans arrêt racler les fonds de tiroir pour financer le moindre projet. 

Quand une région se dévitalise, c'est Montréal la coupable. C'est elle qui s'accapare de tout, y compris de ces enfants qui doivent y «émigrer» pour parvenir à bien gagner leur vie.

On a aussi la mauvaise intuition qu'en plus, l'intelligentsia de Montréal se conçoit sans complexe, on peut affirmer même avec prétention, comme l'étalon de la bonne pensée québécoise, du savoir-vivre et du bon goût en tout. Alors que dans les chaumières des colonies du reste du Québec, ça fait un peu flanelle usée, terroir légèrement demeuré, country.

On aime détester Montréal et on se moque volontiers de ses cônes orange plantés partout, des chantiers qui n'en finissent jamais, du slalom obligé qu'on doit y pratiquer en automobile, du temps fou qui est nécessaire pour aller d'un point à un autre, de ses nids-de-poule à volonté. Sans compter ses problèmes de toutes sortes qui l'affligent. 

Si Montréal est une île flottante, on se dit parfois qu'il serait beaucoup plus simple, dans son intérêt supérieur, de trouver le bouchon d'étanchéité qui la tient à flot et de le retirer pour la laisser couler.

On en dit bien des choses. En même temps, mais on ne l'avouera jamais, on aime bien cette différence et que Montréal, quelque part, nous appartienne. On aime bien y aller pour avoir de quoi à dire contre.

C'est particulièrement vrai dans une région comme la Mauricie, juste assez éloignée pour ne pas être considérée comme faisant partie de la banlieue de Montréal, mais assez proche pour aller commodément y puiser tout ce qu'une métropole cosmopolite comme elle permet et offre. Et d'en revenir facilement. 

On ne le criera pas sur les toits, mais on aime bien plus notre grande ville qu'on veut bien le reconnaître.

Alors, bien sincèrement, bonne fête Montréal. Ou happy birthday! Chin! Chin!

Coup de coeur: Aux 500 soldats qui refusent de se retirer tant et aussi longtemps que l'eau ne se sera pas aussi retirée. 

Coup de griffe: L'aide financière gouvernementale aux inondés sera colossale. On applaudit. Pourquoi n'a-t-on jamais trouvé autant d'argent pour ces autres grands sinistrés que sont les victimes de la pyrrhotite?




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