On ne va pas user la déchiqueteuse

Quelque 1469 citoyens ont signé le registre relativement au règlement... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Quelque 1469 citoyens ont signé le registre relativement au règlement d'emprunt pour la construction du nouveau colisée alors que 2031 signatures étaient nécessaires pour obliger la Ville à mener un référendum sur ce projet.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La déchiqueteuse ne sera finalement pas nécessaire à l'hôtel de ville de Trois-Rivières.

On n'en aura pas besoin pour passer à la tranche les résultats du registre sur le projet de règlement d'emprunt de 53,1 millions $ pour la construction du futur colisée au District 55.

Après quatre jours de tenue de registre, le nombre des 2031 électeurs requis pour exiger que la Ville soumette son projet d'emprunt à un référendum n'a pas été atteint. 

Il n'y a «seulement» eu que 1469 citoyens qui sont venus signer le registre, soit à peu près les trois quarts de ce qu'il fallait pour que le conseil municipal choisisse de retirer le projet ou de le soumettre à la votation.

Il est extrêmement rare qu'une municipalité ou une ville accepte d'aller en référendum lorsqu'elle est confrontée à un registre qualifié de «perdu». Les élus considèrent en général que si le projet n'a pas traversé l'épreuve du registre, c'est que l'opposition citoyenne à celui-ci est suffisamment élevée pour se conclure en échec référendaire, si on voulait s'y risquer. 

C'est comme si la population avait envoyé un message clair à ses dirigeants municipaux. On en prend donc acte.

Est-ce qu'on doit conclure pour autant que si les 2031 signatures n'ont pas été atteintes à Trois-Rivières, c'est que la population souhaite vivement la construction d'un nouveau colisée de 53,1 millions $ (s'il n'y a pas de dépassements de coûts) et la part de l'endettement supplémentaire qui en découlera?

La vérité, c'est que c'est davantage tout le contexte nettement défavorable à la participation citoyenne au registre qui explique son résultat insuffisant que l'engouement général pour un nouveau colisée. 

Plusieurs citoyens en ont fait état dans nos pages d'opinion cette semaine. La Ville n'a fait aucune publicité pour rappeler aux citoyens la tenue du registre, pas même dans son site web. On s'en est tenu au strict minimum obligé par la loi qui consiste en un avis public à être publié dans un journal et à un affichage minimal du projet de règlement dans quelques lieux dits publics. 

On a beau dans plusieurs milieux philosopher tout haut sur la nécessaire implication citoyenne aux projets de la communauté, tout est fait pour briser cette participation dès lors qu'elle peut prendre la forme d'une opposition qui pourrait compromettre les projets, pharaoniques ou pas, d'un maire ou de son conseil municipal. 

L'inscription au registre a été étalée sur quatre jours, mais en semaine et essentiellement durant les heures où la majorité des gens étaient au travail. Il n'y avait d'autre part qu'un seul endroit où aller signer, soit à l'hôtel de ville. C'est loin d'être le lieu le plus propice à une large participation citoyenne. 

Que près de 1500 citoyens surmontent toutes les contraintes qui leur ont été imposées pour contester le projet de règlement d'emprunt, c'est énorme. 

Si la Ville avait fait ses devoirs d'informer correctement ses citoyens de la tenue du registre, compte tenu de son importance, et installé des lieux d'inscription à quelques endroits plus stratégiques et faciles d'accès, il ne fait de doute à quiconque qu'on aurait largement dépassé les 2031 signatures.

Pour ceux qui l'ont fait, il fallait être plus que décidé, car le vote exprimé n'a pas été stimulé par un parti politique municipal ou poussé par un mouvement organisé. Il n'y a eu aucune organisation quelconque pour attiser la démarche citoyenne. Il n'y a pas eu d'appels téléphoniques systématiques ou d'offres de transport pour favoriser les signatures. Il n'y avait même pas eu de division sur le projet à l'intérieur du conseil municipal. 

Il est difficile de savoir si la contestation qui s'est manifestée, et qui aurait facilement pu atteindre une forte ampleur dans des conditions plus facilitantes, traduit une opposition au projet de colisée ou simplement une inquiétude grandissante sur l'endettement à long terme de la ville et ses conséquences sur les comptes de taxes. 

Le problème, c'est qu'on n'a jamais consulté les citoyens sur ce projet de colisée, sur l'envergure qu'on lui souhaiterait et à quel prix et encore moins sur l'emplacement qu'on aurait dû lui privilégier.

On avait d'abord projeté le construire au Complexe sportif Alphonse-Desjardins, en collaboration avec la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. Puis il s'est déplacé sur le campus universitaire avant d'aboutir sur un lot acheté plus cher que le prix exigé par la Ville au Groupe Robin pour tout le District 55.  

On n'a jamais cherché à connaître l'opinion des Trifluviens sur leur préférence. Peut-être parce qu'il y avait un fort courant en faveur du parc de l'Exposition. 

Comme on n'a jamais ouvert de discussions sur la pertinence d'un aréna de 5000 places. Ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas correct. On ne construit pas, dans une ville de l'importance de Trois-Rivières, un aréna pour les stricts besoins actuels, mais pour les cinquante prochaines années. Club de hockey ou pas, il serait surprenant qu'on n'ait pas éventuellement besoin d'un équipement d'une telle taille dans l'avenir, pour diverses raisons. On devrait quand même pouvoir s'en parler un peu. 

La tenue d'un référendum nous aurait éclairés sur la vision des Trifluviens là-dessus. 

Trois-Rivières a été mesquine dans ses efforts de consultation. À sa décharge, c'est à peu près comme ça dans toutes les villes.

Celles-ci ne veulent plus être encombrées par des oppositions citoyennes à leurs «formidables» projets. Elles réclament même en ce moment du gouvernement québécois qu'il abolisse ces tenues de registre et ces référendums municipaux, où, plaident leurs élus, ce n'est toujours qu'une petite minorité qui peut ainsi faire obstacle à l'immense bien collectif qu'ils incarnent à travers leurs grands projets.

De la démocratie... la moins participative possible. Quand on est élu, on sait forcément ce qui est bon pour le peuple. Alors, à la poubelle ces registres signés par ces citoyens malcommodes qui ne comprennent jamais rien du bon sens public. Que ça finisse dans les sites d'enfouissement. 

Coup de griffe

C'est curieux comme Sam Hamad est devenu si sympathique dès lors qu'il a annoncé son retrait de la vie politique. 

Coup de coeur

À Trois-Rivières, qui serait la ville la plus... «cheap», où vivre, au Québec. C'est probablement une qualité.




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