Compassion, mais action tardive

Le premier ministre Philippe Couillard, que l'on voit... (François Gervais)

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Le premier ministre Philippe Couillard, que l'on voit ici en compagnie du député Marc H. Plante, a profité de son passage à Yamachiche pour discuter avec des sinistrés.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On aurait pu se croire cette semaine dans le sprint final d'une campagne électorale tant ont été nombreux et visibles sur le terrain les politiciens avec des sommets de compréhension et de compassion et autant d'engagements et de promesses de leur part pour la suite des choses.

Sauf que ce n'était pas pour obtenir un vote à court terme, mais en raison de l'ampleur des sinistrés printaniers des inondations auxquels il importait d'apporter un peu de réconfort et des garanties d'interventions rapides. Des assurances aussi sur les compensations qui vont devoir leur être versées compte tenu des dommages considérables que les débordements du fleuve et des rivières ont causés.

Bien sûr, on peut se dire que toute cette présence bienveillante de ces représentants politiques, souvent chaussés de bottes et «jouant» aux interventionnistes, jusqu'à remplir des sacs de sable, le temps d'une prise médiatique, contribue à leur façonner une bonne image, ce dont ils sont insatiables et ont toujours grand besoin.

Mais on doit reconnaître que si parfois on peut leur reprocher de réagir mollement dans certaines situations, ça a été moins le cas cette fois-ci. On a peut-être pris quelques leçons de certains événements récents.

La bonne affaire pour les victimes des inondations, c'est qu'en venant à leur rencontre pour mesurer personnellement les dégâts et prendre conscience des besoins, nos chefs politiques ont plus tendance à délier les cordons de leur bourse. Ça serait très indélicat de se présenter devant une famille sinistrée en train de perdre sa maison et tous ses biens et de lui dire que c'est bien triste, mais que l'État ne pourra pas faire grand-chose pour elle.

On a donc vu rapidement le premier ministre Justin Trudeau se faire rassurant en disant que les coûts de l'intervention des Forces armées seront assumés par le fédéral. De son côté, le premier ministre Philippe Couillard réaffirmait encore jeudi à Yamachiche que quand l'eau va se retirer, son gouvernement, lui, sera encore là. «On ne comptera pas les sous», a-t-il promis.

Il est facile de croire que c'est par quelques centaines de millions $ que se solderont les coûts publics de cette crue printanière historique. 

Ce sont peut-être les petites choses comme ce sinistré qui distribue des muffins aux soldats qui érigent un muret de sable autour de sa propriété, ces secouristes bénévoles qui se rendent aux maisons inondées avec leurs embarcations légères pour porter assistance à leurs habitants angoissés ou ces pizzas all-dressed distribuées par le Grec à Baie-Jolie, qui ont fait le plus chaud au coeur. On ne compte plus les marques de générosité de nos citoyens.

Mais il reste que certains déploiements ont été exceptionnels. Celui de l'armée, en particulier, a été assez remarquable. Par train, par camions, par hélicoptère et même par chars d'assaut ou par bateau, comme on l'a vu à Trois-Rivières, les soldats et marins canadiens sont allés en renfort partout où on les demandait. Car pour les avoir sur place, il faut les demander.

En Mauricie - Centre-du-Québec, peut-être la région la plus touchée au Québec, c'est 550 soldats qui ont été dispersés là où les besoins les plus cruciaux se faisaient sentir. 

Ici comme ailleurs où ils sont allés prêter main-forte, le travail des soldats a impressionné par leur ardeur au travail, leur efficacité, leur organisation... et leur bonne humeur.

L'armée canadienne ne peut peut-être pas séparer les eaux comme l'a déjà fait un personnage devenu célèbre, mais elle peut les endiguer.

Cette démonstration de capacité d'intervention et de maîtrise convenable d'éléments naturels déchaînés, comme ces eaux envahissantes, a certes été plus qu'appréciée. Mais elle a aussi généré un grand questionnement auquel devront répondre ces mêmes politiciens compatissants.

Pourquoi n'a-t-on pas sollicité plus tôt l'aide de l'armée? Elles ont été nombreuses les victimes admiratives devant les résultats obtenus par les soldats à exprimer aussi leur rage. Car elles découvraient que l'inondation de leur sous-sol et la perte de leurs biens auraient donc pu être évitées si on avait agi plus tôt, si les militaires étaient débarqués dans leur cour aux premiers signes de danger, aux premières avancées des eaux.

Bien sûr, si les inondations des dernières semaines ont été historiques comme on l'a affirmé, c'est qu'il y a eu une convergence d'éléments exceptionnelle: chutes hivernales supérieures à la moyenne, fonte accélérée au nord, précipitations diluviennes et continues, en même temps que les grandes mers de mai qui refoulent les eaux du fleuve. Tout cela en même temps, c'est du jamais vu.

Il reste qu'on a pu avoir la mauvaise impression qu'on a toujours espéré qu'un de ces éléments, même devenu prévisible ou très fortement probable, n'arrive pas et présumé que la tempête parfaite ne se produirait pas.

On a un peu trop jonglé avec les hypothèses et les scénarios de comportement des eaux... pour éviter des frais, sans doute, ou parce qu'on se confortait dans l'idée suffisante qu'on aurait tout, ou presque, sous contrôle. Qu'on en a vu d'autres.

On découvre aujourd'hui que le retard à mobiliser les grands moyens, dont l'intervention de l'armée, coûtera en conséquence à notre société des sommes colossales et laissera des milliers de citoyens inutilement et moralement très affectés.

Les experts préviennent que le pire est à venir pour les victimes. Si ce n'était pas le pire qui a été vécu, qu'est-ce que ce sera pour ces personnes dans les prochaines semaines?

C'est d'autant plus choquant qu'on sait maintenant que tous ces dégâts auraient pu être considérablement évités ou réduits, si on avait agi juste quelques jours plus tôt.  

S'il y avait eu plus d'action hâtive, la compassion politique aurait été moins nécessaire.




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