Trois-Rivières-la-géronte

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Question de s'adapter à leur clientèle dominante, les commerçants de Trois-Rivières devraient-ils commencer à grossir démesurément les caractères de leurs offres publicitaires, hausser un peu le volume de leur musique d'ambiance et la ville, allonger aux intersections le temps de passage des piétons?

On le sait, et on s'en doutait pas mal, Trois-Rivières s'est hissée au premier rang canadien des grandes villes de plus de 100 000 habitants pour la moyenne d'âge de sa population. Après avoir été pendant près d'une décennie la capitale nationale du chômage, Trois-Rivières est devenue la capitale canadienne du vieillissement. 

Avant de prévoir un grand festival de la marchette avec peppermint à volonté, d'offrir dans les restos aux aînés le menu des enfants, parce qu'on réduit les portions avec l'âge ou que les lumières de rue s'éteignent à 21 h, parce que tout le monde est au bord du ronflement nocturne, on doit y apporter quelques nuances.

Ce n'est pas tout à fait une surprise que nous a faite Statistique Canada en dévoilant cette semaine son analyse démographique des données du dernier recensement. 

Avec 22,3% de sa population qui est âgée de 65 ans et plus, Trois-Rivières a pris un sérieux écart avec la moyenne nationale qui se situe à 16,9%. Il ne prendra pas beaucoup de temps, quelques années à peine, et ce sera le quart de la population trifluvienne qui entrera dans cette catégorie d'âge. 

Cette situation va s'accentuer et même s'accélérer, car la cohorte des 50 ans et plus est encore plus importante en nombre et que l'espérance de vie ne cesse de s'allonger. Le nombre actuel d'octogénaires et même de nonagénaires va doubler d'ici quinze ans, nous prévient l'Institut de la statistique du Québec. De nos jours, on vit vieux longtemps... et souvent en pas pire forme, sans compter toutes les pilules qui sont là pour compenser ce qui doit l'être.

On soupçonnait bien que Trois-Rivières était vieillissante, dans une région, la Mauricie, qui l'est davantage. En même temps, on n'a pas toujours le sentiment que c'est le cas ni que c'est l'impression qu'on laisse. Il y a une raison à cela. On parle de la population régulière, de celle qui déclare Trois-Rivières comme lieu de résidence permanente dans le recensement. La réalité, c'est que la ville compte aussi plusieurs milliers d'étudiants inscrits dans ses deux collèges et à l'UQTR, qui proviennent de l'extérieur. Sur les 20 000 étudiants en post-secondaire, plus de la moitié n'est pas de Trois-Rivières. Ils habitent quand même la ville la majeure partie de l'année, entre huit et dix mois. 

Cela change la dynamique et on est en mesure de l'observer dans l'effervescence nocturne que cette clientèle génère le soir et les week-ends.  

Ces étudiants contribuent à façonner pour Trois-Rivières une image qui est beaucoup plus jeune que celle que laissent supposer les statistiques démographiques.

Cela n'empêche pas que Trois-Rivières affiche une démographie vieillissante qui reste préoccupante et dont devront tenir compte, comme l'analysait vendredi en éditorial mon confrère Martin Francoeur, les services publics et les élus, municipaux entre autres, dans les décisions qu'ils devront prendre pour servir au mieux l'intérêt de leur population. On sait que les aînés détiennent un poids politique déjà élevé en raison de leur nombre, mais aussi parce que plus que leurs suivants, ils exercent presque religieusement leur doit de vote. Cela leur confère une grande influence dans les affaires publiques. C'est de la gérontocratie.

Avis aux élus qui ne voudraient pas en tenir compte et prendre en considération une frilosité accrue de cette clientèle pour tout ce qui touche l'endettement public et les comptes de taxes. Car plus on gagne en âge, plus les revenus personnels ont tendance à stagner, quand ils ne sont pas en régression.

Trois-Rivières détient peut-être le titre de capitale du vieillissement des grandes villes canadiennes, mais elle n'est pas un cas unique. Elle coiffe de peu plusieurs autres villes de taille semblable au Québec et en Ontario. 

On peut y voir une source d'inquiétude, mais aussi l'indice d'une certaine vitalité.  

Il y a plusieurs bonnes raisons pour que Trois-Rivières exerce un attrait sur l'âge d'or. 

D'abord, on doit constater sa forte capacité de rétention. Les Trifluviens qui ont grandi et gagné leur vie dans la ville y restent à l'heure de leur retraite. On observe aussi qu'elle draine plusieurs aînés des autres villes de la Mauricie qui, arrivés à la retraite, s'installent à Trois-Rivières, qu'ils connaissent bien. On sait qu'en plus, elle rapatrie plusieurs Trifluviens d'origine qui ont mené carrière à l'extérieur de la région. Enfin, elle attire chaque année pour venir y vivre, des gens qui n'avaient jamais eu de liens particuliers avec la ville. La preuve en est un solde migratoire interrégional positif depuis quelques années. Qui l'aurait cru? La situation géographique de Trois-Rivières, entre Québec et Montréal, qu'on a toujours fait valoir pour stimuler son développement économique, n'est pas étrangère à la situation.

Mais surtout, c'est l'ensemble des avantages qu'elle offre qui la rendent si séduisante pour bien du monde. Avec le même dollar, on fait beaucoup plus de chemin ici qu'à bien des endroits. 

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques est venu nous le rappeler il y a peu en établissant que dans les grandes villes du Québec, Trois-Rivières était celle où le coût de la vie était le plus avantageux. Pour une personne seule, un revenu horaire de 13 $ était analysé comme suffisant pour y vivre. C'est possible parce qu'il y a ce qu'on appelle les bas-de-la-ville, tous ces vieux quartiers populaires. Un seuil bien sûr, mais ce qui est vrai pour les plus modestes le demeure pour tout le monde, y compris les mieux nantis.

C'est un facteur qui est loin d'être négligeable en vieillissant.

Ce ne serait quand même pas suffisant si Trois-Rivières n'offrait pas aussi tous les services d'une grande ville et une vie économique et sociale riche. C'est une ville facile à vivre. La «Happy Town», rappelons-le, se maintient aussi dans la Top Ten des villes du bonheur. Ça a fini par se savoir. 

Coup de griffe

S'instruire, c'est s'enrichir. En regardant le salaire des recteurs des universités québécoises, on devrait maintenant plutôt dire: Instruire, c'est s'enrichir.

Coup de coeur

À tous ceux qui se retrouvent plus que les pieds dans l'eau, il faut garder le moral. Il va bien finir par faire beau et chaud.




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